vendredi 31 mars 2017

Je vous salue ma France


En même temps
comment voulez-vous
désespérer d'un pays
où le petit train passe
par St Priest Taurion
Brignac St Léonard de Noblat
St Denis des Murs
Chateauneuf-Bujaleuf
Eymoutiers-Lac de Vassivière
 sol semé de héros
La Celle-Corrèze Bugeat
Perols Jassonneix
Meymac Ussel
ciel plein de passereaux
avec à bord
une contrôleuse
aux yeux de forêt.

© jérômeleroy, 3/2017

A la recherche du Temps Retrouvé

« J’ai la mémoire qui flanche / je ne me souviens plus très bien. / Voilà qu’après toutes ces nuits blanches, / il ne me reste plus rien. » On se souvient pourtant, en ce qui nous concerne, de la chanson interprétée par Jeanne Moreau dans les années 1960. Dans notre époque qui vit au rythme du présent perpétuel, le temps de l’info en continu, la mémoire est devenue un enjeu à la fois intime et, d’une certaine manière, politique. Celui qui se souvient ne laissera pas son époque parler pour lui. Dans 1984 de George Orwell, c’est en commençant à écrire un journal intime, dans un recoin de son appartement sordide surveillé par le télécran qu’il est impossible d’éteindre, que Winston Smith accomplit son premier acte de résistance et peut mettre noir sur blanc les falsifications du réel, penser la réécriture permanente de l’histoire opérée par Big Brother et faire échec, au moins pour un moment, à l’amnésie organisée qui est toujours l’arme principale des totalitarismes. Retrouver la mémoire, témoigner pour un lecteur même hypothétique, comme Winston Smith, est la seule condition pour donner un sens à la durée, c’est-à-dire à notre vie qui nous échappe à chaque instant.

C’est pour cela qu’on saluera l’arrivée en format poche de la collection « Le Temps retrouvé » du Mercure de France, qui propose depuis plusieurs décennies des mémoires, des journaux intimes, des récits de voyages, des documents dont les auteurs sont tantôt des personnages historiques, tantôt des anonymes ou des témoins oubliés qui disent leur vérité sur une époque qu’ils ont traversée et sur leur personne par la même occasion.
Dans cette livraison, on trouve notamment les Mémoires de Marguerite de Valois, plus connue depuis Dumas sous le nom de la Reine Margot, qui raconte les guerres de Religion et la Saint Barthélemy. Au-delà du document, Marguerite de Valois se rappelle à notre souvenir comme un des grands auteurs de la littérature française capables de dépeindre les convulsions de leur temps et d’en tirer des leçons de sciences politiques formulées avec une précision qui annonce celle des moralistes du Grand Siècle : « Comme la prudence conseillait de vivre avec ses amis comme devant être un jour ses ennemis, pour ne leur confier rien de trop, qu’aussi l’amitié venant à se rompre et pouvant nuire, elle ordonnait d’user de ses amis comme pouvant être un jour ses ennemis. »

Les Mémoires du prince de Ligne, qui avait fui la France au moment de la confiscation de ses terres wallonnes par la Révolution française, appartiennent aussi de plein droit à notre littérature. Ligne écrit, dans un français d’une incroyable pureté, son bonheur paradoxal à traverser le tragique de l’Histoire en séduisant les femmes et en parlant avec les plus grands personnages de son temps, de Voltaire à Rousseau en passant par Catherine de Russie, Marie-Thérèse d’Autriche ou encore Frédéric de Prusse, qui ne sont que quelques noms parmi tant d’autres de l’incroyable bottin mondain que nous a laissé ce guerrier amoureux, ce diplomate styliste admiré notamment, on ne s’en étonnera pas, par Paul Morand : « J’ai toujours tout fait de tout mon cœur. »

Mais les responsables du « Temps retrouvé » savent que les grands de ce monde n’ont pas le monopole de la mémoire. L’abbé Mugnier, par exemple, dont le Journal couvre la période 1879-1939, n’était pas un prince de l’Église, tout au plus une figure secondaire de la République des lettres. Seulement, il laisse un témoignage de première main sur une époque où la littérature française passe des symbolistes aux surréalistes, de Huysmans à Cocteau sans oublier Proust, à qui la collection a évidemment emprunté son nom : « Dîné, hier, à l’hôtel Ritz, chez la princesse Soutzo. Avec Marcel Proust, j’ai causé aubépines. » En charge de la paroisse Sainte-Clotilde, au cœur du VIIe arrondissent, en délicatesse avec ses supérieurs qui le trouvaient par trop mondain, détesté par Léon Bloy, l’abbé Mugnier mêle de manière inédite la douceur évangélique et un humour pince-sans-rire, comme lorsqu’il constate, toujours à propos de Proust qui a prévu d’offrir son livre à la princesse de Polignac : « Très flattée, la dame, mais Proust doit donner à ce livre le titre de Sodome et Gomorrhe. »

Plus inconnu encore, à l’autre bout de l’échelle sociale, en plein siècle de Louis XIV, « Le Temps retrouvé » nous fait faire la connaissance de Jean Marteilhe, galérien du Roi-Soleil dont les Mémoires d’un protestant condamné aux galères de France pour cause de religion sont le seul témoignage écrit laissé par un des 38 000 forçats qui furent emprisonnés sur les galères entre 1680 et 1715. Jean Marteilhe, fils de bonne famille protestante, capturé en 1701 alors qu’il fuit les dragonnades dans sa ville de Bergerac, restera treize ans sous la casaque rouge du galérien, avant d’être condamné à l’exil. Ce qui passionne ici, c’est autant le récit à la première personne d’un dissident de l’intérieur, traqué sur les routes de France, que la description presque ethnologique qu’il nous donne des galères, de leur fonctionnement et de la vie épouvantable qu’on y mène : « Enfin, il faut l’avoir vu pour le croire, que ces misérables rameurs puissent résister à un travail si rude ; et quiconque n’a jamais vu voguer une galère, ne se pourrait jamais imaginer, en le voyant pour la première fois, que ces malheureux pussent y tenir une demi-heure. »

Il arrive pourtant, Jeanne Moreau toujours, que la mémoire fasse franchement défaut et que le temps soit impossible à retrouver. David Carr dont les éditions Séguier publient La Nuit du revolver, n’était ni galérien ni prêtre et encore moins aristocrate. C’était un journaliste américain, né en 1956 et mort en 2015, d’un cancer du poumon qu’il avait plus ou moins caché à tout le monde, en s’effondrant dans la salle de rédaction du New York Times. Grand reporter, spécialiste des médias, Carr a aussi été, dès sa jeunesse dans le Minnesota, dealer et toxicomane, pendant des années.


Il fait paraître La Nuit du revolver en 2008 et rencontre un succès immédiat. On annonce une série tirée de ce livre qui forme des « antimémoires » où la première question est comment récupérer une vie largement gommée par l’excès proprement délirant des stupéfiants de toute sorte, David Carr ne faisant pas les choses à moitié, de l’herbe au crack avec aussi des acides pour faire bonne mesure. Le titre du livre fait allusion à ce qui a provoqué chez David Carr le déclic. Il s’aperçoit, en fait, qu’il a reconstruit ses souvenirs pour les rendre supportables et qu’il ne sait plus, à propos d’une nuit de beuverie et de défonce en 1987 avec son meilleur ami, alors qu’il vient de se faire virer du journal où il bosse, si c’est son ami qui l’a menacé d’un revolver , ce qu’il a toujours cru, ou si l’arme lui appartenait, à lui qui s’était pourtant toujours vu comme l’archétype de l’Américain de gauche : « Je ne suis pas du genre à posséder un revolver. C’est un fait certain. […] J’ai été quelquefois du mauvais côté du canon, à me tortiller en demandant aux gens de se calmer. Mais me rendre chez mon meilleur ami avec un flingue dans la poche ? Cela ne correspond pas à mon histoire, celle du garçon blanc qui s’est amusé à faire un tour du côté des habitudes les moins ragoûtantes de l’existence avant de devenir un citoyen honnête. »

Alors David Carr va faire ce qu’il sait faire le mieux. Enquêter comme un grand reporter, avec les méthodes du grand reporter, à la seule différence que le sujet de son investigation, c’est lui. Il se transforme en un Proust, cité plusieurs fois dans le livre, qui aurait échangé la madeleine trempée dans le thé et le défaut du pavage dans la cour de l’hôtel de Guermantes contre « une caméra vidéo, un magnétophone digital et un disque dur externe pour tout sauvegarder. Ces appareils allaient accomplir ce dont j’étais incapable, à savoir tout coder en 0 et en 1, l’enregistrer intégralement et me servir de témoins numériques. »

Mais ce qui fait de La Nuit du revolver un grand livre autobiographique vu au prisme destructeur de l’addiction, dans la lignée par exemple du Dernier Stade de la soif de Frederick Exley, c’est que David Carr, pour reprendre une expression de son patron du New York Times, est « un poète du journalisme ». Il ne se contente pas de nous livrer des documents bruts, il les orchestre pour faire apparaître le destin typique d’un enfant de la middle class américaine avec un père tailleur et une mère instit, déjà portés sur la boisson. Pourtant, ne nous méprenons pas : il n’est pas question pour David Carr de se chercher des excuses dans de quelconques déterminismes ou de mettre sa dérive sur le compte d’une époque encore imprégnée par l’esprit hippie. Au fil des témoignages de ses proches, des rapports de police, des avocats et des médecins, ce qu’il veut avant tout c’est retrouver la mémoire pour pouvoir dire simplement, en toute conscience, la phrase que Pablo Neruda avait choisie pour titre à sa propre autobiographie : « J’avoue que j’ai vécu. »



Mémoires de Marguerite de Valois, éditions du Mercure de France, 2017. Mémoires du prince de Ligne, éditions du Mercure de France, 2017. Journal 1879-1939 de l’abbé Mugnier, éditions du Mercure de France, 2017. Mémoires d’un galérien du Roi-Soleil, éditions du Mercure de France, 2017. La Nuit du revolver de David Carr, éditions Séguier, 2017.

On signalera également, dans la collection « Le Temps retrouvé », les parutions simultanées des Mémoires du Duc de Lauzun, des Actes du Tribunal révolutionnaire, des Mémoires de Madame la duchesse de Tourzel et du Journal de voyage en Égypte de Victor Shoelcher.
(paru dans Causeur magazine de mars)

Un peu tard dans la saison dans Le Monde et L'Huma!

Jeudi, jour faste...




mercredi 29 mars 2017

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 79

"...il appartenait à ce type rare d'écrivain qui sait que rien ne doit demeurer que ce qui est à l'état de parfait achèvement: le livre imprimé, que son existence positive est incompatible avec celle de son fantôme, le grossier manuscrit, faisant étalage de ses imperfections, comme un revenant vindicatif qui porte sa propre tête sous son bras, et que, pour cette raison, on ne doit jamais laisser subsister quelle qu'en soit la valeur sentimentale ou commerciale, les déchets de l'atelier."
Vladimir Nabokov, La vraie vie de Sebastian Knight

Petites causes, grands effets.

La première guerre mondiale avait commencé à cause d'un coup de feu d'un nationaliste serbe sur un archiduc autrichien. 
La troisième commença avec un coup de feu de la BAC sur un ressortissant chinois, ce qui fait toujours beaucoup plus d'histoires qu'avec un nègre ou un bougnoule car ces gens-là sont honnêtes et travailleurs, eux, même s'ils mangent leurs morts et leurs chiens. 
La dernière pensée de Sarkozy, avant qu'un missile chinois ne vitrifie Neuilly comme était déjà vitrifié l'ensemble de l'Europe et des USA fut: "Je crois que j'ai quand même fait une connerie en supprimant la police de proximité."

lundi 20 mars 2017

Swann, communiste fatigué

Une page retrouvée de Proust


Swann, communiste fatigué

   Et tout d'un coup, en 2017, lui qui avait aimé la politique, et même son jeu, ses intrigues, ses machiavélismes, à la façon dilettante dont on peut aimer les échecs ; lui qui l'avait aimée, aussi, parce qu'elle était en quelque sorte l'incarnation fraîche et parfois menteuse comme une jeune fille, de son engagement communiste ; il se sentit pris d'une immense lassitude, d'un  immense désintérêt qu'il attribuait tantôt à l'âge qui rendait moins vif le feu des passions amoureuses comme celui des idées politiques, feux parfois similaires à l’extrême, -et il s'aperçut d'ailleurs à cette occasion qu'il avait moins souffert de ne plus aimer Odette que s'il avait eu dix ans de moins- ;  moitié au spectacle effectivement dégoûtant de la stupidité  propre à l’Ordre Moral mêlé au libéralisme déjà vainqueur puisque accepté de fait par tous ces jeunes gens ubérisés, semblables à ces oiseaux pris dans la glu, grives macronisées sans le savoir, jouissant de leur servitude à condition qu'on leur laissât et même qu'on les encourageât à l'appeler liberté, nomadisme, ouverture à l'autre, agentivité.
Swann comprenait, de même qu’Odette n’était plus désormais qu’un pincement de loin en loin, n’était que l’image passagère d’un visage enfoui dans un oreiller qui lui souriait le matin ou, nue, mettant sa chemise à lui jetée sur le parquet la veille au soir  et allant préparer le thé, ou encore une certaine manière de s’encadrer en lunettes noires dans une fenêtre transformée en tableau comme lors de l’un de leurs derniers voyages à Balbec,  Swann comprenait, donc, que son goût pour la politique allait disparaître en s’estompant, ne revenant que de loin en loin, comme Odette revenait dans quelques situations emblématiques, mais de plus en plus nimbées de l’irréalité des souvenirs, irréalité qui grandissait avec leur éloignement dans le Temps, comme à l’époque où Swann avait cru tout à nouveau possible avec le Front de Gauche, vers 2009.
Et, comme les  hommes désabusés mais autrefois enthousiastes, qui ne veulent plus être embarrassés quand on parle devant eux de leur passé, il affectait de plus en plus une forme d’ironie détachée en espérant qu’elle passât pour une forme supérieure d’esprit ou de lucidité alors qu’en son for intérieur, le communisme, qui restait la grande affaire de sa vie mais dont plus personne ne voulait parler ou ne pouvait penser dans ses implications réelles, aussi réelles qu’un bain de mer au printemps dans la Manche encore glacée mais qui fait naître une jeunesse nouvelle, le communisme donc qu’il aimait d’un amour désespéré, presque poétique, allait faire de lui, avait fait déjà de lui, un de ces personnages de Balzac, comme dans le Cabinet des Antiques ou de Barbey d’Aurevilly dans le Chevalier des Touches, qui vieillissent avec leurs rêves épiques et impossibles de sociétés disparues, de sociétés qui n’ont peut-être même jamais existé que dans leur imagination,  et se retrouvent dans les salons de sous-préfectures endormies où l’on parle tard à voix basse, dans une atmosphère à la fois douillette, confortable comme un fauteuil Voltaire, et discrètement désespérée alors qu’on ressert un dernier cognac car il est déjà minuit.
pccJL

dimanche 19 mars 2017

Lucien Suel, total.

La soirée avec le dernier recueil de Lucien Suel, Ni Bruit, ni Fureur (La Table Ronde, 2017)
L'enfance, les paysages, le Nord, la mer, Bob Dylan, Bernanos, Wilhelm Reich, Roubaix et l'Artois, encore Bernanos, encore l'enfance, encore les paysages. Au commencement du recueil étaient Bernanos et l'esprit d'enfance, donc.  Et à la fin aussi.
Et puis le temps,  et puis les morts. 
Lucien Suel, paysagiste, coloriste, avec ses guirlandes de plages  belges et ses tombeaux, ses collines et ses jardins, ses tranches de lard qui grésillent et ses ossuaires, ses obituaires, ses litanies. Benoit Joseph Labre, son saint vagabond pour servir d'intercesseur à Kerouac ou à Nabokov, à Artaud ou à Rosa Luxemburg. 
Des filles blondes qui boivent des bières blanches à la brune.
Et l'on s'aperçoit tout d'un coup, l'air de rien, avec cette poésie pleine des mots de tous les jours,  cette poésie empreinte d'évidente humanité et d'une manière de courtoisie dans l'invitation à la lecture, qu'on est en présence d'un recueil circulaire, un recueil total auquel on peut revenir sans cesse, auquel on reviendra sans cesse.


vendredi 17 mars 2017

Un portrait de mézigue dans la revue Sang Froid.


Un très grand merci, oui, vraiment!

Kostro



"Je ne chante pas ce monde ni les autres astres
Je chante toutes les possibilités de moi-même hors de ce monde et des astres
Je chante la joie d’errer et le plaisir d’en mourir."
 

Kostro, 17 mars 1916, Chemin des Dames

mercredi 15 mars 2017

encore le matin


Combien de femmes chantonnent
encore le matin dans ce pays
qui n’en est plus vraiment un
Tu n'es pas obligé de répondre
à la question c'est une question
très politique en fait de trouver
encore une femme qui chantonne
par la fenêtre d'une rue excentrée
dans un glacis pavillonnaire ou
les rayons d'un hypermarché
Tu sais qui chantonne sans raison
juste comme ça pour la douceur
d'être au monde Essaie quand même
de trouver de belles matineuses
dans des villes qui ne sont plus
des villes au temps du chômage
de masse et des pics de pollution
J'en ai entendu une tout à l'heure
et cela faisait tellement longtemps
que j'ai vraiment failli en pleurer
Tu n'es pas obligé de répondre
C'est une question très politique
les femmes qui chantonnent
qui chantonnent encore le matin.


©jérôme leroy 3/17

mardi 14 mars 2017

Pour un moratoire républicain

Le débat démocratique serait quand même plus sain et apaisé, on pourrait vraiment discuter du fond,  si on pouvait  au moins suspendre la liberté de la presse de ces enc...de journalistes ainsi que l'action de la justice (tenue par ces salopards rouges du syndicat de la magistrature) pendant une période de cinq ans, disons, entre deux élections présidentielles. 
Un genre de moratoire pour sauver la république, quoi. 
(Ci-dessus, François Fillon dans un costume offert par un ami devant son château de la Sarthe lors de son sixième quinquennat de victime des médias.)

lundi 13 mars 2017

Le travail des snipers


-Et alors, j’aime les pantalons rouges, dit Mareuil. Et les gilets tartan jaunes. Ce n’est pas pour qu’on me voie, enfin pas seulement, c’est surtout pour faciliter le travail des snipers !
Mareuil, de fait, était habillé ce jour-là d’une manière qui hésitait imperceptiblement entre le clownesque assumé et le dandysme d’un ivrogne solitaire, exilé dans des irlandes de fatigue où il lui aurait importé d’abord de se plaire à lui-même et, à l'occasion, de porter beau pour la dame du téléphone, à la poste, en sortant à droite du pub.
Il nous a paru évident que « faciliter le travail des snipers » était une métaphore jusqu'au moment où de petits cercles parfaits ont troué la baie vitrée du salon, où l’un de nous a tâté avec une surprise indignée sa pommette explosée avant de se rassoir sur le divan, mort, et que Mareuil a hurlé :
-Tous à terre, nom de Dieu !

C'était à PolarLens, et c'était bien

samedi 11 mars 2017

Nous y voilà

Ah, nous y voilà...
Juste une précaution d'usage. Je n'ai aucune intention de voter pour Macron à aucun des (éventuels) deux tours. Mais il m'amuse de voir LR pris à son propre piège avec ce touite qui fait un peu scandale tant il emprunte à l'icono antisème oldschool. Depuis des années, LR et son avant-garde néo-réac qui prend parfois le faux nez de la gauche vallso-républicaniste fait peser le soupçon d'antisémitisme sur toute pensée radicale qui n'est pas convaincue du bien fondé de l'économie de marché et de la démocratie pourrie qui va avec.
Ils ont inventé pour ça un concept à la con, le pendant de l'islamophobie, qui serait l'islamogauchisme. 
Suivez le raisonnement assez simple, voire primaire, pour disqualifier ceux qui veulent expliquer que la misère sociale est peut-être encore un peu la cause de la violence dans les banlieues et de la radicalisation islamiste de certains: vous voulez , sales gauchistes, "excuser" la caillera (ah "la culture de l'excuse", lexie typique du Dico du parfait petit droitard);  or la caillera s'islamise à mort et devient antisémite:  donc défendre la caillera fait de vous un islamogauchiste, donc vous êtes antisémite. 
Bon, à ceux-là, je leur dis merde et ça m'en touche une sans bouger l'autre.
Mais ce qui m'amuse, c'est de voir LR, sous l'influence subliminale du néo-salazarisme de Fillon, renouer pour le coup avec un bon vieil inconscient bourgeois catholique: le Juif est un corps étranger, sa seule patrie c'est la finance cosmopolite (alors que ce qu'il nous faut, c'est une bonne vieille finance nationâââle phrançaise)
Bref, malgré des contorsions idéologiques droitardes pour excuser un racisme antiarabe, on en revient aux fondamentaux: l'antisémitisme français, depuis l'affaire Dreyfus, est d'abord et avant tout une spécialité de la droite française. Comme les jupes plissées bleu marine.

Le testament de Jessie Lamb

Finir à l'aube d'une heureuse insomnie, Le testament de Jessie Lamb, ce magnifique portrait de jeune fille dans un monde pré-apocalyptique où toute femme qui tombe enceinte meurt avec le bébé qu'elle porte à cause d'un virus, ce qui condamne l'humanité à moyen terme.
Rêver avec mélancolie et horreur (oui, on peut éprouver cet étrange mélange) aux "Sleeping beauties", le nom donné aux femmes que l'on plonge dans un coma artificiel définitif pour se donner la possibilité de mener à terme un foetus qui naîtra, de fait, d'une morte. 
Voir s'affronter les groupes écologistes ultra, les féministes, les scientifiques avec des alliances objectives et contradictoires sur fond d'émeutes dans un Royaume-Uni placé dans un futur très très proche.
Jessie Lamb est au coeur de ces affrontements. Elle a seize ans, son père est chercheur, elle est écolo, elle voit une tante célibataire et adorée souffrir du mal d'enfant et, littéralement, se suicider pour tenter de donner la vie. Elle-même, ayant bénéficié d'un implant contraceptif comme toute les filles de son âge, est partagée comme on l'est à seize ans entre le désir d'aimer et celui de mourir, entre l'histrionisme juvénile du martyre et le bonheur d'être au monde, de découvrir les plaisirs du sexe et de l'engagement (c'est la même chose) comme la volupté du sacrifice. On ne vous dit rien de plus de l'intrigue qui ménage un suspense psychologique tout en nuances raconté dans le journal de Jessie.
Ce roman de Jane Rogers soulève bien entendu ce qu'il est convenu aujourd'hui d'appeler les questions bioéthiques mais c'est somme toute secondaire. L'auteur s'inscrit ici dans la longue tradition de cette école anglaise de la SF "catastrophe" (Ballard, Priest, Brunner, etc..), un genre littéraire en soi, assez masculin au demeurant. Et même si l'on ne croit pas que les écrivains, au moment où ils écrivent, aient un sexe, le regard de Jane Rogers sur les enjeux contradictoires du désir, du plaisir, de la maternité, de la vie et de la mort, de l'une pouvant donner l'autre et de l'autre pouvant donner l'une, a quelque chose d'unique.
Ce qui est intéressant, poignant dans ce livre, outre le vieil affrontement en Eros et Thanatos dans la psyché d'une jeune fille qui veut changer le monde, c'est un regard sur les métamorphoses de l'amour au temps des catastrophes, toutes les formes d'amour. Il y a beaucoup de roman sur les catastrophes, ces temps-ci. Il y en a assez peu sur l'amour, le véritable, qui a toujours quelque chose de divin, ou, ne vexons personne, de transcendant. 
Je ne connaissais pas Jane Rogers,  je ne suis pas certain qu'elle soit mystique. Il n'empêche que comme tout véritable écrivain d'anticipation apocalyptique, elle donne, consciemment ou non, à son roman, l'allure d'un livre que l'on pourrait rajouter à la Bible. L'évangile selon Jessie, par exemple, dans lequel il serait question d'Annonciation, de peur, de sacrifice et de l'immense force de l'amour quand menacent les Ténèbres.
Le testament de Jessie Lamb de Jane Rogers ( traduction de Marion Roman, Folio, 2015)

vendredi 10 mars 2017

Rendez-vous à Lens ce week-end.

Pour la 21 ème édition de Polar Lens. Viendèze. Programme ici

Bonne chance à tous!

Il est de plus en plus évident que Fillon, c'est objectivement plus dangereux que Le Pen.
Parce que lui peut être élu avec un programme authentiquement national-conservateur, ethnique, et religieux sur le plan social (un projet disons de type salazariste) et ultraliberal sur le plan économique (thatchérien, comme on dit)
En plus, médiatiquement et historiquement (c'est devenu la même chose à l'époque du présent perpétuel debordien),  il ne sent pas le soufre lepéniste, il est présentable pour la bourgeoisie qui peut voter fasciste en se disant que non, il n'est pas aussi vulgaire et brutal que MLP et se donner la bonne conscience qui va avec. C'est le racisme poli, Fillon et c'est l'exploitation la plus éhontée qui sera vaguement tempérée par le bon vouloir de la charité des dames chaisières qui aura remplacé les aides sociales. 
Face à MLP, finalement, on comprend assez vite à qui on a à faire et son éventuelle élection plongerait le pays dans le désordre. Opposition dans la rue, chambre introuvable aux législatives. Avec Fillon,  ce sera l'étranglement ottoman: on aura l'impression que l'alternance gauche/droite habituelle aura été respectée, certes avec une droite un peu dure, mais bon. 
Alors que non, ce qui ce sera produit, ce sera une rupture historique entre la France issue du CNR et un néopétainisme assisté par ordinateur. 
Et tandis que se dressera de manière mécanique une partie "antifasciste" de la population encore un peu vivante en cas d'élection de MLP, cette même population, ne parvenant pas à qualifier Fillon pour ce qu'il est, pour son idéologie réelle, aura l'impression que ce sera un banal retour de la droite classique et se contentera, logiquement, d'une opposition classique elle aussi. 
Alors que nous serons en présence d'une figure à la fois très ancienne et complètement mutante: celle de l'Ordre Moral comme paravent terroriste du capitalisme. Bonne chance à tous, bonne chance aux pauvres, aux Arabes, aux femmes, aux gays mariés ou pas, aux poètes, aux zadistes, aux communistes, aux syndicalistes, aux malades, aux animaux, aux taulards, aux ouvriers, aux cancéreux économiquement faibles, aux filles enceintes sans trop l'avoir voulu, aux délocalisés, aux lycéens politisés, aux fumeurs d'herbe, aux glandeurs, bref, au sel de la terre.

jeudi 9 mars 2017

Une simple question d'honneur

Au moins, les Grecs, avec Syriza, ils auront essayé. Leur échec est digne, et même héroïque. Nous, on est assez cons pour se programmer un deuxième tour entre Aube dorée et la BCE.

mardi 7 mars 2017

En voyage

L’image contient peut-être : une personne ou plus
Dans la voiture 17 du Caen-Paris, sans doute à hauteur de Bernay, il s'aperçut que régnait un silence très particulier. Certes, il n'y avait pas grand monde, un couple âgé, trois lycéennes, un garçon assez jeune avec une casquette, une mère avec sa fillette de sept ou huit ans. Mais cela ne suffisait pas à expliquer l'atmosphère presque pesante. 
Et soudain, avec horreur, il comprit. Tout le monde...lisait. Et des livres en plus. Aucune consultation de smartphone, aucun casque qui envoyait de la musique directement dans le cortex, aucun écran d'ordinateur passant un film.
Il n'y avait donc que deux hypothèses possibles:
a) soit il était mort
b) soit il fallait appeler un exorciste, plusieurs même, pour accueillir tout ce petit monde à la Gare Saint-Lazare et empêcher que le virus ne se répande.
Il alla se réfugier dans les toilettes et, en tremblant, il sortit son portable.

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 78

(Et puis ça pourrait finir comme ça, et ce ne serait pas plus mal.)


"...mais j'ai eu l'imprudence de lire ce matin quelques feuilles publiques; soudain, une indolence, du poids de vingt atmosphères, s'est abattue sur moi, et je me suis arrêté devant l'épouvantable inutilité d'expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit."

Charles Baudelaire, projet de préface aux Fleurs du Mal

Le bruit que le monde fera sans toi


Menteur de Rob Roberge, une autobiographie pour ne pas crever.


Qu’est-ce qu’un écrivain, au bout du compte, sinon un masochiste ? C’est-à-dire quelqu’un qui rêve de s’écorcher vif sous les yeux de lecteurs qui se moqueront de lui ou regarderont ses pirouettes douloureuses avec un mépris teinté de condescendance, cet autre nom du goût petit-bourgeois et sa haine de la littérature à cause de la charge subversive, déstabilisante qu’elle porte en elle quand elle remplit son cahier des charges, qui n’est pas de distraire madame Bovary et monsieur Prud’homme mais de provoquer en eux le dégoût car celui qui dégoûte le bourgeois aura gagné son paradis, comme le remarque quelque part dans son Journal,  le grand Léon Bloy, catholique furieux devant l’Eternel.
A ce titre, le livre de Rob Roberge, Menteur, sous-titré Un mémoire fait de son auteur un écrivain puisque son masochisme très concret le poussait, entre autre, à se masturber adolescent en suspendant des poids à ses testicules ou à se faire fouetter par sa femme légitime avec qui il forme un couple parfait, ce qui est on en conviendra, infiniment plus scandaleux que d’avoir recours à des professionnelles du gode-ceinture comme n’importe quel notaire de Montargis en goguette honteuse dans la capitale.
Rob Roberge était connu jusque là simplement des amateurs de romans noirs – on se souviendra de son Panne Sèche qui était aussi drôle que Menteur est livre poignant, une autobiographie à l’os, écrite par fragments comme on parle des fragments d’une grenade à fragmentation dont le but est de vous blesser sans vous tuer car il y a des blessures plus difficiles à supporter que la mort. C’est sans doute pour cela que l’idée du suicide rôde dans Menteur de Roberge comme une tentation qui permettrait enfin de se libérer d’une souffrance qui semble être là depuis la naissance.
On a parlé d’autobiographie avec Menteur, pas d’autofiction. L’autofiction est ce genre bâtard qui plait beaucoup parce qu’il ménage, derrière son apparente sincérité, la chèvre de l’aveu et le chou de la dissimulation. L’autobiographe ne triche pas. Il ne se met pas en scène. Il fait comme il peut avec les souvenirs qui veulent bien se laisser attraper. C’est la différence en Christine Angot et Louis Calaferte et que Calaferte soit infiniment moins lu que Christine Angot suffit à rendre l’époque haïssable.
Rob Roberge est né en 1966. Il vit toujours, aux dernières nouvelles. C’est assez miraculeux. Ce petit môme du Connecticut issu d’un couple de la middle-class américaine lui-même issu de grands-parents névrosés qui se tirent dessus et gardent un demi-siècle d’ordures dans leur maisons On pourra toujours après coup trouver toutes les métaphores possibles sur cette manie: inconscient refoulé, angoisse de la perte, culpabilité méphitique. Roberge, dans son livre, se garde bien de ce genre d’interprétations. Il est dans le fait brut, le rapport, le compte-rendu, le mémoire. Une maison pleine d’ordures, c’est juste une maison pleine d’ordures.
Très vite, Roberge se drogue bien qu’il soit assez vite diagnostiqué bipolaire. Il multiplie les commotions cérébrales et on lui explique vers les années 2000 que s’il continue, il va finir amnésique ou atteint de cette encéphalite chronique qui frappe les boxeurs ou les footballeurs américains. Alors, il se met à écrire Menteur qui nous fera naviguer de dates en dates sans ordre chronologique, par paragraphes qui vont de quelques lignes à quelques pages.
Parfois, ils se font échos et on espère une cohérence. Roberge, non, il espère juste ne pas perdre la boule avant d’avoir terminé. Alors il passe des années 70 aux année 2010 dans un va et vient constant. L’âge d’homme, aurait dit Leiris, autre autobiographe qui ne trichait pas, voisine avec le  sordide paradis des amours enfantines. Il a sept ans quand sa meilleure copine d’école est assassinée. Il en a quarante quand il essaie de rouvrir l’enquête sans que la police ait trop envie de se bouger pour ce type dont on ne sait pas si c’est un dingue, un junkie ou un écrivain qui joue à l’occasion dans des groupes de rocks ou cachetonne dans des universités paumées à donner des cours d’écriture créative.
Et, toujours, beaucoup de défonce, de médocs, de sexe, d’errance, de poésie, de sordide, d’émerveillements brefs et cruels puisqu’ils laissent entrevoir que la vie aurait pu être meilleure. Seuls les idiots sont équipés pour respirer, disait Cioran. Il faut croire que Roberge n’est pas un idiot, quand on suit le rythme de sa narration sibilant comme la respiration d’un mourant. Et qu’il est en plus un écrivain hors pair, c’est-à-dire dont la sincérité n’est pas une excuse pour ne pas transcender un témoignage par le style.
Il suffit de le voir parler de son passage dans une cellule de dégrisement à Sarasota(Juillet 91),  de son premier chagrin d’amour (Octobre 85), d’une cabane dans le désert (2009) où sur le point de se suicider, Roberge se contente d’écouter : « Le bruit que le monde fera sans toi. »
Il y a quelque chose d’un chemin de croix dans la vie de Roberge qui est né avec un défaut de fabrication qu’il n’a pas vraiment essayé de réparer, ou alors par l’écriture, mais un chemin de croix sans réelle rédemption, ce qui est assez rare dans la littérature américaine pour être signalé. Pourquoi plaindre alors cet alcoolique suicidaire,  ce psychotique, cet homme perdu ? Mais qui vous dit qu’il cherche à être plaint ? Ou racheté ?
Ce que veut Roberge, c’est juste vous dire qu’il appartient à la même espèce que vous, et qu’il faudra bien, hypocrite lecteur, mon frère, l’admettre, que ça te plaise ou non, et lui tendre la main.

Jérôme Leroy

Menteur de Rob Roberge (traduction de Nicolas Richard),  Gallimard.

lundi 6 mars 2017

Les cinq ans qui viennent

Allez-vous faire foutre, vous êtes vraiment trop cons. Je vous laisse avec Valérie Boyer et Eric Ciotti. Sans compter le solipsiste sarthois malhonnête et sa tea-party pétainiste. Moi, j'ai une bonne bibliothèque. Avec vue sur mer. Je vais passer les cinq ans qui viennent à faire une anthologie de la poésie française. 
Alors, vous ne m'en voudrez pas, mais bon, la vraie vie est ailleurs.


samedi 4 mars 2017

Quand faut y aller, faut y aller (2)

Entrer en communication avec le fantôme de Wilhelm Reich, lui demander les plans de la machine à orgone, en fabriquer une dizaine de bonbonnes. 
En pulvériser sur le Trocadéro et transformer le rassemblement en une gigantesque partouze où toutes les inhibitions sauteront, offrant le spectacle effroyable de jeunes femmes en Cyrillus se soumettant à des gang-bangs de notaires angevins, ou d'enfants versaillais en pull bleu marine se manustuprant devant leurs aïeules déjà dépoitraillées. 
Pour la documentation et les détails on pourra se reporter à ce bijou impubliable aujourd'hui (et de fait introuvable), Plein Gaz, de Charles Platt.

Quand faut y aller, faut y aller...



Le Trocadéro, quand faut y aller, faut y aller! Même pas le temps de finir le Saint-Honoré. 
C'est dur, un 6 février 34 le dimanche.