vendredi 29 novembre 2013

Rions un peu entre amis morts

-Attends, Léonid, tu vas rigoler...
-C'est quoi?
-Les chiffres de la situation économique et sociale dans l'UE de 2013...
-Ah, les cons, non mais quels cons! On les avait pourtant prévenus.

jeudi 28 novembre 2013

L'eau, les nuages, le silence et la nuit

"Cependant, dans l’expansion de sa joie, la Lune remplissait toute la chambre comme une atmosphère phosphorique, comme un poison lumineux ; et toute cette lumière vivante pensait et disait : « Tu subiras éternellement l’influence de mon baiser. Tu seras belle à ma manière. Tu aimeras ce que j’aime et ce qui m’aime : l’eau, les nuages, le silence et la nuit ; la mer immense et verte ; l’eau uniforme et multiforme ; le lieu où tu ne seras pas ; l’amant que tu ne connaîtras pas ; les fleurs monstrueuses ; les parfums qui font délirer ; les chats qui se pâment sur les pianos et qui gémissent comme les femmes, d’une voix rauque et douce !"

Charles Baudelaire, "Les bienfaits de la Lune", Petits poèmes en prose.


 "Mais après tout, la seule occasion que nous ayons de lire aujourd'hui pour le plaisir, est de le faire en cours de voyage, et je suis encore assez vieux jeu pour me distraire, de temps à autre, avec un ouvrage non didactique." 

Compton Mackenzie, La République Lunatique

mercredi 27 novembre 2013

The Party of Lenin, the strength of the People

Bon, je sais que c'est pas bien, mais des fois, quand j'entends par exemple Philippe Varin parler de sa retraite chapeau, je me dis qu'il manque quelque chose de très fort et de très effrayant, là-bas, vers l'Est...
 

Norlande, encore un prix!

On remercie le jury de la NRP (Nouvelle revue pédagogique) d'avoir donné à Norlande le prix de la littérature jeunesse 2013-2014. 
Après Emilie dans La grande môme, c'est au tour de Clara de prendre son envol.


"Et je sais que si ma courte vie a été construite sur le mensonge puis la violence, si on m'a retiré ma mère, mon nom, il y a quelque chose qu'on ne me retirera jamais, au grand jamais, c'est ce baiser sous le ciel bleu, dans les jardins de l'Hôtel-de-Ville, un matin de septembre, à Rouen." (La Grande Môme)

dimanche 24 novembre 2013

Dans une avenue calme que je n'habiterai jamais


Retrouvez ce poème dans Sauf dans les chansons (Table Ronde, printemps 2015)

Tonton Lautner n'est pas mort flingué: étonnant, non?


paru sur causeur.fr
Georges Lautner est mort et la France pleure. Georges Lautner a bien fait de mourir très vieux, à 87 piges et mèche. Il a suivi le conseil de Corneille, à la fin du Cid : « Laisse faire le Temps, ta vaillance et ton roi. » Cela va lui permettre d’avoir des hommages universels, y compris du côté où l’on devrait détester, en théorie, tout ce qu’il représentait. Vous voyez ce que je veux dire, non ? Cette critique médiatique et ce personnel politique qui vomissent aujourd’hui tout ce qu’il incarnait hier mais qui ne peuvent pas tout de même se retrouver en rupture totale avec une mythologie française.
Imaginez, pour rire, comment objectivement on doit regarder Les Tontons flingueurs du côté d’Aurélie Filippetti (qui ne salue pas la mort de Gérard de Villiers) ou de Najat Vallaud-Belkacem dont le cabinet est tenu par les khmers d’un néoféminisme plus préoccupé par ce qui se passe dans les calbutes, les petites culottes et la grammaire que dans le monde du travail où les femmes continuent de morfler sévère.
Parce que tout de même, dans les films de Lautner, la domination hétérofasciste du mâle blanc quinquagénaire, de surcroît enveloppée par les dialogues de Michel Audiard, c’est quand même une constante. Les Tontons Flingueurs, dont on célèbre en ces jours-ci le demi-siècle et qui se voit élever au rang de chef d’oeuvre national, la critique de l’époque l’a taillé en pièce ou dans le meilleur des cas, l’a traité en pochade. Oui, Les Tontons flingueurs, qui raconte une guerre de succession et illustre sur le mode farce le conflit entre légitimité et légalité, le rôle prépondérant des fidélités féodales contre les logiques d’appareils, l’importance de la tradition contre les ruptures irréfléchies et affirme la nécessité d’un ordre juste, comme chez Thomas d’Aquin et Ségolène Royal, voilà ce film essentiellement réactionnaire célébré par des gazettes qui ne supportent pas que l’on oublie un « e » à auteur si l’auteur est une femme.
Soyons clair, Lautner tournerait aujourd’hui, il serait crucifié. Son cinéma a beau être aimablement surréaliste, dans une subversion assez habile des codes du film de genre, il célèbre quand même les mecs, les mecs qui parlent fort, qui ont le sens de l’honneur, qui aiment la bonne bouffe, les filles parfois vénales et défourailler à tout bout de champ pour régler les complications de l’existence.
Aujourd’hui, cette cabale des dévots, la voilà confite d’admiration (ou obligée de faire semblant) pour un type qui allait chercher ses scénarios dans les romans noirs dont les auteurs oscillaient entre le machisme, le poujadisme et l’extrême droitisme. Quelques messieurs trop tranquilles, qui célèbre le bon sens madré des paysans berrichons et leur alliance objective avec des hippies contre des mafieux partisans de la concurrence libre et non faussée, est un roman d’ADG. Et Mort d’un pourri, où l’on retrouve encore une fois le duel entre ces deux concentrés de testostérone à l’état pur que furent Ronet et Delon, raconte les turpitudes du giscardisme immobilier et est accessoirement l’adaptation du roman éponyme de Raf Vallet, alias Jean Laborde, pas franchement un gauchiste, ni même un centriste. Le même Jean Laborde, qui sous le pseudonyme de Jean Delion, écrivit Pouce ! adapté également par Lautner dans Le Pacha, avec Jean Gabin en vieux flic solitaire. Jean Gabin, un pionnier de la théorie du genre comme chacun sait, s’offre même dans le filme le luxe d’assister à l’enregistrement de Requiem pour un con de Serge Gainsbourg. Requiem pour un con, ça dit quoi, de ça, du côté d’Osez le féminisme ? Parce que du point de vue de la polysémie…
Bien sûr, chez ces gens là, on n’a pas vu Galia, ce film admirable, nocturne et lumineux à la fois, où Mireille Darc trouve son meilleur rôle, (avec peut-être Les seins de glace, autre film de Lautner), dans un jeu libertin innocent et mortifère, façon Liaisons dangereuses sur fond de twist. Mais quand bien même cette cabale des dévots l’aurait vu, ils ne l’auraient pas compris parce qu’ils ne peuvent pas comprendre qu’on peut parler à la fois comme Boyer d’Argens, Laclos ou comme Michel Audiard et Simonin, alors que ce sont les deux faces de la même pièce française.
Il faut remercier Lautner pour ses films. Mais aussi pour avoir été, à l’occasion de sa mort, un formidable révélateur de l’hypocrisie ambiante.
En fait, le politiquement correct ne se nourrit que de la faiblesse de ses cibles. Et oui, un Lautner de notre temps serait « abject », « nauséabond », « indigne ».
Sauf, évidemment, s’il commence à faire plus de deux millions d’entrées.

 


Gainsbourg et Gabin dans Le Pacha (1968) par clkleb

samedi 23 novembre 2013

Nous ne redescendrons plus sur terre.




Avec L'autre chair (Gallimard/Série Noire), Michaël Olson signe un roman sadien sur la fin du monde réel. (paru sur causeur.fr)

 


L’autre chair, premier roman de Michaël Olson traduit à la Série Noire, nous a permis de vérifier une vieille intuition : le marquis de Sade, celui des 120 journées de Sodome, est l’inventeur du jeu vidéo en ligne. Ce monstrueux chef d’oeuvre, ce bloc d’abîme qui raconte comment une poignée d’aristocrates pervers s’enferme dans un château pour se livrer aux aberrations sexuelles les plus monstrueuses, est avant tout un jeu terrifiant avec ses niveaux progressifs qui font avancer toujours plus loin, par l’horreur, dans la recherche glacée d’une perfection négative, d’une mutation irréversible. Et en utilisant le divin marquis comme une clef possible pour comprendre comment le virtuel contamine le réel, Michaël Olson, un spécialiste de la spéculation financière et de l’ingénierie informatique, a eu une de ces intuitions fondatrices qui font les grands écrivains.
Au premier regard, pourtant, l’intrigue de L’autre chair n’a rien de très séduisant sauf pour les geeks amateurs de littérature cyberpunk. Mais le lecteur, même non-initié aux arcanes de la folie ludique en ligne, découvre en lisant L’autre chair un roman passionnant, malsain et surtout décisif sur la seule question qui vaille aujourd’hui : quelle est la nature exacte de la réalité dans laquelle nous évoluons ? Des philosophes comme Baudrillard ou Debord, des cinéastes comme les frères Wachowski dans Matrix ou encore des écrivains comme le très prophétique Philip K. Dick ont ouvert la route. Olson s’inscrit dans cette tradition mais pousse la logique encore un peu plus loin en montrant comment c’est le corps, notre propre corps de chair et de sang, machine désirante ne sachant plus ce qu’elle désire, qui est appelé à devenir l’interface plus ou moins consentante entre ce qui reste d’un réel dévasté par les crises, la violence, la guerre et un autre monde qu’une technologie de plus en plus pointue transforme en une réalité augmentée où tout sera permis, entre l’extase et l’effroi.
olson autre chairL’autre chair se présente, faussement, comme un roman noir. Un étrange couple, composé de jumeaux frère et sœur, Blake et Blythe Randall, milliardaires potentiellement incestueux, est à la tête d’un empire composé d’entreprises high-tech. Leur seul problème, mais pas des moindres, est un vilain petit canard, Billy, demi-frère déjanté, artiste multimédia qui a fait lui aussi fortune par des performances en ligne novatrices où la chair devient le terrain des expérimentations les plus folles. Un jour Blake et Blythe reçoivent deux vidéos. Dans la première, on voit le suicide particulièrement élaboré et atroce, sadien pour tout dire, de la fiancée de Billy. Puis une seconde, celle de Billy lui-même qui met fin à ses jours dans des conditions tout aussi spectaculaires et cruelles.
Le problème, c’est que Billy n’est peut-être pas mort puisqu’il semble être devenu le grand maître d’un jeu en ligne, le NOD, comme le pays biblique du même nom dont il est question au moment de la destruction de Sodome. Et au cœur du NOD,  on trouve le château de Silling, celui des 120 journées où les joueurs viennent proposer des vidéos inspirées de Sade dont il est impossible de savoir si elles sont vraies ou fausses. Quand en plus, l’avatar de Billy encourage ses adeptes à attaquer Blake and Blythe dans la réalité, créant un début de chaos dans New-York, la situation se complique singulièrement. Pour traquer Billy, les jumeaux Randall font alors appel à un ancien condisciple de Harvard, spécialiste de la traque numérique et du piratage informatique, hanté par son amour impossible pour Blythe.
Tout l’intérêt de L’autre chair est de jouer sur la destruction virale de nos certitudes à propos de notre décor quotidien, de nos certitudes morales et de nous faire comprendre à quel point nos vies sont désormais, comme aurait pu le dire Pascal, en équilibre entre deux infinis. On croisera, dans ce roman, des seigneurs de la finance, des mafieux qui ont déjà tout saisi des perspectives ouvertes par cette autre réalité qui se substitue à la première et des génies qui ne savent plus s’ils sont des savants ou des poètes, créateurs de combinaisons étranges permettant d’amplifier le plaisir ou la douleur dans des proportions infinies. « Non, la question n’est pas de savoir si les gens désirent du sexe virtuel. Il faut plutôt se demander si, une fois qu’on leur en aura donné, ils vont vouloir autre chose. » remarque à ce propos l’un des personnages.
L’autre chair, roman d’un vertige inédit, nous dit de manière sous-jacente, qu’à un moment ou a un autre, il faudrait songer à redescendre sur terre. Et d’urgence.
Toute la question étant de savoir, justement, s’il y a encore une terre où redescendre.


L’autre chair de Michaël Olson, traduction d’Antoine Chainas, Gallimard/Série Noire, 2013.

PS: On vous reparle bientôt de Chainas, en très grande forme avec Pur (également à la Série Noire)

Retour à l'Orange

Le mélange d'inquiétude et de sensualité, la posture frileuse, rêveuse, égarée presque. La bouche entrouverte, les cheveux un peu en désordre.
Les bras croisés, l'érotisme inconscient du cachemire à même la peau. Et ce détail qui attendrit entre tous, qui rappelle C. à Trouville, circa 1983-1985: les manches étirées jusqu'à la paume car il fait encore frisquet dans la maison que l'on vient de rouvrir. Odeur de sel et d'encaustique, on entend la mer, le transat attend contre le mur.
Tout à l'heure, elle ira mieux.  Elle se sera réchauffée. On ira à la plage. Elle lira L'été finit sous les tilleuls de Kléber Haedens. Le vent achèvera de la décoiffer. On dînera aux Vapeurs, sans doute.

vendredi 22 novembre 2013

Liberté Hebdo, on tiendra!

Un blog pour suivre le petit canard rouge dans sa lutte pour la survie.
Egalement dans la bloguerolle.

jeudi 21 novembre 2013

Comme le mauvais rêve de ce temps-là...

Le sinistre personnage d'Abdelhakim Dekhar, en revenant à la surface, m'a rappelé les non moins sinistres années balladuriennes.  Le grand sommeil de la société spectaculaire-marchande devenait de plus en plus profond, malgré les belles manifs contre le CIP et la figure proprement luciférienne de Florence Rey qui fut comme le mauvais rêve de ce temps là, comme un affreux et flamboyant travail du négatif "ici-bas chu d'un désastre obscur", comme une tentative  mortifère pour se réveiller de la mort.
Pour le reste, sur la nature exacte de Dekhar et de son antipathique histoire, je conseillerais au visiteur d'aller voir du côté de chez Serge Quadruppani, qui résume tout en quelques lignes claires et décisives.
Il ne faudrait pas, en plus, que le côté cathartique de cette chassalomdutueurfou(1) nous dispense de réfléchir à l'usage de la vidéosurveillance généralisée. Après tout, il y avait là des bons parfaitement bons qui traquaient un méchant parfaitement méchant mais qui sait si un jour, même si l'hypothèse est improbable dans nos impeccables démocraties, on ne pourrait pas voir la police utiliser ses joujoux panoptiques non plus pour arrêter un Arabe psychotique hissudelultragôche mais, au hasard, des syndicalistes renaudant un peu trop à l'esclavage austéritaire ou de mauvais esprits communistes, anarchistes ou pédérastes, voire les trois à la fois, allez savoir.

(1)Lire à ce sujet Les chasses à l'homme de Grégoire Chamayou (La Fabrique)

Pasolini, encore une fois.

paru dans Le Matricule des Anges d'octobre 2013



J’ai besoin, plus que jamais, pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, ce qui se passe vraiment, du Pasolini des Ecrits corsaires et des Lettres luthériennes ou encore de Contre la télévision. C’est là que je retrouve de la manière la plus forte, -une manière presque brutale-, cette « vitalité désespérée » dont PPP parle dans sa Poésie en forme de rose. Je lis, par exemple, à la date du 11 juillet 1974 dans les Ecrits corsaires,  que « la fièvre de la consommation est une fièvre d’obéissance à un ordre non énoncé ».  Cet « ordre non énoncé » est encore là aujourd’hui, aussi fort, aussi tyrannique, dans toute l’Europe et sans doute dans tout l’Occident.
Pasolini me force également à me poser sans cesse une question gênante, effrayante dans une certaine mesure, quand on vient d’un milieu progressiste. Comment se fait-il que toute critique radicale du monde d’aujourd’hui, de sa capacité à mettre en avant de fausses libérations pour faire oublier les vraies aliénations, nous force à une posture presque réactionnaire ? Pasolini comprend parfaitement cette ruse du système. Mais il ne cherche pas à la contourner. Son attitude consiste à dénoncer systématiquement « l’anarchisme du pouvoir » comme il qualifie ce qui se passe dans Salo, Salo étant la métaphore de cet hédonisme poussé à l’extrême, cet hédonisme suicidaire et dépressif qui continue à régner aujourd’hui.
PPP assume, il connaît les risques. Ils sont simples, évidents : vous  devenez, au propre comme au figuré, l’homme à abattre. Il faut revenir à cet entretien que Pasolini donne la veille de sa mort : « Dis moi, maintenant, si le malade qui songe à sa santé passée est un nostalgique ? » qu’il conclut par un prophétique « Nous sommes tous en danger. »
Ce que Pasolini comprend avec 68 et l’Italie des années 70 qui est le laboratoire de l’Europe d’aujourd’hui où le vrai pouvoir s’exerce dans une transparence tellement aveuglante que le citoyen ne le voit plus, c’est que le progrès n’est qu’un leurre, en tout cas le progrès imposé dans le cadre d’une société de marché totalitaire. Cela ne se dit pas, cela est inconvenant. Tout est fait pour nous persuader que les sociétés de marché sont forcément, au contraire, des démocraties parfaites.
Pasolini n’a de cesse de montrer qu’il n’en est rien. Big Brother nous regarde, mais surtout il veut qu’on le regarde, hier comme aujourd’hui : « Quand les ouvriers de Turin et de Milan commenceront à lutter aussi pour une réelle démocratisation de cet appareil fasciste qu’est la télé, on pourra réellement commencer à espérer. Mais tant que tous, bourgeois et ouvriers, s’amasseront devant leurs téléviseurs pour se laisser humilier de cette façon, il ne nous restera que l’impuissance du désespoir. »

mercredi 20 novembre 2013

Les commentateurs de Pavlov, exercice d'uchronie politico-sportive.

NB: Pavlov n'est pas un joueur ukrainien. (paru sur Causeur.fr)

France-Ukraine : 0-3
La preuve est faite, si besoin en était : la France va mal, très mal. L’échec de cette équipe multiraciale nous renvoie à un autre échec flagrant, celui de l’intégration. Une France communautarisée qui ne se vit plus comme nation ne peut briller dans la compétition internationale – qu’elle soit sportive ou économique. Cette défaite humiliante avec l’expulsion de Ribéry, les mauvais gestes, les insultes et l’arrogance de ces joueurs sans repères, c’est aussi l’héritage de mai 68 et d’une éducation qui a naufragé sous les coups de boutoirs de l’individualisme hédoniste, du pédagogisme et du McDo.

On est étonné que des émeutes n’aient pas succédé à ce Waterloo sportif, politique et moral. On murmure que monsieur Valls avait renforcé de manière spectaculaire les renforts policiers autour des lieux de pouvoir et notamment de l’Assemblée Nationale car on craignait, du côté de la DCRI, des cortèges spontanés de supporters bien décidés à transformer ce 19 novembre en 6 février footballistique.

En même temps, peut-on en vouloir vraiment à ces joueurs, imposés à 75%, d’être démotivés ? Ils illustrent de manière symbolique cette démotivation qui est aussi celle des entrepreneurs français sous la tyrannie fiscale et incompétente du tandem Hollande-Ayrault.

Il faudrait, décidément, que François Hollande abrège ce calvaire et, comme l’a fait Didier Deschamps à la FFF, présente sa démission, une fois pour toutes.

France-Ukraine : 0-0
Un match terne et une élimination sans gloire. L’impuissance des joueurs français devant les buts, c’est celle de notre pays aujourd’hui. Un pays sans volonté, sans dessein qui évolue dans une grisaille de mauvais rêve, entrecoupée seulement de colères brèves, de sursauts d’orgueil à l’image des bonnets rouges ou des accélérations courageuses mais inutiles de Ribéry.

Dans cette histoire, Didier Deschamps, c’est Jean-Marc Ayrault. Son changement de système pour un 4-3-3 qui n’a rien prouvé fait penser au premier ministre et à ses reculades timorées, ses changements de pied qui ne résolvent aucun problème et ne font qu’accentuer le sentiment d’une absence de vision.  Encore une fois, une France qui perd sans perdre, avec des joueurs eux aussi sans doute touchés par le ras-le-bol fiscal à l’image des classes moyennes, ne peut pas gagner. Il faudrait, du côté de la Fédération Française de Football comme de l’Elysée, accepter de tirer les conséquences soit en changeant de paradigme, soit en partant. On oserait à peine imaginer quel serait ce matin le climat dans le pays si la défaite avait été plus lourde.

France-Ukraine : 2-0 (élimination de la France par tirs aux buts)

Quels regrets ! Merveilleusement fringante et collective en première mi-temps, marquant deux buts admirables, l’équipe de France s’est trouvée privée de volonté dans la seconde période, comme prise d’une étrange langueur. Comment ne pas voir une parfaite allégorie de la situation de la France ? Les fondamentaux sont là, le désir d’entreprendre malgré la politique fiscale désastreuse qui n’a pas démotivé des joueurs pourtant taxés à 75%.

Mais, au bout du compte, Didier Deschamps comme la FFF se sont contentés de demi-mesures, de celle qui ne permettent pas la victoire décisive sur une crise que l’on pourrait pourtant aisément surmonter avec un peu de courage. Mais ce courage manque comme il manque à l’exécutif.

On n’aime plus l’équipe de France, on n’aime plus ce gouvernement. Les deux, plombés par l’impopularité, ne sont plus en mesure d’agir sur les événements, de renverser la tendance. Ce n’est pas l’aggiornamento promis par Jean-Marc Ayrault sur les impôts qui changera grand-chose au problème.

Le match d’hier soir a signé la fin d’une génération de joueurs et, espérons-le, de dirigeants. On peut espérer que les prochaines élections, municipales et européennes, indiqueront aussi au gouvernement la porte de sortie. Il est tout de même dommage que les belles choses que nous avons vues hier soir et que nous voyons chaque jour dans le pays réel qui continue à se battre, ne nous amène pas à la victoire par la seule faute d’un président de la république qui ne veut pas comprendre les enjeux.


France-Ukraine : 6-0
Le coup du chapeau de Sakho, le but de Benzema, le but de Ribéry, sans compter le but ukrainien contre son camp, et voilà une incroyable victoire qui va faire taire les déclinistes de tout poil. Ce qu’on a vu hier, sur le terrain, c’est la France de 98. Loin de la peinture apocalyptique des médias, la France reste malgré la crise un pays capable de faire de ses différences une richesse et surtout de jouer collectif. On ne peut que reconsidérer, après un tel match, la politique de François Hollande qui lui aussi finira par trouver sur le plan politique son billet pour Rio. Après tout, avec son gouvernement si critiqué, son premier ministre si moqué, le Président, comme Didier Deschamps, a refusé la fatalité. C’est difficile, ce n’est pas compris de l’opinion ou pas tout de suite, mais ça finit par payer.

On a oublié que la semaine dernière, malgré quelques réticences, Bruxelles avait avalisé le budget 2014 présenté par Paris, ce qui prouve que nous sommes sur la bonne voie d’une mise en conformité de notre système aux normes européennes. Bien sûr, la Commission a indiqué que notre marge de manœuvre était très faible et que nous n’avions pas le droit à l’erreur. Exactement comme l’équipe de France hier soir qui a prouvé, et de quelle manière merveilleuse, que rien n’est jamais joué d’avance quand le courage est au rendez-vous.

Vicino a me

Il devenait de plus en plus évident pour lui que Peppino di Capri était le seul poète du vingtième siècle qui avait saisi, avec une telle acuité, la profonde mélancolie de ces jours d'été quand, au coeur même du temps libéré dans le bleu des plages,  dans le scintillement d'éternité du soleil sur la mer vers trois heures de l'après-midi, nous éprouvons dans un mouvement identique le bonheur d'être au monde et le caractère insupportablement éphémère de ce même bonheur.
Enjoy your Peppino di Capri

lundi 18 novembre 2013

Rendez-nous la faucille et le marteau!

Grâce à la faucille et au marteau, même les moches ont une chance
On sait que le PCF, lors de son dernier congrès, a abandonné la faucille et le marteau qui n'occupaient d'ailleurs plus sur nos cartes qu'une place seulement visible à l'aide d'un microscope électronique. Bon, la presse bourgeoise s'étant emparée de l'anecdote pour oublier de parler de nos propositions, j'avais décidé de ne pas communiquer à l'époque sur la question.
Or je m'aperçois aujourd'hui à quel point ce symbole peut dynamiser une candidature, même très moyennement sexy, comme celle de Camilla Vallejo, leader du mouvement étudiant chilien qui a mené la vie dure au président ultralibéral Pinera et qui a été élue députée dans le sillage de la prochaine victoire de Michelle Bachelet à la présidentielle à la tête d'une horrible coalition socialo-comuniss'...
Grâce à la faucille et au marteau, répétons-le, même une moche peut réussir.

samedi 16 novembre 2013

J'aime bien la poésie de Frédérick Houdaer

C'est du naturel très travaillé mais comme le travail a la politesse de ne pas se faire voir...
C'est souvent sarcastique alors que le sarcasme et la poésie ne connaissent pas forcément des mariages heureux.
Par moment, ça vous a des faux airs du traduit de l'américain comme si Houdaer s'était fait des fix de Brautigan ou de Buk. D'ailleurs, le recueil s'appelle Fire Notice (éditions Le Pont du Change,  161 rue Paul-Bert, Lyon)
Mais c'est surtout très musical, la poésie de Frédérick Houdaer et c'est tout de même ce dont on a besoin avant tout. De gens qui savent rendre mélodique tout ce gris ridicule, inquiétant et tragique qui fait le quotidien d'une vie d'homme.
Voilà, donc, un exemple, de la poésie de Frédérick Houdaer:

Que vous le croyiez ou non

Castaneda n'est pas mort
il vit dans la banlieue d'une ville de province
au fin fond de cette vieille europe
qui n'a plus rien à prouver 
plus rien à donner
tant qu'elle n'est pas complètement à genoux.
Castaneda chasse le Nagual
aux pieds des tours
dont il se retient de corriger les tags mal orthographiés
il a mieux à faire

Shangri-La


-Je ne serai pas contre l'idée de trouver un coin tranquille, maintenant. 
-Où çà?
-Je ne sais pas. Thélème, Ardis ou Shangri-La. Ou l'Atlantide. Avec des filles qui dansent, des bars, des plages et des bibliothèques. Tu vois le genre.
-Je vois. Un coin où tu serais injoignable? Hors d'atteinte?
-Voilà, c'est ça. Parce que quand même, tu admettras que ce n'est plus possible.
-Non, effectivement, ce n'est plus possible.

vendredi 15 novembre 2013

Tant que j'y pense

Ne pas oublier que le monde ne supporte pas, ou plus, l'idée que vous écriviez dans votre coin.

Ne pas oublier de respirer.


Ne pas oublier de lire un poème par jour. Ce matin, j'ouvre au hasard Les sonnets pour Hélène:
Tant de fois s'appointer, tant de fois se fâcher
Tant de fois rompre ensemble et puis se renouer,
Tantôt blâmer amour et tantôt le louer
Tant de fois se fuir, tant de fois se chercher.

Ne pas oublier Ronsard, donc.

Ne pas oublier d'avancer dans l'épouvante le sourire aux lèvres. 

Ne pas oublier de chanter. Même faux.

Ne pas oublier de danser. Même mal.

Ne pas oublier Lisbonne.

Ne pas oublier de nager.


Ne pas oublier de partir sans prévenir quand il faudra partir car il faudra bien partir un jour.

Ne pas oublier, alors, d'être injoignable. Les livres devraient suffire.

Ne pas oublier, cependant, de se battre jusqu'au bout contre ce qui revient, ce qui revient vraiment ce coup-ci.

Ne pas oublier, si on est encore là, de raconter aux enfants des survivants, qui s'ébattront librement dans les jardins du temps retrouvé ou sur les plages du recommencement, que les derniers jours du capitalisme marchand nous avaient fait vivre dans un disneyland préfasciste, un asile irradié, une soue psychique, une haine de soi mortifère.

Ne pas oublier le plaisir.

Ne pas oublier la côte-rôtie de Jean-Michel Stephan.

Ne pas oublier la fille qui danse.

Ne pas oublier le Château de Queluz, Ardis, Naxos, Rivebelle.

Ne pas oublier de vérifier le blindage.

Ne pas oublier l'ordre n°227.

jeudi 14 novembre 2013

Locus amoenus, 3: "..nous déjeunions ensemble dans les jardins de Babylone"


"Depuis que Raph  (Raphaël Daimler, dit Raph, ou Daimler, mais rarement Raphaël) était mort, j'avais pensé à lui de temps en temps-mais j'avais surtout  rêvé une fois de lui: nous déjeunions ensemble dans les jardins de Babylone.
-Dis-moi, vieille branche, lui demandai-je, j'ai tout de même bien l'impression qu'on est à Babylone, non?
-Qu'est-ce que tu crois, Charlie? Qu'on est à Paris? A Rio? A New-York? Tu plaisantes?
Raph était en pleine forme.
-Tu peux appeler ça Babylone, reprenait-il, mais c'est encore mieux. Ressers-moi de ce vin. Et les filles, je te dis pas les filles...C'est un coin formidable. Moi, c'est décidé, je n'en bouge plus. D'ailleurs..."
FB, DSEV.

mardi 12 novembre 2013

Il n'y a pas que Jaurès dans la vie...

...il y a aussi Jules Guesde.
Discussion avec des amies guesdistes.
On oublie trop souvent Jules Guesde, je trouve. "Laisser les problèmes de bourgeois aux bourgeois", on devrait l'écouter plus souvent.
Et comme me faisait remarquer l'autre soir une amie guesdiste, alors qu'on vidait des communards sur le zinc: "Je crois, comme vous, que la société capitaliste est le milieu le plus déprimant qui ait jamais existé pour l’Art et l’Artiste, industrialisés et tombés à l’état de marchandise. Et, comme vous, je sais que, loin d’être un retour, même momentané, à la barbarie, le triomphe du socialisme donnera lieu à une explosion de toutes les puissances artistiques de l’humanité, auprès de laquelle la Renaissance pâlira."
Et elle a ajouté: 
"Tu rhabilles les orphelins? Il fait soif."
Je suis Jules Guesde et j'approuve ce message

lundi 11 novembre 2013

Ce qu'on a fait à Brive...

...pendant la Foire du Livre, c'est ici et là.
 Et en même temps, ça ne dit pas le bonheur de retrouver les copains et la forme d'une ville.

Une affaire intime.

Monument aux morts de Doudeville-en-Caux.
Mon arrière grand-père, Georges Leroy, paysan et tisserand, est mort le 9 novembre 1918. Il avait été mobilisé dès 1914. Il avait trente cinq ans. Je suis son aîné depuis un bout de temps, maintenant.
Et je me dis qu'il doit bien m'attendre quelque part. 
Enfin, j'espère.

samedi 9 novembre 2013

mercredi 6 novembre 2013

mardi 5 novembre 2013

Je te laisse parler, Gus...



A Louis Bouilhet, 30 septembre 1855,

"Causons un peu, mon pauvre vieux. La pluie tombe à torrents, l'air est lourd, les arbres mouillés et déjà jaunes sentent le cadavre.(...)
Nous vivons dans un monde où l'on s'habille d'habits tout confectionnés. Donc tant pis pour vous si vous êtres trop grand; il y a une certaine mesure commune; vous resterez nu. (...)
Mais nous qui ne profitons de rien, nous sommes seuls, seuls, comme le Bédouin dans le désert. Il faut nous couvrir la figure, nous serrer dans nos manteaux et donner tête baissée dans l'ouragan. -Et toujours, incessamment, jusqu'à notre dernière goutte d'eau, jusqu'à la dernière palpitation de notre coeur.
Quand nous crèverons, nous aurons cette consolation d'avoir fait du chemin, et d'avoir navigué dans le Grand.
Je sens contre la bêtise de mon époque des flots de haine qui m'étouffent. Il me monte de la merde à la bouche, comme dans les hernies étranglées. Mais je veux la garder, la figer, la durcir. J'en veux faire une pâte dont je barbouillerais le XIXème siècle, comme on dore de bougée de vache les pagodes indiennes..."

lundi 4 novembre 2013

Locus amoenus, 2: "une ville qui était alors si belle..."

Paris, circa 1959
"C’était à Paris, une ville qui était alors si belle que bien des gens ont préféré y être pauvres plutôt que riches n’importe où ailleurs."
G.D, IGINECI

Adios, SAS...


Notre premier SAS et une couverture qui fit beaucoup pour notre imaginaire érotique.


paru sur Causeur.fr

Malko sentit une sueur froide couler le long de son dos malgré la température plutôt clémente de ce 1er novembre. Et pour une fois,  ce n’était pas parce qu’il était sur le point d’être émasculé par un terroriste barbu, exécuté d’une balle dans la tête par le tueur d’un cartel de la drogue ou encore qu’il était assis et attaché sur un nid de fourmis rouges quelque part en Asie du Sud-Est.
Non, c’était bien pire, pire que tout ce qu’il pouvait imaginer : il venait d’apprendre la mort de son créateur, Gérard de Villiers, à 83 ans.
Malko retira la veste de son costume en alpaga, posa son pistolet extra-plat sur la table de nuit. Il revenait juste de sa deux centième mission1 et il était épuisé. Il avait fallu se promener du Kremlin, à Londres en passant par Tel-Aviv. On allait souligner comme d’habitude l’excellente documentation de Gérard, on allait dire qu’il était devenu un as de la géopolitique, mais c’était lui, Malko, qui devait affronter le danger face à un Poutine en pleine forme qui n’oubliait jamais de se venger. Poutine, d’après Gérard qui avait expliqué cela à Causeur magazine l’été dernier, dans le dernier entretien qu’il avait donné à la presse, continuait la guerre froide par d’autres moyens. Le Grand Jeu se jouait toujours entre les USA et la Russie. L’islamisme était venu compliquer l’affaire, bien entendu mais on en revenait toujours à la vieille rivalité entre Washington et Moscou.
Depuis cinquante ans, depuis sa première mission, en 1965, à Istambul, Malko, contrairement à Gérard, n’avait pas vieilli. Depuis cinquante ans, il avait la quarantaine et une énergie sexuelle débordante. Depuis cinquante ans, il avait parcouru tous les pays du globe, où il avait honoré de pulpeuses salopes. Il s’enfonçait dans leurs reins d’une seule poussée. Elles aimaient ça, s’empaler sur sa virilité érigée comme les valeurs du monde libre face à la subversion communiste. C’était l’avantage d’être un héros de la littérature populaire, ça. Comme Tintin ou Maigret. On ne prend pas une ride.
Malko se demanda s’il allait pouvoir continuer à bosser, maintenant que Gérard de Villiers, après l’avoir envoyé deux cents fois au front, avait rejoint le paradis des forçats de l’underwood. C’est qu’il n’avait pas terminé de réparer son château de Liezen en Autriche. Il faut dire qu’être prince, chevalier de Malte et grand voïvode de la voïvodine de Serbie, ça coûte. Et qu’allait devenir Alexandra, son éternelle fiancée ? Et Elko Krisantem, le majordome, un as de l’étranglement ottoman ? Ou Chris John et Milton Brabeck, les agents de la CIA qu’on lui envoyait en renforts et qui avaient à eux deux « la puissance de feu d’un petit porte-avions ».
Et puis Malko n’était pas du genre à prendre sa retraite. Il voulait, comme son créateur, mourir en faisant ce qu’il aimait. Le côté Molière de Gérard de Villiers. Contrairement à Simenon qui s’était arrêté du jour au lendemain, GDV pour les intimes avait décidé d’écrire jusqu’à son dernier souffle, ce qu’il fit.
D’ailleurs Malko était un contractuel de la CIA, pas un fonctionnaire surmutualisé. Il avait la même vision libérale du monde que son créateur. L’équation libéralisme=liberté politique lui semblait aller de soi. Même si au Chili en 75, dans L’ordre règne à Santiago, Malko (et Gérard, donc, comme il l’avait raconté à Causeur), les choses n’avaient plus été aussi claires, soudain.
Mais enfin, Malko espérait quand même que si quelqu’un reprenait la licence SAS, il n’allait pas se retrouver entre les mains d’un pisse-copie gauchiste du genre démocrate américain ou gaulliste français. Avec Gérard de Villiers, Malko avait pris l’habitude de voir le monde avec un prisme politique qui faisait passer les néocons pour des centristes et Tamerlan pour un humaniste un peu fiotte.
Et puis quoi qu’on en dise, il y avait un style chez Gérard de Villiers qui n’affectait d’en avoir aucun. Justement parce qu’on sait depuis Barthes  que le degré zéro de l’écriture est une écriture. Et ça, l’air de rien, ce n’était pas à la portée du premier venu et ça expliquait aussi une telle longévité et un tel succès.
Malko se releva, alla à la fenêtre.
La peur se dissipait un peu. Quoi qu’il arrive, il était devenu une légende, un mythe. Même si on ne devait plus lire de nouveaux récits de ses exploits, il aurait été le dernier survivant de la vraie littérature de gare, avec San-Antonio peut-être. Cette littérature en voie de disparition, qui unissait l’intello et le prolo, le gaucho et le facho, le catho et macho,  parce qu’à un moment, ce qui compte vraiment, c’est une bonne histoire aussi bien documentée, que les pages Étranger des journaux, sinon mieux, et de surcroît beaucoup plus sexy.
Malko regarda la pluie tomber. C’était bien un temps de Toussaint. Il se rappela le titre d’une de ses premières missions, Opération apocalypse.
Voilà, on y était.
(1) La vengeance du Kremlin

dimanche 3 novembre 2013

Locus amoenus, 1: "ces journées oisives et lumineuses..."


"C’est un grand charme ajouté à la vie dans une station balnéaire comme était Balbec, si le visage d’une jolie fille, une marchande de coquillages, de gâteaux ou de fleurs, peint en vives couleurs dans notre pensée, est quotidiennement pour nous dès le matin le but de chacune de ces journées oisives et lumineuses qu’on passe sur la plage."

M.P, ALODJFEF

samedi 2 novembre 2013

Voiture qui rit, voiture qui pleure...

Deux excellents livres, qui paraissent presque simultanément, avec comme sujet la voiture. La voiture objet de plaisir et de nostalgie et la voiture devenue le symbole de l'horreur économique.
L'un est de notre ami Thomas Morales. Son Dictionnaire élégant de l'automobile (Rue Fromentin) a un charme fou, profession de foi mélancolique et sentimentale d'un à peine quadra qui souffre lui aussi du syndrome lost in seventies ou Life on Mars. Il nous avait déjà épatés naguère dans ses Mythologies automobiles (L'éditeur). Il continue ici. Il y a des entrées techniques, cinématographiques, musicales, littéraires. Thomas est l'air de rien un archéologue érudit et doux d'un passé si proche et si lointain. Lisez ce qu'il écrit de la 604 ou de la R30, comme tentative héroïques et dérisoires pour garder les symboles de ce qui fit la gloire des Trente glorieuses, justement, alors que la crise était déjà là. Car ce nostalgique un peu dandy n'oublie pas, loin de là, le contexte historique.
Ce qui nous amène à Avant de disparaître, chronique de PSA-Aulnay de Sylvain Pattieu (Plein Jour). On n'est plus avec Audrey Hepburn dans la Mercedes Pagode de Voyage à deux mais dans l'incroyable violence de la désindustrialisation française, aujourd'hui. Comme l'avait fait en son temps Fajardie pour Metaleurop, Sylvain Pattieu recueille les paroles des ouvriers d'Aulnay de l'annonce de la fermeture du site au plan social définitif. Ils s'appellent Gigi, Christophe, Farid, Roland, Alison. Sylvain Pattieu fait un travail de montage et de mise en perspective: l'ensemble devient un texte authentiquement littéraire, une tragédie dont il est le coryphée en même temps qu'un document sur les destructions opérées par le néolibéralisme dans une indifférence presque totale.




Eddy mitchell - à crédit et en stéréo par mbr01  
pris dans la play list de Thomas Morales

Novembre



Verlaine, assassin suave de la césure.

Trenet, troubadour swing des tristesses saisonnières.

Et nous danserons au milieu des fusillades, n'est-ce pas?