mercredi 29 mars 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 79

"...il appartenait à ce type rare d'écrivain qui sait que rien ne doit demeurer que ce qui est à l'état de parfait achèvement: le livre imprimé, que son existence positive est incompatible avec celle de son fantôme, le grossier manuscrit, faisant étalage de ses imperfections, comme un revenant vindicatif qui porte sa propre tête sous son bras, et que, pour cette raison, on ne doit jamais laisser subsister quelle qu'en soit la valeur sentimentale ou commerciale, les déchets de l'atelier."
Vladimir Nabokov, La vraie vie de Sebastian Knight

3 commentaires:

  1. Je fais un copié/collé d'une notule de Philippe Didion (Notules dominicales de culture domestique):

    DIMANCHE.
    Lecture. La vraie vie de Sebastian Knight (The Real Life of Sebastian Knight, Vladimir Nabokov, New Directions, New York, 1941 pour l’édition originale, Albin Michel, 1951 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Yvonne Davet, rééd. in “Œuvres romanesques complètes" II, Gallimard 2010, Bibliothèque de la Pléiade n° 561, révision de la traduction par Yvonne Couturier; 1764 p., 75 €).
    V. entreprend d’écrire la biographie de son frère Sebastian Knight, un célèbre écrivain récemment disparu. Pour ce faire, il visite les lieux qu’il a traversés, rencontre des personnes qui l’ont connu. Thomas H. Cook a bâti avec succès la plupart de ses romans policiers sur ce principe de reconstitution biographique, avec peut-être cette vraie vie de Sebastian Knight comme modèle. Les polars de Thomas Cook sont au minimum intéressants, captivants pour les meilleurs, le roman de Nabokov est époustouflant et les rejette dans l’ombre. Premier roman de son auteur écrit directement en anglais, il montre d’emblée une langue somptueuse parfaitement rendue dans la traduction d’Yvonne Davet. Celle-ci n’est pas inconnue des milieux littéraires puisque c’est elle qui quitta mari et enfant pour partir à la poursuite d’André Gide dont elle était tombée éperdument amoureuse et qui gâcha sa vie dans cette quête infructueuse. Autre chose à noter : Georges Perec a glissé quatre citations de La vraie vie de Sebastian Knight dans La Vie mode d’emploi. J’en ai retrouvé trois, j’ai la moyenne.

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    1. Merci, Michèle. Enfin, merci, je ne sais pas: voilà que je vais vouloir les retrouver, les citations. Et j'ai du coup envie de lire un Thomas Cook. Qui m'a toujours semblé pas mal, jamais génial, mais pas mal.

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  2. Pour Thomas H. Cook, j'ai trouvé ces lectures dans les Notules :

    Notule 652 (février 2015)
    DIMANCHE.
    Lecture. Le dernier message de Sandrine Madison (Sandrine’s Case, Thomas H. Cook, The Mysterious Press, 2013 pour l’édition originale, Le Seuil, coll. Policiers pour la traduction française, 2014, traduit de l’américain par Philippe Loubat-Delranc; 400 p., 21 €).
    Depuis ses débuts, Thomas H. Cook refuse la facilité du personnage récurrent. Pourtant, ses romans policiers sont liés les uns aux autres par d’autres éléments qui en font un des auteurs les plus reconnaissables du moment. La thématique d’abord, qui tourne toujours autour d’histoires de familles mal en point, de vies de couples ratées, de tristes adultères. Le cadre ensuite, géographique et sociologique : une petite ville de province américaine, une université de faible renom, des personnages issus de la classe moyenne. Parmi ceux-ci, une figure centrale, suffisamment intelligente et cultivée pour susciter une certaine compassion rendue au bout du compte impossible à maintenir devant sa médiocrité et ses contradictions. La construction, enfin, toujours la même, qui part d’un fait établi, une mort, une disparition, dont les causes et les circonstances exactes n’apparaissent que lentement au fil de retours en arrière savamment agencés. Ici, un professeur d’université est soupçonné d’être l’auteur du meurtre de sa femme et c’est le déroulement du procès qui éclaire petit à petit le lecteur sur ce qui, au départ, était présenté par l’accusé comme un suicide. La conjugaison de ces éléments, associée à une langue plus que soignée, presque précieuse, ont mis Thomas H. Cook à la tête d’une oeuvre parfaitement pensée, maîtrisée, passionnante dans tous les volets qui la constituent.

    Notules 623 (mai 2014)
    LUNDI.
    Lecture. Mémoire assassine (Mortal Memory, Thomas H. Cook, G.P. Putnam's Sons, 1993 pour l'édition originale, Points P 3169, 2011 pour l'édition française, traduit de l'américain par Philippe Loubat-Delranc; 336 p., 7,60 €).
    On a assez lu de Thomas H. Cook ici pour savoir que tous ses polars tournent autour de la famille. Familles usées, décomposées, détruites, jamais heureuses. Celle du narrateur a été anéantie lorsqu'il avait neuf ans et que son père a tué, à coups de fusil, sa mère, son frère et sa soeur avant de disparaître dans la nature. Bien des années plus tard, une femme entreprend d'écrire un livre sur le drame et rencontre le rescapé. Celui-ci plonge dans ses souvenirs et remet au jour, petit à petit, les fragments de sa vie d'alors au long d'une série d'entretiens. C'est une véritable entreprise psychanalytique, avec transfert et contre-transfert, qui permet au narrateur de tracer un parallèle entre le père qu'il a connu quand il était enfant et ce qu'il est devenu, lui, adulte. Au point que l'enjeu du roman devient la possibilité qu'il en arrive à commettre le même acte, une issue présente à l'esprit du lecteur tout au long du livre. C'est une parfaite réussite, une histoire tenue de bout en bout malgré la lenteur du dévoilement, qu'il était temps de traduire près de vingt ans après sa sortie aux Etats-Unis.

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ouverture du feu en position défavorable