mercredi 17 mai 2017

Société civile, mon cul.

Un oubli malheureux, rattrapé de justesse: au nom de la société civile, mademoizelle Zazie a été nommée secrétaire d'Etat aux hormosessuels, aux bloudjines et aux gens qui ont envie de dire "Macron, mon cul" Ici, lors de sa première sortie à la rencontre des chauffeurs Uber.

Nommer un éditeur à la culture, c'est comme nommer un médecin à la santé, un professeur à l'éducation nationale, un général à la défense et un flic à l'intérieur. C'est très exactement le contraire de la politique. 
Autant dire que c'est du macronisme pur jus. 
Avoir une vision, un projet, c'est ça, l'affaire du politique qui est, en principe, élu pour ça et donc légitime. Après, on peut décider que la politique, ça ne sert à rien et qu'un pays, c'est une entreprise. D'ailleurs, on est bien parti pour. 

Je ne vise pas particulièrement ni les éditeurs,  ni les escrimeuses d'ailleurs ni les personnes en général, je vise ce faux bon sens qui plait tant aux journalistes en plein bovarysme médiatique, faux bon sens discrètement totalitaire qui fait croire que le spécialiste dans un domaine domaine donné a la légitimité pour penser politiquement ce domaine. 
La société civile, si elle veut faire de la politique, qu'elle commence par se faire élire.

19 commentaires:

  1. En 1997, Jacques Chirac, élu Président deux ans auparavant face à son ex-premier ministre Édouard Balladur puis deux semaines plus tard à Lionel Jospin, a eu un coup de génie, bien conseillé par son ami du SAC, Charles Pasqua : comment se dépêtrer de ces emmerdeurs de juges qui commencent à tripatouiller dans nos salopatrouilleries monégasques à la Mairie de Paris ?

    Facile : suffit de mettre en place un gouvernement "degôche", qui va tant merder qu'on sera réélu en 2002, après avoir fait voter le quinquennat.

    Comment faire l'entourloupe ? Ben, on dissout l'assemblée nationale pourtant déjà acquise à ce même Chirac, et vu que Juppé a merdé directos grave dès sa nomination en 1995, sûr que la gôche va gagner les législatives, on laisse Jospin se dépatouiller comme le con qu'il est en tant que premier ministre, cet abruti se présente en challenger aux présidentielles de 2002 mais on a bien blindé le vote, côté RPR, en ordonnant à tous les petits soldats de voter pour Jean-Marie, et en en envoyant une troupe faire flipper Papy Voise, le 21 avril 2002.

    Résultat : Chirac réélu triomphalement au deuxième tour, et ouf ! prescription pour les conneries comptables de la Mairie de Paris !

    C'est-y pas de la beauté politicienne, ça ?

    Machiavel, je t'aime.

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    1. Un peu trop complotiste votre truc. Mauvais scenar de mauvais polar. Vous en faites trop.

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    2. Courageux Anonyme, je n'invente rien : cette idée a été développée par William Karel dans son film Poison d'avril.

      William Karel, vous savez, le documentariste qui nous a fait croire à l'existence de la Cagoule, de la CIA, de George Bush, de Sarkozy et de même à l"irréalité de la mission Apollo XI !

      Un mauvais complotiste, à coup sûr.

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  2. On dirait bien que Macron a été élu pour ça.
    Je serais volontiers d'accord avec vous si les professionnels de la politique avaient été convaincants depuis 40 ans. Mais ils ont tous ou presque été lamentablement incompétents.
    Flore Pellerin à la culture !? L'avez-vous oubliée celle là ? Au moins l'éditrice d'Actes Sud, ma maison d'édition préférée a lu Modiano.
    Selon vos critères, Darmanin et Le Maire sont des élus. Ils me font froid dans le dos et je m'en passerais bien.

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    1. Je ne critique pas les personnes, mais le principe. Démocratiquement, en tout cas dans le régime "capitalo-parlementaire" (Badiou) qui est le nôtre, aussi déplaisants soient Lemaire et Darmanin et aussi talentueuse soit Françoise Nyssen, Lemaire et Darmanin sont élus au suffrage universel. La société civile (idée historiquement de droite voire poujadiste: les vraies gens, et patati et patata) comme argument de renouvellement, c'est le signe d'un parachèvement de l'ère post-démocratique. Un cercle de la raison comme disait le plagiaire Minc d'accord sur tout, c'est à dire le libéralisme comme horizon indépassable, élu mécaniquement, aveuglément puisqu'on s'arrange pour que le monopole de l'opposition soit tenu par une extrême droite infréquentable. Jusqu'au jour où ils se passeront de cette fiction onéreuse d'un scrutin et, toujours comme le souhaitait Minc époque Balladur, proposeront une "démocratie d'opinion, où le vainqueur sera celui des instituts de sondage.

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    2. «Dans la société civile, chacun est pour soi-même une fin, tout le reste n’est rien pour lui.»
      Hegel (Fondements de la philosophie du droit, 1821)

      On a parlé de « société civile » en même temps qu’on faisait entrer le mot de « gouvernance » dans les esprits. C’est-à-dire quand on a commencé à considérer qu’il y avait trop d’Etat, trop de Service public et qu’il était temps d’adopter le modèle de gestion des entreprises, et de faire appel aux « vrais gens » comme le dit Jérôme.

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  3. Non Jérôme, ce n'est pas une entreprise, mais une start-up, et on va le voir dans les semaines qui viennent : la start-up appelle la gouvernance...

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  4. Bernard Grandchamp18 mai 2017 à 01:02

    Cher Jérôme Leroy,
    Mais si la société civile "se fait élire", elle sera devenue (partie de) la société politique! Et alors, plus moyen de revendiquer être "civil ET politique", comme on est (désormais?) " droite ET de gauche"...
    Je me permets en sus d'abuser de cette généreuse hospitalité que vous m'offrez à mon gré pour déposer ici certaine réflexion que je me suis faite ce 14 mai : M. Macron vous avez été intronisé Président de la République à 39 ans, le même âge que Leclerc quand il prononça le "serment de Koufra" en 1941. Mais, tandis qu'il s'engageait à "ne déposer les armes que lorsque le drapeau tricolore flotterait à nouveau sur cathédrale de Strasbourg", vous vous êtes précipité séance tenante à Berlin, offrir à l'Allemagne la soumission de la France...

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  5. J'aime vous lire. Vous êtes toujours en avance de plusieurs coups. Vous posez les problèmes de façon inédite, avec une rage et un courage qui nous réveillent (si on dormait). On peut certes toujours vous répondre, mais ça intervient après.

    Et j'apprécie d'autant plus, de pouvoir venir lire ici, que cette "passation" m'a secouée. Il y a quelque chose qui ne se disait pas aussi clairement me semble-t-il, à savoir qu'il vaut mieux pour un ministre connaître les rouages de l'appareil d'état ; on pouvait s'en douter, c'est comme dans tout boulot, sauf que là il n'y a plus aucune vergogne à parler des ministères comme de gares de triage. On comprend qu'il faut frapper vite et fort. Et que les leçons des écoles supérieures de commerce ont toute leur pertinence...

    Je suis quand même effarée que dans le même temps où le nouveau ministre de l'économie et des finances remercie l'ancien du travail accompli, il puisse dire qu'il vient là pour redresser la France. Il n'avait de cesse de voir Sapin dégager de son pupitre. La violence de ces types...

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  6. Juste pour le plaisir : Macron mon cul !

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  7. La seule politique qui leur importe, c’est celle qui permettra la baisse du coût du travail et la bonne santé du CAC40, tous ces ministres de la « société civile » ne pèseront pas lourd, ils fermeront leur gueule ou au mieux ils démissionneront.

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  8. Ben maintenant les choses sont très claires: les chefs d'entreprise sont nommés directement ministres de leur champ d'action. Question: les prochaines lois culturelles vont-elles augmenter ou faire baisser les profits d'Actes-Sud? Oh ben on sait pas, hein, c'est pas sûr, ça veut rien dire, hein...F

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  9. Signe très clair de la soviétisation rampante du post-capitalisme néo idéologique que ce jansénisme de la nomenklatura "Nous les beaux, les puissants, les heureux!" disait Nietsche à propos de tout autre chose. Je rappellerai tout de même que le Premier Ministre se pique d'écrire, ceci expliquant cela.

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  10. PS. Je rappellerai aussi que sous de Gaulle on avait Malraux, ça avait tout de même une autre gueule que le PDG d'un groupe qui pratique la concentration industrielle, grâce au "happy few pour tous" littéraire. Il avait pillé des temples en Extrême Orient, fait la Guerre d'Espagne et libéré Strasbourg, tout en écrivant "Les Conquérants" et "La Voie royale".
    Perso, tant qu'à faire dans le soviétisme tardif, j'aurais préféré Antoine Gallimard, mais pour ça, il aurait fallu que ce gvt ait de la classe. Or, ce n'est pas ce qui le caractérise.

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  11. C'est une erreur assez commune que de confondre les élus et les "techniciens", les administratifs, les fonctionnaires qui doivent mettre en oeuvre le projet, la vision (s'il y en a une).
    Macron ne sait pas ce qu'est le rôle d'un élu; comment le saurait-il d'ailleurs; sa "société civile" sort de nulle part, sans aucune formation préalable d'abord sur le terrain, comme militants (c'est aussi à ça que servent les partis politiques).
    Macron joue à "faire président", il déplace des pions, il se fait plaisir,il "gère".

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  12. Dernière minute: ce matin sur inter, le ministre de l'Education Nationale déclare: il faut parler d'amour. Il faut aimer son pays comme on doit aimer sa famille. Du renouveau, donc. F

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    1. Je ne vois pas très bien pourquoi il ne faudrait pas aimer son pays...

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  13. Monsieur Marignac, c'est pas bien du tout de dire du mal de cette gentille petite maison d'édition provençale créée dans une bergerie :

    http://blog.agone.org/post/2011/10/20/Concentration-capitalistique-dans-l-%C3%A9dition-la-methode-Actes-Sud

    J'attends avec impatience sa déclaration de patrimoine ;-))

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  14. Oh, cher anonyme, je ne disais pas de mal, je donnais le réel, failli, du reste mettre le même lien que vous. Contrairement à tant d'autres, je ne pense pas au monde tel qu'il devrait être, mais tel qu'il est. Actes-Sud est une superbe réussite de la publicité dans l'édition, de même qu'en général les écrivains à succès sont les rejetons de la grande bourgeoisie, nés dans le réseau. Nulle objection de ma part — ça a toujours été comme ça. Mais relever ce système de la turpitude, "rendre la honte plus honteuse en la livrant à la publicité" peut avoir son utilité.

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ouverture du feu en position défavorable