samedi 10 juin 2017

Sécession douce

Il allait bien falloir quitter Aubusson et ses Nuits Noires. Pendant quelques jours, le temps s'était suspendu. Par éclats était apparu ce que d'autres avaient appelé une zone d'autonomie temporaire ou une utopie concrète ou une communauté affinitaire. Les gens avaient fait ce qu'ils avaient toujours aimé faire: lire, faire lire; écrire, faire écrire; passer l'énergie, prendre l'énergie, rester au soleil en terrasse, discuter jusqu'à pas d'heure dans des maisons du moyen âge avec vue sur la Creuse, battre la campagne, passer des ponts...
Il se prenait à rêver qu'un peu partout, au lieu d'aller voter avec enthousiasme pour leur propre ubérisation, d'autres gens fassent la même chose: ce qu'il leur plaisait pour retrouver en douceur la saveur fraîche et forte de l'autonomie et de l'émancipation. Et surtout, qu'ils ne reviennent plus. Laisser aux fossoyeurs l'illusion qu'ils gouvernaient alors qu'il n'y aurait plus eu personne pour se soumettre à leurs décrets fantomatiques.
Il n'était pas trop tard. Il n'était jamais trop tard
-On s'en va, mon amour?
-On s'en va.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

ouverture du feu en position défavorable