lundi 19 juin 2017

De la poésie, des poètes, des polders et de la rue Roger Salengro



Jean-Marc Flahaut, mézigue, Fançois-Xavier Farine et Thierry Roquet sont sur un polder.
Je crois que la chose la plus intelligente pour ma santé morale que j'ai faite depuis longtemps, c'est d'aller écouter des poètes vivants lire leur poésie, samedi soir. 
Il faisait à peu près trente degrés, et dans le Nord, quand il fait chaud, il fait plus chaud qu'ailleurs parce que ça n'arrive pas souvent. Les poètes en question étaient Jean-Marc Flahaut et Thierry Roquet. La rencontre, organisée par l'irremplaçable François-Xavier Farine qui est le meilleur défenseur, érudit et doux, qui soit de la poésie contemporaine, avait lieu au bar Le Polder, rue Roger Salengro, à Hellemmes. 
En fait, la rue Roger Salengro change de nom quand on passe de Lille, (où elle s'appelle  Pierre Legrand) à Hellemmes. Si j'insiste, c'est que j'aime bien cette rue. C'est une rue du monde d'avant avec des épiceries, des bistrots, des brocantes, des merceries, des drogueries, des graineteries, bref tous ces noms qui vont bientôt disparaître du dictionnaire puisque le signifiant a toujours un peu de mal à survivre longtemps au signifié quand celui-ci tire sa révérence. Les gens, comme dirait le nouveau lider maximo de la gauche radicale, sont des vraies gens de toutes les couleurs qui ont l'air d'avoir leurs problèmes, leurs joies, assez peu de pognon et beaucoup d'enfants. C'est aussi la rue où l'on trouve l'Espace Marx et le siège du journal communiste Liberté Hebdo où j'écris une chronique depuis une petite dizaine d'années, maintenant.
Si je donne ces détails, c'est pour préciser l'esprit du lieu qui formait somme toute un écrin parfait pour la poésie de messieurs Flahaut et Roquet. C'est une poésie de la vie quotidienne, c'est une poésie avec des mots de tous les jours, c'est une poésie qui fait sourire et qui fait pleurer, mais discrètement, on a sa dignité. C'est une poésie pour les gens de la rue Salengro à Hellemmes, c'est à dire une poésie qui vit d'une vie vraiment humaine. D'ailleurs,  je ne cesserai pas de m'émerveiller que parmi la trentaine de personnes dans l'assistance, des clients étaient venus boire une bière en habitués et ont écouté messieurs Flahaut et Roquet avec le même naturel que nos poètes mettaient à lire leurs textes.
Mais après tout, lisez-là, cette poésie, ou faites-vous la lire par vos amoureux, vos amoureuses, vos enfants, vos oiseaux, vos chats, vos fleurs. Il est assez facile, on l'ignore trop souvent d'apprendre à lire aux oiseaux, aux chats et aux fleurs. Il suffit d'un peu de pédagogie.
Comme on est serviable, on vous met en photographie, outre les poètes en question en compagnie de votre serviteur, des livres de ces messieurs qu'on avait achetés ou qu'on a achetés à cette occasion. 
La poésie s'achète aussi, vous savez, du moins tant qu'on n'aura pas aboli l'économie, elle n'est pas gratuite, la poésie, sinon cela signifierait qu'elle ne vaut rien.
Pour le reste, en ce samedi soir caniculaire, j'ai eu la merveilleuse sensation à l'issue de cette petite heure de lecture, que le bonheur lui aussi, avait bu une ou deux pressions au Polder, rue Roger Salengro.


6 commentaires:

  1. Moi j'aime bien écouter les poètes morts lire leurs poésies

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  2. Belle rencontre au vu de cette photo et du compte rendu.

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  3. J'aime les couvertures papier kraft de la collection poésie du "Pédalo ivre", une maison d'édition associative et lyonnaise donc très recommandable:)

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  4. A propos de poètes, Marc Porcu nous a quittés dans la nuit du 13 Juin; petit-fils d'un pêcheur sarde anti-fasciste contraint de s'exiler en Tunisie, Marc avait fait connaître grâce à ses traductions la poésie sarde et ligure; poète, passeur de mots et de cultures c'était aussi une belle personne, un homme généreux et fraternel. On peut trouver ses traductions et poésies ( "Le cri de l'aube", "Ils ont deux ciels entre leurs mains"...) aux éditions "La fosse aux ours" et "La passe du vent", entre autres.

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ouverture du feu en position défavorable