jeudi 31 décembre 2015

Une résolution 2016

Ma résolution 2016: finir par le croiser dans une ville d'importance secondaire, un soir, dans le dernier bar ouvert. On pourrait imaginer Vierzon, Argenton-sur-Creuse, Saint-Amand-Montrond ou Ussel, vers neuf heures du soir, au printemps. Parce que la dernière fois, il faut dire qu'on avait à peine eu le temps de parler. On ne paierait pas les consommations puisque l'argent ne servirait plus à rien comme nous l'indiquerait obligeamment la patron en rhabillant les orphelins, avant la fermeture.

Paesaggio

En fait, c'était assez simple: un tableau réussi pour lui, c'était un tableau qui lui donnait envie d'entrer dans l'image et d'y rester une fois pour toutes. Et cet après-midi là, à Lucques, alors qu'il visitait une exposition sur Chirico et les Italiens de Paris, il faillit réussir son coup avec une toile de Renato Paresce. Un paysage de 1929.
Bon, ce serait pour la prochaine fois.

mercredi 30 décembre 2015

Pic de pollution à Rome.

-C'est toujours étrange de s'apercevoir que le bonheur a existé, ou à défaut, un certain bonheur d'être au monde.
-Tu trouves que c'était mieux avant, vieux réac?
-Non, je dis juste que c'est pire maintenant.

mardi 29 décembre 2015

Villa Torrigiani

Villa Torrigiani: et on t'a refait le coup de la petite fille dans le parc qui te regarde comme si elle te connaissait, comme si elle connaissait ton passé, ton présent et surtout ton avenir. Elle s'apprête à te dire quelque chose et puis on l'appelle. Elle rentre dans la maison en courant et tu restes à la grille, légèrement désespéré dans l'hiver toscan.

lundi 28 décembre 2015

Fantasma d'amore






Le brouillard, hier soir sur Lucques. Atmosphère presque fantastique. Eu envie de revoir ce Risi méconnu et bouleversant, Fantôme d'amour. Finalement ai relu, sous le plafond peint, Histoires à mourir de vous de Sternberg:
"Elle lui donne même la sensation d'être une soeur de l'ombre, une soeur aux traits plus accusés que les siens, plus adultes, plus corrosifs et plus véridiques. Ils se revoient. Un soir, transi à l'idée de la quitter, il la prie de rester avec lui cette nuit-là. Sans rouerie ni méfiance, elle accepte tout naturellement. "Vous comprenez que l'on puisse se sentir terrorisé certains soirs?" lui demande-t-il. Francine répond: "Je ne comprends sans doute que cela."
Jacques Sternberg, "La perturbation" in Histoires à mourir de vous.

Viareggio, un hiver 2015







Viareggio, un hiver 2015 sur les traces des étés de la Dolce vita, de Catherine Spaak et des twist de Mina. 




dimanche 27 décembre 2015

"Si tu es toscan, tu sais qui c'était..."





"Si tu es toscan, tu sais qui c'était"
Dante, L'Enfer

samedi 26 décembre 2015

Propos comme ça, 32


« Ce soir, je serai l'aube. »
Alain Jouffroy, (11/9/1928-20/12/2015), Le temps d’un livre

La déchéance de la nationalité. Le marqueur absolu. Ou ça provoque une espèce de nausée immédiate ou on commence à vouloir discuter sur l'indiscutable. Ce n'est même plus un fossé entre droite et gauche, voire entre républicains, c'est le fossé qui séparera ceux qui trouveront à la prochaine étape que le couvre-feu pour les bougnoules, tout de même, faut voir et ceux qui les cacheront.

Longtemps, il avait cru qu'un binational, c'était un bisexuel patriote.

22 décembre : la journée mondiale de l'orgasme, c'est vraiment de la branlette.

Paul-Jean Toulet a tort. Au bout du compte, ne prends pas garde à la douceur des choses. Surtout pas.

Il y a plus de différences et de débats entre les participants d'une AG de section du PCF que dans L'esprit public de Philippe Meyer sur France Culture. Et je sais que quoi je parle. Aujourd'hui, le vrai stalinisme est ce centrisme libéral, européiste et très très très vaguement social, un centrisme qui représente évidemment la seule politique possible si on fait partie des "gens sérieux".

Penser, malgré ma répugnance aux besognes administratives, à remplir ce dossier pour devenir personnage secondaire dans Ada ou l'Ardeur de Nabokov. Ce serait ballot de rater l'occasion.


Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 49

"C'est alors l'époque charmante des amitiés littéraires et des brèves amours. On fonde de petits cénacles voués aux arts et à la poésie. On est un peu étudiant, un peu journaliste, un peu poète, un peu révolutionnaire, un peu farceur, un peu amoureux."
Kléber Haedens in Préface des Filles du Feu de Gérard de Nerval (édition du Livre de Poche)

jeudi 24 décembre 2015

L'évangile selon Darlene.


Chaque année, la grande Darlene Love passe chez David Letterman pour chanter la chanson qu'elle avait créée avec Phil Spector, spécialement pour Noël 1963. 
Ca fait cinquante piges et mèche. 
Alors ce soir, pour nos chers abonnés, la dernière édition en date, 2014.
Parce que le doo wop et Darlene Love sont immortels et qu'on revient toujours à la maison, au bout du compte. 
Joyeux Noël à tous et que la Grâce du doo wop infuse et descende sur vous.

mercredi 23 décembre 2015

Avec quelques nuances


Durant la fin du monde
le seul rôle
qui me plairait
ce serait
d’animer
la dernière radio
à émettre
depuis un studio
déjà cerné
par la montée
des eaux
de passer
jusqu’au bout
des disques
pour dire
à mes amours
perdues
et à tous ceux
qui reverront
à ce moment-là
comme moi
cette fille nue
qui sortait de l’eau
ou du lit
quand on avait
vingt ans
que maintenant
c’est bon
ça ne va plus tarder
on va se retrouver
à la fin du monde
à la fin de
la prochaine chanson
la dernière chanson
même si c’était bien
la Terre
même si c’était bien
avec quelques nuances
tout de même
mon amour.


©jeromeleroy12/2015

Que la terre te soit légère, camarade!

Hollande et Valls qui auront donc les voix des députés FN pour leur saloperie sur la déchéance de la nationalité ont eu au moins la décence (ou la prudence) d'attendre la mort de ceux qui leur auraient craché à la gueule comme le camarade FTP Gaston Viens, déporté à Buchenwald, ancien maire d'Orly, mort à 92 ans hier.

Christiane, c'est quand tu veux.

Taubira sauve l'honneur, sur une radio algérienne, ce qui ne me défrise pas plus que ça, à vrai dire, contrairement à certains qui pourtant regrettent l'Algérie française (incohérence habituelle chez le larbin raciste et bougnoulophobe). Elle s'oppose en effet à la déchéance de la nationalité pour les binationaux accusé de djihadisme ou pourquoi pas de syndicalisme (c'est la même chose aux yeux de l'état d'urgence). C'est une mesure abjecte moralement et symbolique sur le plan de l'efficacité et, de fait,  d'autant plus abjecte qu'elle est symbolique. Toute l'eau de la mer ne saurait effacer une tache de sang intellectuelle dit à peu près Lautréamont dans ses Poésies.
Le calice de la dérive droitière des socialistes aura donc été bu jusqu'à la lie en cette extrême fin 2015: la voilà, notre Christiane, aussitôt démentie par Hollande qui, aussi bête que fumier, prépare une Constitution autoritaire sur mesure pour son successeur qui sera probablement une ordure sarkolepéniste quelconque, que ce soit le VRP à gourmette ou l'Alessandra Mussolini version Montretout et fricadelle.
Oui, l'année finit en beauté, c'est un vrai carnaval des fumiers.
Christiane Taubira, je l'espère, va démissionner. Le fait qu'elle se soit tue sur l'état d'urgence prouve non pas sa complicité mais sa gêne palpable. Qu'on imagine un autre à sa place: il en aurait fait des tonnes pour aller dans le sens de l'opinion et jouer de sa popularité auprès d'une France droitardisée jusqu'à l'os après deux décennies de discours identitaire se substituant à la lutte des classes, pour le plus grand bonheur du capitalisme en crise systémique.
Moi, si cette grande républicaine, sociale et lyrique, avec une certaine idée de la France veut prendre la tête en 2017 d'un grand rassemblement de la gauche de la gauche, des frondeurs au NPA en passant par les écolos et mon cher et vieux Parti, je lui dis c'est quand tu veux, camarade ministre.  Ne serait-ce que parce ce que je te suis reconnaissant des quelques bouffées d'air que tu as données dans le cauchemar mal climatisé de ce Disneyland préfasciste qu'est devenu la France des années 10.
A demain, Christiane.

Noël: naître en cavale.

Partir, revenir: le petit migrant dans le ventre de sa mère, poursuivi par l'état d'urgence et les flics d'Hérode, qui va naître bientôt dans la Jungle de Bethléem, entouré de pouilleux, de Nègres et d'animaux, Il va tous nous sauver...
Alors comme dirait Darlene Love, qu'Il rentre vite à la maison, le baby,  ça va pas être du luxe.


Même chanson, interprétée par Dion en 1993, oui, oui, le Dion de Dion and the Belmonts (The wanderer, vous vous souvenez?). Il joue les prolongations et ajoute la nostalgie à la nostalgie ou si vous préférez la nostalgie de la nostalgie qui est aussi une manière de comprendre Noël.



samedi 19 décembre 2015

Les premières phrases


J'achète Fermina Marquez chez les bouquinistes dès que je le vois. C'est un fétichisme particulier mais inoffensif, je crois. C'est que je veux lire, sur l'instant, et emporter avec moi les plus belles premières phrases de la littérature française. En tout cas, celles qui m'inclinent le plus à une rêverie qui me serre le coeur et me rend souverainement heureux à la fois.

"Le reflet de la porte vitrée du parloir passa brusquement sur le sable de la cour, à nos pieds. Santos leva la tête et dit:
-Des jeunes filles."

vendredi 18 décembre 2015

Le charme discret des romans d'importance secondaire.


J'imagine assez mal un monde qui n'aurait pas inventé le roman. Il n'y a que là qu'on se console. Même dans des romans tranquillement démodés, d'importance secondaire, comme les petites villes serrées autour de leur sous-préfecture. Surtout peut-être dans ces romans-là, d'ailleurs. On y est bien comme chez soi. On a le temps de regarder par la fenêtre et de tomber amoureux de la pharmacienne ou de l'institutrice qui traversent le mail, leur joli nez rougi par dessus une écharpe que l'on devine aimablement tiédie par leur peau.

Marion Brunet en l'an 01


Marion Brunet n'a pas encore, à notre connaissance, de fiche S. On se demande pourquoi. Elle est une vivante et joyeuse atteinte à la sûreté de l'Etat. Elle écrit pour la jeunesse mais on peut la lire jusqu'à pas d'âge parce que l'élégance, précisément, ça n'a pas d'âge non plus.
Elle est aussi une belle personne, comme on disait chez Madame de La Fayette, et qui sait raconter des histoires. Il vous faudra attendre janvier, les aminches, pour lire Dans le désordre (Editions Sarbacane). Je ne vous cacherai pas qu'on est plus proche de l'An 01 que de la Manif pour tous. Inutile de vous dire que ça fait du bien par les temps qui courent.
On en reparlera.

lundi 14 décembre 2015

Donnie and the Del Chords




Nous aussi, on les trouvera un de ces jours, Donnie. En attendant, on t'écoute. C'est l'heure du doo wop, c'est l'heure des amants. Seul le sapin clignote dans la salle. Le chat miaule. Dehors, c'est l'état d'urgence.
Que la nuit les protège comme le temps a protégé Donnie and The Del Chords. Enjoy.

dimanche 13 décembre 2015

Le sursis

"L'avion s'était posé. Daladier sortit péniblement de la carlingue et mit le pied sur l'échelle ; il était blême. Il y eut une clameur énorme et les gens se mirent à courir, crevant le cordon de police, emportant les barrières.... Ils criaient " Vive la France ! Vive l'Angleterre ! Vive la Paix ! ", ils portaient des drapeaux et des bouquets. Daladier s'était arrêté sur le premier échelon : il les regardait avec stupeur. Il se tourna vers Léger et dit entre ses dents :
- Les cons ! "
Jean-Paul Sartre, Le Sursis.

Accueillir les migrants

-Oh, regardez les filles, un réfugié de l'année 2015!
-Encore! Le pauvre, il a eu du mal à passer, on dirait...
-Il est pas mal, moi, je trouve...

Porto en décembre, 4

Porto, 12 décembre, 7h45
Et dans l'aéroport de Porto, en voyant que son vol pour Roissy n'avait même pas la politesse d'être en retard, il lui apparut très clairement qu'il y avait quelque chose de profondément absurde à rentrer dans un pays en état d'urgence, qui bombardait loin de ses frontières et où l'extrême droite était le premier parti. Il repensa au regard de Marianna Andreu, 1ère L, après avoir lu son poème sur la ville alors que le ciel bleu embrassait la pinède du Lycée Français. 
"Oui, se dit-il, non seulement c'est absurde mais c'est même complètement contraire à l'instinct de conservation."


Porto en décembre, 3


Porto, 11 décembre, 18 heures.
Il n'y aurait pas de raison de rentrer dans l'immédiat, finalement. On resterait là, avec les filles qui parlent une langue d'oiseaux. 
Tu me rejoindrais?

Porto en décembre, 2

Porto, 10 décembre, 17h50
"Je n'ai pas senti que moi-même, dès ce moment, je m'étais mis à disparaître."
Jean-Claude Pirotte, La légende des petits matins.

Porto en décembre, 1

9 décembre, 

Soixante-douze heures à Porto. Revoir le Douro et l'Atlantique, parler de poésie avec des lycéennes. J'avais failli oublier que la vie était belle, avec tout ça, moi...

Moindre mal

Il n'y a pas de moindre mal. C'est en passant sa vie à choisir le moindre mal que l'on finit par renoncer à l'amour fou, à la révolution, à la poésie, à la vie.
Et à la fin, on est bien mal récompensé puisque de toute manière, tous ces petits accommodements avec le "principe de réalité" n'empêchent même pas la défaite.

mercredi 9 décembre 2015

Elle rentre tard

"Elle rentre tard, elle met des lunettes fumées, elle dit: je vais au cinéma.
Avant de partir pour de bon, elle a préparé à manger au chien et, tout le temps que cuit la soupe, tourné le dos à la cuisine.
Sur la table, le litre de rouge et le verre. Et on regarde entre eux, avec une tristesse si vieille qu'on y est presque bien, dans la petite couronne de gaz que le temps agrandit et violace en château maudit, monter sous la soie mousseuse des bas ces jambes dont un autre vient de se servir."
Guy Chambelland (1927-1996), La mort de la mer (1971)

mardi 8 décembre 2015

Jugan à Mauvais Genres sur France Culture.

Le samedi 14 novembre, au lendemain des massacres de Paris, François Angelier de l'émission Mauvais Genres sur France Culture me téléphonait pour me prévenir que le direct était maintenu mais qu'il ne m'en voudrait pas si je ne venais pas. "Il serait bien tout de même de tenir le poste, à tous les sens du terme" ajouta-t-il. 
J'y suis donc allé, j'aurais eu l'impression de déserter sinon par un TGV désert puis une ligne 4 tout aussi déserte avant de déposer mes bagages à l'Hôtel Louisiane où rôdent le fantôme de Cossery et ceux de la beat generation. L'hôtel aussi était vide ou presque, dans un Saint-Germain des Prés sidéré et je n'ai croisé qu'un Américain qui demandait à la réception comment avancer son retour au pays.
Et puis je suis allé à la maison de la Radio et ça a donné ça, à notre avis l'émission où, grâce à François Angelier, on a pu le mieux parler de Jugan.
Vous nous direz.

lundi 7 décembre 2015

C'est agité près de chez vous

Jean-Baptiste Baronian, Dictionnaire amoureux de la Belgique, Plon, 2015.

Longtemps, pour moi, la Belgique d’abord a été une manière de province mentale, d’état d’esprit qui m’a révélé une certaine aptitude à la rêverie et même à la mélancolie. Cela a sans doute commencé avec les vignettes de certains albums d’Hergé, celles où justement  on reconnaît des rues de villes belges. Elles ressemblent à des rues françaises et pourtant ce ne sont pas tout à fait les mêmes : l’uniforme des policiers, la couleur des boites postales, l’allure des magasins de quartiers. Ce décalage subtil me plongeait dans un ravissement légèrement anxieux. J’étais chez moi et j’étais ailleurs aussi, en même temps. J’étais belge sans le savoir, déjà.
Il y a eu ensuite, je crois, ce goût pour le symbolisme fin de siècle, cette fascination pour les toiles et les dessins de Fernand Khnopff que j’aimais autant, dans son genre, qu’Odilon Redon ou Gustave Moreau et quand j’ai découvert Bruges – faites-le si possible à l’automne, le matin, sans touristes – avec comme guide Bruges-la-morte de Georges Rodenbach, illustré par ce même Khnopff, j’ai compris que j’étais enfin arrivé dans un de ces endroits où, de manière assez nervalienne, le rêve infuse la réalité à moins que ce ne soit le contraire.
Bien des années plus tard, en 1992, je découvrais cette même sensation, mais de façon beaucoup plus brutale, dans une salle du Quartier Latin, avec un film belge appelé à devenir culte, C’est arrivé près de chez vous, réalisé et joué par Benoît Pooelvorde, alors inconnu, Remy Belvaux et  André Bonzel. Ce film, on s’en souviendra peut-être, parodiait avec une férocité rare, où le rire le disputait sans cesse à la nausée, la télé-réalité, alors balbutiante, sur un mode grotesque et horrifique, en imaginant une équipe de tournage qui suivait, caméra à l’épaule, un tueur professionnel qui avait des avis sur tout. Là aussi, comme chez Hergé, émergeait cette impression, bien résumée par le titre, d’un « chez vous » légèrement diffracté où l’on croit faussement pourvoir s’attacher à une réalité qui n’est déjà plus tout à fait la nôtre. Certains belgicismes contribuent à créer ce subtil décalage avec la réalité – c’est bien du Français mais on ne le comprend pas : qui pourrait traduire, par exemple, « Derrière l’aubette partait une drève » ?
On trouvera dans Le dictionnaire amoureux de la Belgique de Jean-Baptiste Baronian des explications de ces belgicismes et des entrées pour Khnopff, Bruges, Rodenbach. On trouvera aussi des entrées pour Hergé et C’est arrivé près de chez vous. C’est que notre académicien de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique n’hésite pas à convoquer les mauvais genres ou ceux jugés mineurs pour tenter d’élucider cet étrange sentiment, contradictoire, de proximité et d’exotisme qui saisit le Français quand on lui parle de la Belgique, ou même le Belge, « en étrange pays dans son pays lui-même ». Baronian est d’ailleurs un spécialiste reconnu de la littérature fantastique qui fait l’objet de plusieurs entrées dans son Dictionnaire. Il fut aussi, dans les années 70, le patron de la Bibliothèque Marabout avec sa collection Fantastique. Celle-ci a fait découvrir à des générations de lecteurs (par exemple, Emmanuel Carrère , que j’ai entendu reconnaître sa dette à l’égard de Baronian au cours d’une conversation à la Foire du livre de Bruxelles) cette fameuse « école belge de l’étrange » qui a inventé entre la fin du XIXe siècle et les années soixante du XXe le réalisme magique d’un Franz Hellens, l’épouvante d’un Jean Ray sans oublier les danses macabres de Michel de Ghelderode, par ailleurs un des seuls grands noms de la scène contemporaine ayant vraiment retenu les leçons d’Artaud sur « le théâtre de la cruauté ».
À propos de Ghelderode et de quelques autres écrivains et artistes comme, en peinture, Ensor, Magritte ou Dotremont, Baronian nous rappelle que la Belgique est la mère de beaucoup d’avant-gardes. Ainsi en va-t-il pour le symbolisme, l’art nouveau, le surréalisme et même le situationnisme à travers le groupe Cobra et la figure de Raoul Vaneigem.
Une hypothèse pour expliquer cette étrange fécondité ? Depuis sa naissance en 1830, la Belgique est un pays au cœur double, qui vit sur une contradiction linguistique fondatrice, et chacun sait que les contradictions, qui sont les moteurs de l’Histoire, sont aussi ceux de l’imaginaire. N’oublions pas ainsi que la Belgique nous a donné deux géants du XXe siècle, devenus des figures universelles : Tintin et Maigret, le reporter et le commissaire. Sans la Belgique, d’ailleurs, la littérature française ne serait pas grand-chose. Le nombre d’écrivains français qui sont belges dépasse l’entendement : de Simenon à Michaux, en passant Verhaeren, Maeterlinck, Norge ou le trop méconnu Scutenaire dont Mes Inscriptions sont un régal d’insolence et d’esprit. Baronian a été son ami, il lui consacre une entrée toute en délicatesse mais cela ne l’empêche pas de citer un aphorisme des plus représentatifs du bonhomme : « Le surdoué, on lui montre un poil, il voit le pubis. »
Le propre d’un Dictionnaire amoureux comme celui de Jean-Baptiste Baronian est la subjectivité, celle de l’auteur comme celle du lecteur qui peut entamer le voyage par la route qui lui plaît. Très complet sur la littérature et la peinture, Baronian ne l’est pas moins sur l’Histoire et il rappelle, par exemple, à l’article « Violence » que l’image du Belge débonnaire et rieur en prend un coup au vu des soixante-dix dernières années. Et d’énumérer la Question royale, quand Léopold III, roi collabo, dut céder la place à son fils Baudouin après des manifestations meurtrières et quasi-insurrectionnelles ; la querelle linguistique et les affrontements violents qui en découlent dans les Fourons ; les « tueurs fous du Brabant », pratiquant des massacres aveugles dans les supermarchés pour provoquer une réaction autoritaire du pouvoir, sur le modèle de la stratégie de la tension en Italie ; l’assassinat de députés socialistes qui en savaient trop dans des affaires de corruption ; sans compter l’affaire Dutroux, moment d’horreur pure, qui révéla de surcroît de graves dysfonctionnements de la gendarmerie et de l’appareil d’état.
Mais, à la lecture de ce Dictionnaire, on se réjouit que la Belgique existe encore. Elle est en effet, plus que tout autre pays européen, soumise à ces forces contradictoires, à la fois centrifuges et centripètes, qui encouragent la division, la sécession et dans le même temps poussent à se fondre toujours un peu plus dans une construction supranationale. On se rappelle alors que si l’on est, comme Baronian, amoureux de la Belgique, c’est parce qu’elle est précisément une petite nation, celles dont André Suarès disait dans ses Vues sur l’Europe : «  Je dirai la grandeur des petites nations. Elles seules sont à l’échelle de l’homme. Les gros empires ne sont qu’à l’échelle de l’espèce. Les petites nations ont créé la cité, la morale et l’individu. Les gros empires n’en ont même pas conçu la loi nécessaire ni la dignité. Aux empires, la quantité ; la qualité aux petites nations. »


Paru dans Causeur Magazine, novembre 2015

Doo Wop, plus que jamais...


L'heure du doo wop. Il est temps de laisser couler les larmes. Demain il fera jour. Good night and good luck.

dimanche 6 décembre 2015

Sizain pour le Parti et pour le deuil.

De retour de Montigny
J'ai voté pour le Parti
En sortant il faisait nuit
Métaphore de nos ennuis
Car le sais-tu ma région
Pourrait l'avoir dans l'oignon.

vendredi 4 décembre 2015

Jugan et l'Ange gardien à Montigny-les-Cormeilles



Surtout le samedi, car le dimanche, rappelez-vous, il faut aller voter.

Les élégants


C'est l'heure du doo wop,  aimables abonnés. Que les nuits de l'état d'urgence vous soient douces. Profitez en pour retrouver vos amours perdues dans le Temps et les inviter pour un dernier slow. Vous êtes vous aussi des élégants, pour toujours. 
Enjoy.

jeudi 3 décembre 2015

Lens, 1913.

J'aimerais autant que les dimanche 6 et 13 décembre, ceux-là ne se relèvent pas de leurs tombeaux pour demander des comptes.

Sinon, sérieusement, vous savez que j'ai connu une époque où quand on se rendait à un meeting du Parti, on n'était pas obligé de se faire toucher la bite avant. Les petits plaisirs de l'état d'urgence...