mardi 18 avril 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 80

Ce qu'on aime dans les livres, parfois, c'est le repos très particulier qu'offre un auteur qui écrit soudain sur une page votre autobiographie à votre place, et qui le fait bien. Ce phénomène assez rare vient de se produire avec Endetté comme une mule d'Eric Losfeld (Tristram, 2017), témoignage par ailleurs indispensable qui raconte la vie de ce franc-tireur de l'édition mort en 1979:
 
"Sans me lancer dans une description psychanalytique de mon comportement, j'avouerai que j'étais un enfant quelque peu fugueur. La première fois que j'ai disparu, on m'a retrouvé à quatre-vingt kilomètres de mon domicile, à Dunkerque. Par la suite (j'ai dû disparaître une dizaine de fois), on téléphonait aussitôt à la gendarmerie de Dunkerque, près du port. J'avais une passion inassouvie pour les voyages. Sans être du tout l'adepte de la poésie populiste genre Carco, ou du fantastique quotidien genre Mac Orlan, les lieux de départs tels que les gares, les rades, maintenant les aéroports, ont gardé le don de me bouleverser. Comme je suis un homme du Nord de la variété extrêmement frileuse, je vais toujours vers le soleil. J'ai une attirance pour la mer, pour l'eau en général, mais surtout pour la mer: je suis né le 9 mars, sous le signe des Poissons. Pour moi, la mer représente ce que la terre représentait pour Antée: je reprends des forces en m'y plongeant. (...) A la formule assez louche "Vivre dangereusement" des Malraux et autres matamores, je préfère vivre merveilleusement, ce qui supprime toute idée de gloriole et de profit."