jeudi 17 août 2017

Les rentrées (projet)



Les rentrées (projet)
-de six à dix-sept ans, plaisir mélancolique, "ce mal qui nous fait du bien", ciel bleu pâle sur la cour des écoles, poussière dorée, odeur des livres, Claire a grandi et on est toujours aussi amoureux d'elle.
-de dix-huit à vingt trois: tension anxieuse, on fait moins attention aux saisons, il y a les concours, les examens, le militantisme désespéré, minoritaire dans la glaciation hédoniste et/ou libérale réactionnaire des années 80.
-de vingt-quatre à quarante-quatre: mix des deux périodes précédentes: on est prof. En Zep. Assia de 3ème 4 est vraiment devenue canon, M a eu sa mutation, le roman n'avance pas. Pas le temps.
-de quarante cinq à nos jours: envie de plus en plus forte de ne pas rentrer, de ne plus rentrer. Le monde en vaut de moins en moins la peine: féroce, compétitif à outrance, guerre de tous contre tous. En plus, on est dans une temporalité bizarre, fragmentée, qui obéit à des rythmes désordonnés, anxiogènes, ceux du précaire. Etre écrivain ne change rien. On est comme un personnage d'Ubik.
Projet pour les rentrées à venir jusqu'à la sortie définitive: retrouver le rythme, le souffle, le temps. Trouver les moyens de ne pas rentrer. Laisser tomber. Oublier jusqu'au mot ou le garder comme motif poétique de la période six-dix-sept et de jouir du bonheur d'être triste.

mercredi 16 août 2017

maintenant c'est calme





maintenant c’est calme

on a dû passer une frontière

ou une haie ou une porte ou

du côté ombre trop profond

de la rue pour se retrouver

ainsi sans peur sans poids

sans regrets sans remords

sans désirs particuliers

mais surtout sans peur

et la table mise dans le jardin.



(le temps d’un passage)


Donner raison à Trump

Ce serait très mal de donner raison à Trump en étant aussi violent que les suprémacistes et autres néo-nazis de l'"alt-right".  Très mal. Chacun sait que la violence n'a jamais réglé aucun problème avec le fascisme et le racisme. Il suddit de dialoguer et débattre façon "cinq minutes pour les Juifs, cinq minutes pour Hitler".
Et chacun sait que sans les actions monstrueuses desBlacks Panthers ou des Weathermen, il y aurait quand même eu des droits civiques et un président noir élu aux USA. 
Vers 2314. Ou 2315.
Voire plus tôt, si ça se trouve. 

dimanche 13 août 2017

Sam Millar, made in Belfast

Sam Millar ne triche pas, ni avec sa vie, ni avec l’écriture. Irlandais de Belfast, né en 1958, il sait avec quelle violence l’histoire s’est imposée dans ce coin oublié d’une Europe qu’on nous racontait être partout pacifiée.
Combattant de l’IRA, il fait connaissance avec la prison de Long Kesh pendant huit ans, ce Guantanamo où Thatcher laissa mourir d’une grève de la faim Bobby Sands et ses compagnons qui demandaient le statut de prisonnier politique.
Ensuite, Millar part aux Etats-Unis et comme le soldat perdu qu’il est devenu, il participe à un des plus célèbres braquages des années 90, celui de la Brinks à Rochester en 93. A nouveau la prison, à peine plus supportable que Long Kesh, la grâce accordée par Clinton deux ans plus tard et ensuite, retour au pays. Pour de plus amples renseignements sur Millar, il a tout raconté, sans pathos ni hyperbole, dans On The Brinks,  son autobiographie disponible en Points Seuil.

sam millar belfast scalpelStyliste du roman noir

Millar est un combattant, un survivant et un styliste du roman noir. Son dernier roman, Au scalpel, est une nouvelle enquête de son privé fétiche, Karl Kane. On peut penser que Karl Kane lui ressemble : un code de l’honneur rigoureux, une sensibilité d’écorché vif masquée par une virilité qu’il sait surjouée, une lucidité désespérée sur les noirceurs de l’âme humaine, la certitude que Dieu n’existe pas même si, en bon catholique irlandais minoritaire dans son propre pays, il l’invoque souvent, en vain évidemment.
Comme tout privé qui se respecte, Kane a une secrétaire, Naomi, mais pour le coup, elle est le grand amour de sa vie. Dans Au scalpel, Kane affronte des démons habituels qui n’en sont pas moins terrifiants : la pédophilie, le gangstérisme endémique lié à la came, la démence des assassins qui jouissent des souffrances qu’ils infligent.
On y verra deux gamines enfermées dans une cave : l’une a perdu toute sa famille et ne le sait pas et l’autre était en rupture de ban d’une institution religieuse où elle a tué un prêtre qui avait pris de très sales habitudes en lui enfonçant deux aiguilles à tricoter dans les yeux.

Une narration sans tunnels

On demande à Kane de retrouver la première gamine. Il comprendra assez vite qu’il connaît le malade qui les a enlevées puisque c’est le même qui a dévasté sa propre enfance. Comme rien n’est simple, il lui faut en même temps se débarrasser d’un mafieux londonien qui veut trouver de nouvelles parts de marché à Belfast.
Pourquoi prend-on un tel plaisir à lire Millar ? C’est tout bête, il sait raconter des histoires et contrairement à nombre de ses confrères et consœurs du roman noir, il ne se croit pas obligé de multiplier ces « tunnels » qui sont en fait des descriptions interminables, histoire de montrer que l’auteur est un bon élève qui a su se documenter.
Millar n’en a pas besoin, Millar nous donne à respirer la tristesse de Belfast, l’odeur d’un pub, l’allure d’une rue déserte en quelques lignes.  On va vite chez Millar et cette rapidité est inversement proportionnelle à la profondeur psychologique à laquelle il sait plonger et à sa manière de traiter l’horreur, sans complaisance mais sans concessions.

L’envie de trinquer avec Kane

Le lecteur n’a qu’une envie, malgré tout, c’est de faire la connaissance de Karl Kane et d’aller trinquer avec lui et Naomi dans un pub, à condition qu’un flic politique de la Special Branch ne vienne pas faire de la provoc.
Et avec Sam Millar aussi, d’ailleurs, qui met une citation en exergue de chacun de ses courts chapitres et est capable de citer Homère, Chuck Norris, Mark Twain ou les Proverbes avec la même pertinence ironique.
Au scalpel, Sam Millar (traduction de Patrick Raynal, Seuil, collection Cadre Noir, 2017)



Paru sur Causeut.fr

samedi 12 août 2017

Après l'histoire

Chers parents,
Je suis actuellement affectée à une patrouille de surveillance dans le Mississippi. La région est jolie, les gens sont gentils mais ils mangent très gras, je trouve. Avez vous vu les photos de Trump exécuté au canon antiaérien à Washington? C'était beau comme un lever de soleil sur notre glorieux pays bien-aimé. Honneur à notre immortel leader!
Votre fille affectionnée,
Sae-Jin

jeudi 10 août 2017

Les tribulations identitaires ou l'été des neuneus (dangereux)

Le visage hideux du Grand remplacement à l'oeuvre jusque sur les plages grecques, mon dieu, mon dieu!
On a beau ne pas vouloir sous estimer l'ennemi (là, il ne s'agit pas d'adversaires, il s'agit bien d'ennemis), les identitaires et leur pitoyable internationale d'imbéciles malheureux, de la Norvège à la France, se sont tout de même montrés franchement abrutis ou ridicules, au choix, en ce bel été 17. On pourrait même imaginer un film comique, comme ceux qui se moquaient des nazis naguère, genre La Grande Vadrouille ou Papy fait de la résistance.
Ces mâles guerriers qui sont toujours en rivalité mimétique avec l'islamisme qu'ils prétendent combattre (ils pleurent la domination patriarcale perdue, la soumission des filles devenues des chiennasses féministes, l'esprit de conquête massacreur), nous ont régalés en gags façon Abbott et Costello myopes ou alors en chemise brune et bonnet de marin. 
La photo d'un bus norvégien qu'ils ont cru voir rempli de femmes en burqa, sans doute sous l'excès de psychotropes, de masturbations mutuelles et de bière trafiquée, a fait rire la planète entière même s'il ne faut pas oublier, tout de même, qu'un identitaire norvégien, c'est un genre de Breivik qui n'est pas passé à l'acte. Et puisqu'il est à la mode, dans le droit européen, d'inscrire un état d'urgence antiterroriste permanent qui permettrait de punir l'intention même sans passage à l'acte, quelque balles dans les articulations, en souvenir de l'efficace six-packs que les combattants de l'IRA utilisaient pour punir les traitres, pourrait expliquer à ces vikings blondinets qu'ils n'ont pas le monopole de la violence (que nous condamnons évidemment.)
On pourra aussi prendre un certain plaisir au récit de la foireuse expédition du C-Star, le bateau affrété par les Ulysse nains et hébéphrènes de Génération Identitaire dans le but prétendument humanitaire de faire la chasse aux passeurs mais qui revenait de fait à se livrer à une ratonnade en pleine Mare Nostrum.
Nos fiers défenseurs de l'Occident blanc de blanc ont d'abord été bloqués une semaine dans le canal de Suez par les autorités égyptiennes , puis à Chypre où leur équipage tamoul(!) s'est révélé composé de...migrants, puis à Ierapetra, en Crête, où les antifascistes locaux leur ont fait des misères et enfin dans le port de Zarzis en Tunisie par les syndicalistes de l'UGTT et les pêcheurs qui ont refusé de les ravitailler.
La croisière des SS en culotte petit bateau ne s'amuse donc pas, nous un peu quand même, même si nous serons vraiment rassurés quand on aura trouvé les moyens juridiques d'embastiller ces aryens radicalisés, à moins qu'une erreur de navigation ou un abordage par de gentils flibustiers libertaires mettent fin plus vite que prévu à  cette épopée naze.

mercredi 9 août 2017

On peut toujours essayer de vivre sans...

Yannis Ritsos, Balcon (Bruno Doucey, 2017)

Note de service mélancolique

Comme ont dû s'y résoudre d'autres écrivains et amis, tenanciers de blogue, par exemple Frédéric Schiffter ou Thierry Marignac, le lecteur ne pourra plus désormais commenter Feu sur le Quartier Général. La noria de frustré(e)s du clavier, de brêles malheureuses, de jaloux incultes et autres anonymographes compulsifs devront trouver d'autres endroits pour étaler des pathologies aggravées par l'usage d'internet: mythomanie, coprolalie, idiotisme alpin, paranoïa, libéralisme.
Pour les amis et les autres, mais ils le savent déjà, nous serons toujours prêts à discuter avec eux à l'adresse feusurlequartiergeneral@gmail.com
Ceux qui voudraient continuer leurs cafardages et autres borborygmes à cette adresse doivent savoir que la fonction spam, déjà en vigueur pour quelques importuns, permet à leurs messages de vivre non lus pendant trente jours dans des limbes internétiques avant de se dissoudre dans l'éther.
Le débat y perdra sa spontanéité mais je ne me sens pas l'âme d'un balayeur de sanies virtuelles, pour tout dire. Et j'ai un travail suffisamment compliqué à faire pour ne pas prendre le risque de me laisser atteindre, même simplement érafler, par ce genre de stupidités ce qui peut arriver, l'écrivain n'ayant pas forcément un blindage inusable et étant, au fond, une petite chose fragile.
Nous pourrions adopter comme tant d'autre l'usage du site promotionnel, mais c'est un peu triste quand même.
Pour le reste, l'aventure continue.
Nous vous aimons.

Michaux, la sensation exacte

Paysages

Paysages paisibles ou désolés.
Paysages de la route de la vie plutôt que de la surface de la
Terre.

Paysages du
Temps qui coule lentement, presque immobile et parfois comme en arrière.

Paysages des lambeaux, des nerfs lacérés, des saudades.
Paysages pour couvrir les plaies, l'acier, l'éclat, le mal, l'époque, la corde au cou, la mobilisation.
Paysages pour abolir les cris.
Paysages comme on se tire un drap sur la tête.

Henri Michaux

mardi 8 août 2017

Muriel aime les yaourts, les yaourts à Danone.

Muriel Pénicaud a réalisé en 2013 une plus-value de 1,13 million d’euros sur ses stock-options en tant que dirigeante de Danone, profitant de la flambée en Bourse qui a suivi l’annonce de 900 suppressions d’emplois du groupe en Europe. (Les journaux)
Voilà. Sinon, elle est ministre du travail de Macron et a été à la manoeuvre pour les ordonnances qui préparent le cadre juridique pour imposer sans débat  la loi travail XXL.
On peut toujours amuser la galerie avec un statut éventuel de la première dame dont on n'a que foutre, il n'empêche que la dictature technocratique se double très clairement ici d'une dictature ploutocratique. 
Inutile, je crois, d'insister sur l'ironie de quelqu'un qui veut "libérer les énergies pour que les entreprises créent de l'emploi" (comme on dit en macronlangue) mais qui a assuré ses vieux jours en profitant du chômage de masse, absolument indifférente, comme tous les fans, les larbins et les pom-pom girls du macronisme, à la mort sociale que signifie la perte d'un emploi dans une société où hélas, le travail est encore une valeur cardinale. Alors que l'otium devrait être la règle pour tous si vraiment nous étions civilisés. Mais c'est une autre histoire.
Enfin, on va se donner rendez-vous à la rentrée, Muriel. 
Dès septembre, il y a des dates prévues pour des tennis grandeur nature dans la rue.

lundi 7 août 2017

Au revoir, Christian Millau.

Il était le dernier qui pouvait vous dire, au détour d'une phrase, "Quand Nimier me disait..." ou "Chardonne conseillait toujours de." Christian Millau va me manquer et une des satisfactions de ma vie d'écrivain est d'avoir pu le rencontrer et entretenir des relations amicales avec celui qui fut longtemps, pour moi, le nom d'un guide gastronomique dans la boite à gants de la R16 paternelle, à la fin des trente glorieuses.
Pour le reste, il me restera à relire Au galop des hussards et à me souvenir d'un regard pétillant, d'une conversation éblouissante et chaleureuse, acerbe et drôle, française en un mot.

Votre commande a bien été expédiée

Aujourd'hui, Marcel Aymé s'appelle Nathalie Peyrebonne. Cette manière de faire de la commande d'une cocotte par internet la fin du monde vue comme grésillement, baleine, et manière de repenser le temps pour ne pas disparaitre est à la fois émouvante, poétique et joyeuse. 

On en reparle bientôt parce qu'il n y a pas que la rentrée littéraire dans la vie.

Nathalie Peyrebonne, Votre commande a bien été expédiée (Albin Michel)

dimanche 6 août 2017

Le temps d'un passage



Brisons là voulez-vous
On nous attend on nous attend
Jardins touffus lectures d'été
cour de lycée odeurs de fille
samedis salés centre des corps
et les grands arbres de l’avenue 
par la fenêtre après l'amour
Brisons là voulez-vous 
on nous attend on nous attend.



©jeromeleroy8/17
 

jeudi 3 août 2017

Jean Follain, décidément


Jean Follain, Usage du temps, ( NRF, 1943)

2017, l'Odyssée des blaireaux

-Elle est pas un peu ample, ta tenue?
-On s'en fout, la planète, elle est dead.

mercredi 2 août 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobigeants, 89

"..et déjà, je vois s'ouvrir la dernière porte poussée de l'extérieur par un inconnu."
Bohumil Hrabal, Une trop bruyante solitude

Bravo, Maduro (2)

Trump gèle les avoirs vénézuéliens aux USA pour punir la dictateur Maduro. 
Les démocrates saoudiens respirent.
Alors Maduro a répondu comme le salopard insolent qu'il est:"Je n'obéis pas aux ordres impérialistes, je n'obéis pas aux gouvernements étrangers, je suis un président libre. Les décisions du gouvernement américain soulignent l'impuissance, le désespoir, la haine. Je suis tellement fier, monsieur Trump, allez-y alors. C'est une réaction de colère car le peuple vénézuélien et son président ont désobéi à son ordre de suspendre l'Assemblée nationale constituante. Qu'ils prennent les sanctions qui leur plaisent, mais le peuple vénézuélien a décidé d'être libre."
Sinon, nous, en France, on va bien respecter la règle des 3%. On ne l'a pas votée, mais ce n'est pas grave. On n'est pas des populistes, nous. On est des démocrates en marche. Et on financera la disparition de l'ISF avec 5 euros sur les APL et on chargera une affairiste non élue qui se goinfre de stock-options de moderniser le code du travail, comme ils disent.



mardi 1 août 2017

Bravo, Maduro!

Tu n'es pas Chavez, mais bon, tu tiens le choc. Bravo pour la Constituante!
Sinon, on a aussi le droit de lire autre chose sur la situation au Venezuela. 
Et les leçons de démocratie de la part des pays de l'Union Européenne gouvernés par une banque centrale, (ou mis directement sous protectorat et livré au pillage comme la Grèce), je m'en tamponne le coquillard.
Et pour paraphraser le génial Maurice Pialat, on a le droit de dire à l'incroyable entreprise de désinformation et de déstabilisation capitaliste, semblable à celle des mois qui précédèrent le renversement par un coup d'état militaire du président Allende au Chili le 11 septembre 1973: "Si vous n'aimez pas la révolution bolivarienne, sachez qu'elle ne vous aime pas non plus."