dimanche 2 juillet 2017

Meeting Sam Millar





Sam Millar:  lutte armée, prison, banditisme, prison. Et par-dessus tout la classe dans la vie et le style pour le dire. 
Tough guys don't dance avec le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. 
Lisez On the brinks, vous comprendrez.

16 commentaires:

  1. Dix jeunes Irlandais, prisonniers républicains, grévistes de la faim pour faire respecter leur statut spécial de prisonniers politiques et ainsi reconnaître la légitimité de la lutte irlandaise pour la libération nationale, sont morts entre mai et août 1981 des suites de cette grève de la faim : Bobby Sands (26 ans), Francis Hughes (25 ans), Raymond (Ray) McCreesh (24 ans), Patsy O'Hara (23 ans), Joe McDonnell (30 ans), Martin Hurson (29 ans), Kevin Lynch (25 ans), Kieran Doherty (25 ans), Thomas (Tom) McElwee (23 ans), Michael Devine (27 ans).
    Un rapport de force entre l'impérialisme et l'anti-impérialisme...
    Thatcher, fière de n'avoir pas cédé, faisait passer ces prisonniers pour des criminels...

    RépondreSupprimer
  2. Le prologue de "On the brinks" donne envie de lire.
    Un extrait :

    "Il était tard, mais la chaleur était encore épouvantable. Une lune couleur chair pendait dans le ciel, accrochée comme un testicule hors de son sac. Les grillons devisaient paisiblement et les moustiques me bouffaient les oreilles pendant que je regardais calmement les vagues se briser. Une mouette planait sans effort en mourant de rire. Plus tard, je me souviendrais de l’Albatros dans le "Dit du Vieux Marin". Beaucoup plus tard, je me souviendrais d’une mouette à Long Kesh… "

    RépondreSupprimer
  3. La question, comme toujours dans ces cas-là, est un petit peu plus complexe que le romantisme de la "libération du peuple opprimé". En général, et l'IRA ne fait pas exception, les mouvements de "libération" vivent sur le peuple qu'ils prétendent libérer, le racket s'appelant "impôt révolutionnaire". C'était vrai pour le FLN algérien, vrai pour le MLP, dont les caciques allaient se saouler à Tel-Aviv de vin français avec les subventions internationales après les accords d'Oslo, etc. Quand on a appris à vivre grâce aux armes, on vit par l'épée, si on n'en meurt pas. Il suffisait à l'époque où je l'ai fait, dans les années 1980, d'avoir le courage d'aller traîner sur Falls Road, Belfast, et la chance de s'y lier avec la population locale, les Catholiques, pour avoir une mesure de la haine et du dégoût qu'ils avaient pour IRA, INLA, et tous les "libérateurs" qui les dépouillaient du peu qu'ils avaient, rackettant les pubs, magasins, entreprises, imposant une "justice révolutionnaire" sommaire et d'une cruauté rarement égalée. Mes copains de Falls Road 1986, gamins paumés dans un paysage de guerre, avaient, dans leur adolescence piqué des bagnoles comme tous leurs potes pour faire des "rodéos" du samedi et s'amuser un peu. L'IRA interdisait, État en formation, l'organisation prenait en main la justice et la répression dans le quartier. Nos valeureux "libérateurs avaient attrapé un de mes copains et lui avaient tout d'abord cassé la cheville comme avertissement. Ensuite, comme il persistait, cassé le coude. Enfin, il avait été question de lui tirer une balle dans le genou parce qu'il ne s'arrêtait pas, mais comme il n'avait que 14 ans, et que le "knee-capping" n'entrait en vigueur qu'à l'âge de 16 ans, les "libérateurs" avaient fait subir ce châtiment à son père, qui n'y était pour rien. Chaque fois que mon pote allait voir son vieux, il le voyait boîter à cause de lui. C'est une histoire vraie, j'en ai été témoin, ayant rencontré le père. Et, à Falls Road, il y en avait à la pelle de ce genre d'histoires. L'IRA, l'INLA et consorts étaient aussi détestés que les Anglais par la population catholique. Ce qui vaut aussi pour les organisations loyalistes protestantes de l'autre côté de la barricade, qu'on appelait "mur de la haine", vivant elles aussi sur les populations qu'elles prétendaient défendre. Les uns comme les autres, quand ils ne sont pas entrés au gouvernement ou devenu écrivains, ont, pour une grosse majorité, après les accords du Vendredi Saint, dérivé vers le gangstérisme ouvert, trafic de drogues, de carburant, d'alcool frelaté, "You name it!".
    Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes?…
    "Give me a fucking break!"
    J'ai raconté cette histoire, il y a presque trente ans déjà, dans "Fasciste". Et n'en retire pas un mot.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce qui est dit ici sur l'IRA peut parfaitement s'appliquer au FLNC (Front national de libération de la Corse) dans ses années glorieuses. Le racket, l'intimidation, l'impôt révolutionnaire, la violence morale et physique. Ainsi que la dérive finale vers le gangstérisme, le trafic de drogue, et en Corse, on ajoutera la spéculation immobilière. Les liens entre les nationalistes et le milieu corse sont tout à fait avérés. Le surnom du MPA ( muvimentu per l'autonomia) quand il existait encore était "Mouvement pour les Affaires".
      Les descendants (au propre comme au figuré ...) ont rangé les bombes et les fusils, et ils font maintenant de la politique ... Autre point commun avec l'Irlande. Ainsi, Edmond Siméoni rendu célébre par le siège de la cave d'Aleria est le père de Gilles, actuel président élu de la CTC ...
      L'ennemi reste l'état français, qu'on veut squeezer, en s'adressant directement à l'Europe. D'ailleurs, bien souvent, le drapeau avec la tête de Maure voisine avec le drapeau bleu à étoiles, et on "oublie" le drapeau français. On affiche ainsi sa haine de l'occupant.
      Ce qui m'afflige, c'est qu'aux dernières législatives, trois natios ont été élus. Un tournant historique.
      Seul point de divergence avec le commentaire qui précède, à ma connaissance, aucun d'entre eux n'a eu le talent de devenir écrivain ...

      Supprimer
    2. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

      Supprimer
  4. Je vous réponds dans la journée Thierry Marignac.
    Amicalement,
    MP

    RépondreSupprimer
  5. C'est bien pour donner chair à la complexité des questions politiques que la littérature s'en empare, pour le plus grand bien de l'humanité.
    Je suis loin de connaître et comprendre la situation de l'Irlande du Nord. Je comprends juste qu'aujourd'hui encore les équilibres sont fragiles et que la violence ne disparaît jamais. Seules des mobilisations incessantes peuvent aider à la contenir et rien n'est jamais acquis (à l'homme).
    Quand j'évoque le combat de ces hommes contre l'impérialisme, je désigne leur situation de prisonniers politiques et leur refus d'être traités comme des criminels de droit commun.
    C'est tout et c'est énorme.

    Aujourd'hui en Turquie deux enseignants limogés, Nuriye Gülmen, professeure et chercheuse en littérature comparée et Semih Özakça, instituteur dans le Kurdistan, en sont à leur 116e jour de grève de la faim et sont emprisonnés comme "terroristes de gauche".

    Nous pourrions passer notre vie à dresser la liste de tous ceux qui disent non à l'inacceptable si nous connaissions leur nom.

    Je n'ai pas encore lu Fasciste, non plus que Vint, non plus que tous les autres. J'ai lu les deux plus récents, Morphine Monojet et Cargo sobre. Que je relirai. J'ai lu aussi Tombeau pour Natalia Medvedeva, un poème de Jérôme Leroy dans Sauf dans les chansons :)

    J'avais lu, bien avant qu'il ne reçoive un prix, le roman de Sorj Chalandon, Retour à Killybegs. A relire aussi car je suis loin d'avoir tout intégré.

    RépondreSupprimer
  6. Je voulais juste injecter un peu de réalité dans cette affaire, parce que j'ai vu, il y a très longtemps certes, ce qu'il en était des "libérateurs" dont un Chalandon faisait alors l'apologie (je crois qu'il a évolué depuis, notamment en raison des informateurs très haut placés que les Anglais avaient infiltré dans l'IRA et qui sont le sujet de son livre, et qui jettent un doute considérable sur une grande partie de leur action) et dont la France de gauche romantique avait une vision fort éloignée de la réalité quotidienne. Mais il est toujours fâcheux de voir ces choses de loin, ou de prendre parti dans des règlements de comptes, des vendettas ethniques quand on n'en fait pas partie intégrante, on risque de donner du grain à moudre au monstre. "They got a beef that goes back centuries" dit Tony Soprano, dans un épisode de la série, à propos des Roumains et des Russes. En ce sens, ce lointain séjour en Ulster, a été pour moi une grande leçon — jamais oubliée. J'étais arrivé comme n'importe quel imbécile parisien fasciné par les images de Londonderry une décennie plus tôt, et plus ou moins pro-IRA, quoique qu'une certaine méfiance naturelle m'impose la réserve dans mon dialogue avec les autochtones — ne pas parler de ce qu'on ne connait pas.( Comme j'aimerais que tous les idiots qui s'expriment sur le conflit larvé russo-ukrainien en fassent autant). Après avoir écouté les indigènes de Falls Road comme le fait un journaliste — sans imposer ses opinions pré-conçues — et observé ce qui se passait autour de moi, j'en suis revenu avec des opinions toutes différentes. Même si, en revenant d'Ulster, on ne pouvait plus saquer les Anglais, on avait une mesure de la livre de chair prise par les organisations de "libération" sur leur propre communauté. Je ne doute pas que certains d'entre eux aient été sincères et héroïques dans leur combat, néanmoins, la réalité générale sur le terrain était celle du racket. Ce qui est la plus vieille histoire du monde. Quand une fraction "s'autonomise", les armes à la main et prend les rênes pour le bien du peuple, elle vit sur lui. Et retourne rarement à l'usine ensuite. Je ne cherche pas à faire ma publicité, ici, que ce soit clair, juste à raconter une histoire dont j'ai été témoin de visu. J'ai cité "Fasciste" parce que j'y racontais cette histoire (encore récente dans ma mémoire à l'époque) en détail. Prisonniers politiques, impérialisme, alors là, je ne sais plus du tout de quoi on parle — c'était une guerre, et comme toutes les guerres, elle était sale dans tous les camps.
    Amicalement,

    RépondreSupprimer
  7. Donc, si on résume, pour ceux qui s'y connaissent, Millar c'est la classe dans le gangstérisme et le style dans le racket ?! Il est trop coule le goude frend.

    RépondreSupprimer
  8. Voilà, voilà, pour résumer, ils s'y connaissent mieux que Sam Millar qui est juste né a Belfast, y a juste vécu, y vit encore et a écrit une dizaine de romans et une autobiographie sur la question. Et vous anonyme, vous êtes juste un troll à métamorphoses récurrentes. Cessez de rôder dans les parages, allez lire ce que vous voulez (ou pouvez, car la lourdeur aigre de votre ironie fait craindre un intellect qui se surestime un peu). Votre gourou a cité mal et à tort Bataille dans son discours du Trône. Essayez Bataille. C'est moins beau que du Ferrand mais ça se défend.

    RépondreSupprimer
  9. Je n'ai pas dit que je m'y connaissais mieux que les autochtones. J'ai simplement raconté une histoire vécue avec des autochtones, à une époque où la guerre était encore en cours, et où les "héros de la lutte armée" étaient vus sous un jour tout autre par la population locale qui subissait leur oppression de bande armée vivant à leurs dépens, ce dont j'ai eu des témoignages de première main. Ce qui a aussi sa valeur. Je ne remets pas en cause Millar, que je ne connais pas et dont on m'a dit du bien, je parle du contexte, que j'ai connu. Il me semble important d'avoir une vision plus nuancée d'un tableau beaucoup moins clair que ce qu'on raconte en France. Je crois, sans aucune modestie, avoir donné mes lettres de noblesse en journalisme avec "Vint, le roman noir des drogues en Ukraine" où je ne favorisais personne. L'IRA en Robin des Bois, désolé, j'ai vu autre chose, alors que j'étais prêt à adhérer à cette idée. Que certains combattants aient été idéalistes jusqu'au bout — c'est possible et même probable. Cependant, le tableau général a une toute autre allure et la suite l'a prouvé.

    RépondreSupprimer
  10. Il est évident que ce qui est PREMIER ici, avec ce billet, c'est l'oeuvre de Milar et je vais lire On the brinks et Au scalpel.
    Reconnaissance infinie pour le travail de passeur et la formation des esprits qui s' opèrent sur ce blogue.

    RépondreSupprimer
  11. « Le roman travaille à rebours de l’idéologie. Il met en place la principale question du temps humain, de sa sédimentation, dans l’expérience et la durée de l’écriture tout autant que de la lecture. (…)
    Le roman n’opère pas ce travail selon les modalités du pouvoir, en ce sens que ce qui est proposé dans l’espace romanesque ne fait pas retour bénéficiaire à l’autorité de l’auteur comme sujet, mais ouvre, pour le lecteur, à l’espace de sa propre liberté, de sa propre souveraineté à devenir véritablement sujet et à faire du roman son propre matériau de devenir.
    Ce qu’opère le roman c’est un travail inverse de l’idéologie, il met au pot commun de l’imaginaire et du symbolique ce qui devient une puissance pour chacun d’inventer sa temporalité, ses actes, et de faire sens. Il ne rabat ledit sens sur aucune instance de pouvoir qui s’en trouverait fructifiée. (…) »

    Luc Lang, Délit de fiction, La littérature, pourquoi ?, folio essais, Gallimard 2011

    RépondreSupprimer
  12. Vous songez à m'apprendre ce qu'est le roman ? C'est sérieux ? … Et sa différence avec l'idéologie, dont je parle depuis environ un quart de siècle, certes avec beaucoup moins d'emphase et d'autorité "théoricienne" que votre "essayiste", mais tout de même beaucoup plus d'énergie et de compétence ?… Sans compter que vu les slogans avancés en fin d'article, il y avait matière à discussion — justement au-delà de ce qu'est un roman. C'est toute l'ambiguité d'une "littérature engagée", qui est d'emblée suspecte d'échapper justement aux catégories évoquées dans l'article que vous citez, d'être dans les modalités d'un contre-pouvoir, en l'occurrence l'IRA, et la proximité du contre-pouvoir avec le pouvoir quel qu'il soit était le sujet de mon objection. Toute l'ambiguité d'un certain "polar", et la mode irlandaise rappelle la mode italienne et ses anciens combattants, à mes yeux tout aussi contestable. Qu'un truand prenne la plume et raconte ses coups, ça a donné de beaux livres, quand ils étaient sincères, ne cherchaient pas à maquiller la violence sous le masque de la défense du peuple. Avec les truands politiques on est dans une zone grise beaucoup plus douteuse. Et quant à la solidarité du "polar français" — "That's penis envy", comme on dit en Amérique, reprenant une expression freudienne. Je me souviens d'Hafed Benotman, remettant à leur place des anarchistes hurlant la "propagande par le fait" lors d'une signature en librairie, leur disant "Non, calmez-vous, vous ne savez pas ce qu'est la violence de menacer quelqu'un avec une arme, j'en suis revenu". C'est de ça dont il était question. Pas du roman, qui est une toute autre affaire.

    RépondreSupprimer
  13. Thierry Marignac bonjour,

    Je ne m'adressais pas à vous, je vous eusse nommé si c'eût été le cas.
    J'ai copié cet extrait en apport à tous les échanges et in fine j'en étais sans doute la première destinataire, ce qui ne laisse pas de m'interroger sur la nécessité que j'aurais à faire silence et ne pas en rajouter quand les choses sont dites.

    RépondreSupprimer
  14. Je lis ON THE BRINKS depuis tout à l'heure. P....., je ne m'attendais pas à ça.
    Je m'attendais à un roman.
    Or c'est l'autobiographie dont vous parliez, Jérôme.
    Et quand vous parlez de "style pour le dire", on ne peut qu'approuver. Cloué que l'on est par la hauteur, la distance, l'humour, pour dire l'indicible...

    J'étais au cœur du sujet en évoquant Bobby Sands et ses malheureux compagnons.
    Sam Millar (qui dit qu'il n'a pas eu le courage de faire la grève de la faim, mais il a eu celui de résister à la peur et à l'horreur), a vécu de longues années les conditions d'une barbarie à peine imaginable.
    En exergue page 59 :
    "Nu... des années dans une cellule glaciale... battu... tout... Millar a traversé tout ça.
    (William Sherman, lauréat du prix Pulitzer, "Esquire")

    Il faut lire On the brinks...

    Après les années à Long Kesh, il y a le casse de la Brinks à Rochester, avec un copain irlandais, des flingues en plastique et une fourgonnette pourrie. Au bout du compte, l'argent disparaîtra...

    Ce serait dans un roman de Westlake, on n'y croirait pas...

    RépondreSupprimer

ouverture du feu en position défavorable