mardi 30 avril 2013

Norlande dans Télérama


Et on remercie Michel Abescat, qui avait déjà aimé La Grande Môme

Du coup, La Grande Môme, elle ressort avec de nouveaux habits

lundi 29 avril 2013

Colères du Présent, Arras, 1er mai 2013

Et dire que c'est déjà la douzième édition. Regardez le programme par ici et venez nombreux, c'est à dire à plusieurs dizaines de milliers de visiteurs, comme les autres fois. 
Cette année, Norlande oblige, on sera dans l'espace jeunesse. Ca ne pourra pas nous faire de mal! 
Et le 30 au soir, toujours dans le cadre du festival, ne ratez pas le concert des Lénine Renaud!



samedi 27 avril 2013

Un roman pour en finir avec le travail

Rêve général de Nathalie Peyrebonne (Phébus)


On arrête tout ? On arrête tout !
C’est le sujet du premier roman de Nathalie Peyrebonne, Rêve général, qui raconte une étrange révolution: dans la France d’aujourd’hui, soudain, tout le monde décide que perdre sa vie à la gagner n’en vaut plus la peine, que vivre dans un temps aliéné par les rythmes de la vie marchande est une absurdité. A l’origine du phénomène, nulle théorie, nul mouvement subversif, nulle manifestation ni émeute. Non, plutôt une manière de lassitude générale, protéiforme qui conduit à une prise de conscience collective assez joyeuse, pacifique, amusée. Tout le monde s’étonne de sa propre audace et de la facilité avec laquelle il a quitté les habitudes mortifères imposées par une société qui trouve utile de vendre du papier toilette au thé vert et de célébrer fanatiquement la valeur travail.
Pour raconter les prémices de cette grande sortie silencieuse de l’Histoire, de cette dérobade légère et buissonnière, Nathalie Peyrebonne choisit quatre personnages. Clémence conduit une rame de métro, elle a trente sept ans, elle est blonde, mignonne et trouve que la ligne 13 commence à la fatiguer, surtout quand il fait si beau en surface. Lucien est professeur de français, il est toujours fumeur ce qui scandalise beaucoup, il apprécie ses élèves, ce qui scandalise encore plus et il ne fait jamais de sport, ce qui fait pratiquement de lui un criminel contre l’humanité. Edmond est vigile et aime faire la cuisine : après une période japonaise, il entre dans une période Renaissance et tente une tourte aux carottes et verjus. Il y a aussi Louis, le Premier ministre. Il ne veut plus se lever, il paresse, il mange des gâteaux portugais préparés par sa cuisinière et pense à ses amours perdues. Accessoirement, il trouve que le Président est un con, hyperactif et mou à la fois.
Inutile de chercher des ressemblances, le propos de Nathalie Peyrebonne n’est pas là: ce qui arrive dans Rêve général a une valeur de fable et ses personnages sont des archétypes, ce qui n’empêche pas le lecteur de les trouver parfaitement réalistes et d’avoir l’impression de les croiser tous les jours.
Quand Céleste quitte son poste, elle prend une rue qui va vers le sud. Il faut toujours prendre des rues qui vont vers le sud. D’ailleurs, c’est comme ça qu’elle va rencontrer Lucien qui, a laissé ses élèves comme Céleste a laissé ses passagers. Edmond, pour sa part, va dans son bistrot  de quartier pour comprendre ce qui se passe et pourquoi plus personne ne bosse ou ne veut bosser malgré les objurgations présidentielles à la télé. Il s’aperçoit que les clients habituels, l’ivrogne, l’artiste maudit, le promeneur de chien sont aussi atteints par ce syndrome étrange, étudiés par des experts parce que du côté de l’Elysée, l’affolement gagne : la radio et la télé ne fonctionnent plus que de façon intermittente et les gardes républicains font preuve d’une grande désinvolture dans l’exercice de leurs fonctions. Quant au Premier ministre, il ne se lève toujours pas. Il est content : depuis que le téléphone ne sonne plus, ses acouphènes ont disparu.
Nathalie Peyrebonne fait une ou deux fois, au cours de Rêve général, allusion à Ferdinand Lop et à Georges Darien, deux sympathiques écrivains libertaires qui voulaient pour l’un prolonger le boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer et pour l’autre en finir avec toutes les églises, les armées et autres autorités constituées. On aime l’idée, en 2013, qu’une jeune romancière renoue avec cette tradition aussi poétique que politique et écrive : « L’ampleur du mouvement est presque impossible à évaluer avec précision vu la pagaille qui semble régner depuis quelques jours à la Direction centrale du renseignement intérieur. Là, comme partout, les gens sont ailleurs, font autre chose. »
Le rêve, quoi. Le rêve général.

Jérôme Leroy

jeudi 25 avril 2013

Grandola, c'est par où?

Dans le calendrier de notre zone chaviste libérée, et ce depuis la création de Feu sur le Quartier Général!, le 25 avril, jour de la Révolution des Oeillets au Portugal, est une date que nous commémorons dans un mélange de nostalgie et d'espérance. 
Il semble bien, en ces jours où le pouvoir refuse d'amnistier les syndicalistes en lutte, où la droite contre-révolutionnaire veut se refaire une santé sur le mariage gay, où les ouvriers se suicident, que nous aurions plus que jamais besoin d'un vingt cinq avril français.
En même temps, trouver des militaires d'extrême-gauche pour foncer sur Paris tout en s'arrêtant aux feux rouges, on ne vous le cache pas, ça va être coton.
Mais enfin, qui sait?



mercredi 24 avril 2013

Caroline Chérie est de retour et elle est très contente

Si tu veux aborder ces lectrices de Cecil Saint-Laurent, toi aussi, procure toi les deux volumes de Caroline Chérie réédités et préfacés par Arnaud Le Guern
Archipel, deux volumes, 17 marks cinquante.
Il apparait comme une évidence, plus le temps passe, que Cecil Saint-Laurent était un aussi grand écrivain que Jacques Laurent, ce qui n'est pas peu dire pour qui a goûté au labyrinthe des Corps tranquilles et au génie léger d'Histoire égoïste.
L'été dernier, sous la mauvaise et indispensable influence d'Arnaud Le Guern, on avait lu La Bourgeoise et les aventures sous l'Occup de Clotilde.
Arnaud Le Guern, précieux camarade, a de la suite dans les idées. Il vient de faire rééditer Caroline Chérie à l'Archipel, en deux forts volumes, comme on disait autrefois en librairie. En plus, il a écrit une préface. 
On a humé la chose, c'est stendhalien en diable, c'est à dire que ça ressemble beaucoup au bonheur, avec une manière d'énergie innocente qui semble avoir déserté le roman aujourd'hui. 
 
Madame, madame, réveillez-vous, vous êtes rééditée!

Norlande, meurtres au paradis

On parle de Norlande dans Côté famille

mardi 23 avril 2013

Ca n'a pas d'importance

Le mariage pour tous a été voté, y compris par le très lacanien Henri Gay-No devenu Henri Gay-Oui par un acte manqué assez carabiné.  Tout cela aurait pu nous laisser dans une aimable indifférence marxiste, les droits particuliers n'ayant jamais spécialement favorisé l'émancipation collective. Mais dans une partie des "manifs pour tous"  a ressurgi la lie putride d'une droite transcendantale-pétainiste qui s'est servie de cette loi sociétale pour cristalliser sa haine de la France de 1789, 1793, 1848, 1871, 1905, 1936, 1944, 1968 et même 1981. Alors on est très content. 
Et on souhaite aux futurs couples du même sexe la souveraine légèreté des Surfs, exemple d'un doo wop authentiquement national, que l'on a envie d'écouter par cette soirée orange et bleu de printemps

vendredi 19 avril 2013

Printemps français

"Ce fut comme un parfum et un tintement qui s'écoulèrent dans mes veines, ce fut comme un soleil qui se levait dans mon cerveau, et les vallées innombrables de ma conscience reprirent, répétèrent cette sonorité lumineuse et paradisiaque."
V.N, Le mot

jeudi 18 avril 2013

Retour à Ardis



Ce poème se trouve désormais dans Sauf dans les chansons (Table Ronde, 2015)


©jérôme leroy, avril 2013





mercredi 17 avril 2013

La DCRI avant la DCRI


On appréciera, particulièrement, de la part des ancêtres de Squarcini ou Bauer, déjà brillants sujets, l'intéressante notion "d'homosexuel à Paris". On constatera, aussi, qu'il y avait un tampon administratif pour "anarchiste" mais qu'il a fallu que le pandore zélé de ce temps-là rajoute manuellement les mentions "poètes" et, donc, "homosexuel à Paris"

lundi 15 avril 2013

Agathe a 17 ans. Claudia Cardinale non plus.

Bon, évidemment, on a beau se dire avec Chris Farlowe ou les Stones que le Temps est de notre côté, tu sais, ma chérie, 17 ans, quand même, hein...
On n'est pas sérieux quand on a dix sept ans, disait Rimbaud qui pourtant était très sérieux puisqu'il voulait changer le monde comme je compte sur toi pour le changer et que tu puisses vivre ta vie de femme dans un monde où le rapport à l'autre sera plus heureux et où l'égalité aura libéré la liberté.

Maintenant que j'ai bien pontifié, ma chérie, et que les années passant ta ressemblance avec Françoise Hardy jeune ne s'estompe pas, pour mon plus grand bonheur, il n'y a pas de raison qu'on ne s'en offre pas une petite pour la route





Sinon, dis donc, figure-toi que tu es née le même jour que Claudia Cardinale, une autre idole de Feu sur le Quartier General!

Bon anniversaire, ma chérie!

samedi 13 avril 2013

Portrait de l'artiste en pied de porc



Et si nous cessions d’avoir peur de la poésie contemporaine ? Non, sérieusement, arrêtons d’imaginer qu’elle se limite à des expérimentations post-mallarméennes avec trois vers par page et trois mots par vers. Ou, à l’inverse, aux épanchements un peu niais « des sous-préfets aux champs » quand un lyrisme niaiseux continue de dégouliner comme de la confiture de coing. Réconcilions-nous, voulez-vous, avec les poètes qui ont compris que le fait d’être lisible n’est pas rédhibitoire. Réconcilions-nous avec les poètes qui ont une parole joyeuse, charnelle, heureuse, drôle. La poésie n’est pas, ne peut pas être uniquement l’affaire de jeunes femmes chlorotiques et de laborantins du verbe subventionnés par les conseils généraux.
Lisons, par exemple, Jean-Pierre Verheggen. Il est belge, il a soixante-dix ans et il a derrière lui une œuvre où le rire et le plaisir, l’appétit et l’exagération, la pulsion et l’appétit  dominent visiblement. Oui, on découvre avec Jean-Pierre Verheggen que la poésie peut faire rire, d’un rire souverain qui réenchante le monde. Son dernier recueil ; Un jour je serai prix Nobelge, est une autobiographie foutraque, un bilan ironique, un solde de tout compte.
Le principe est simple : Verheggen estime qu’il est temps pour lui de connaître une gloire méritée. Pour ceux qui ont lu son Artaud Rimbur (Poésie/Gallimard), ils savent que cette prétention n’est pas illégitime. Après tout, ce qui importe, quand on écrit, c’est de faire jouir la langue dans des proportions considérables, par le jeu de mot, le mot-valise, le sens de la formule ou l’aphorisme. N’allez surtout pas imaginer, pour autant, que Verheggen se limite à un formalisme oulipien. Notre poète est un sensuel qui sait que là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie. Je défie d’ailleurs quiconque, sauf ceux qui souffrent du foie ou se laissent caresser par les bras maigres de l’anorexie, de ne pas saliver, physiquement saliver, à la description du pied de porc que le poète aime dévorer le dimanche, au Villance, sa taverne bruxelloise de prédilection : « Un entier pied (arrière de préférence ! le plus recommandé par tout bon charcutier) habilement désossé, détaillé en gros dés de gras, et maigres mêlés et reconstitué en salpicon dans sa forme initiale et sa chair qui ressemble à s’y méprendre – n’était-ce sa sapidité toute différente !-, à celle de la hure de porc marbrée ou du fromage de tête, mais en nettement plus goûteuse, croyez moi ! ».
Et il l’aime tellement ce pied de porc, le poète, qu’il en rêve les nuits précédant ce rendez-vous gourmand et qu’il se transforme en cochon lui-même, celui de la Pornokratès de Félicien Rops qui tient en laisse l’animal promis à la dévoration. C’est que le poète, si l’on en croit Apollinaire, est d’abord et avant tout « un enchanteur qui sait varier ses métamorphoses. »
Un jour, je serai prix Nobelge recense les raisons objectives et délirantes que le poète peut faire valoir pour accéder à la gloire anthume. Il nous donne son CV à travers des prix imaginaires, des diplômes improbables, des expériences professionnelles qui laissent rêveur comme ce poste de « Conseiller conjugal pour familles de mots recomposées » ou de « Chasseur de jeunes têtes poétiques (département Ressources humaines et. avenir de la versification) » : prière, donc, d « être en possession d’un master européen en alchimie verbale et avoir suivi une solide formation en génie lyrique et biotechnologie de la rime riche à haute valeur ajoutée.  Un atout (en plus) serait d’être titulaire d’un diplôme complémentaire en gestion des césures et des élégies ».

Seul concurrent sérieux pour Verheggen sur la route du prix Nobelge, Henri Michaux dont on lira un éblouissant pastiche. Mais pour le reste, il estime ne rien avoir à craindre de personne, même pas du « Flamand de Lady Chatterley ».
De toute manière, Verheggen a raison d'avoir confiance. Il a de sérieuses références, il a dirigé et publié dans la collection Freud Astaire quelques ouvrages remarquables comme Hystérix le grivois ou encore Mignonne, allons voir si ta névrose.
Et puis il a compris l’essentiel : pour ne pas être oublié, il faut finir dans « les Emmanuelle scolaires ».

Jérôme Leroy

Un jour, je serai prix Nobelge de Jean-Pierre Verheggen (Gallimard)

vendredi 12 avril 2013

Vers l'Ouest

Demain, on sera à Mauves sur Loire pour la 12ème édition de Mauves en Noir.
On est bien content, le nom est joli, c'est près de Nantes, il y aura du roman noir, des huitres et du muscadet.
On aura, aussi, une pensée pour les coeurs purs sur la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes.

mercredi 10 avril 2013

Michel Poiccard et Joss Beaumont ont 80 piges

 texte paru sur Causeur.fr



Bebel a eu 80 piges mardi On voudrait lui souhaiter un très bon anniversaire parce qu’on lui doit parmi nos émotions cinématographiques les plus précoces, les plus durables et les plus hétéroclites. Ça commence avec Le Professionnel de Lautner, dialogues d’Audiard. On va voir ça au cinéma avec une de nos premières petites amies. Joss Beaumont est un agent lâché par les services secrets, quelque part en Françafrique, qui revient se venger. Il y a le Paris du début des années 80, aussi exotique aujourd’hui que celui de Stendhal. Et puis il y a aussi ce duel avec Robert Hossein, « le commissaire Rosen de la Brigade sauvage » sans compter la musique fabuleuse d’Ennio Morricone que des pubards iconoclastes (pléonasme) ont ensuite utilisé pour de la boustifaille de clebs. Bebel meurt à la fin, avec classe. À cette époque-là, on faisait encore mourir les héros. Les happy ends n’étaient pas  une obligation du cahier des charges. On devait être un peu plus adultes.
Sinon, il y a aussi Le magnifique de Philippe de Broca. Années 70. C’est encore un film du dimanche soir sur la première chaîne, à l’époque : une ode magnifique et rigolarde à ces écrivains forçats de l’underwood qui sortaient des romans d’espionnage à la chaîne quand il y avait encore une littérature de gare et du populo qui préférait un bon roman du Fleuve noir à une bluette prétentieuse de Marc Mussy ou Guillaume Lévo. L’air de rien, c’est aussi un des films qui a le mieux compris la schizophrénie rêveuse des écrivains, c’est-à-dire comment se fait vraiment la littérature, grande ou petite.
Mais le rôle qui nous reste le plus cher, c’est quand même celui de Michel Poiccard dans À bout de souffle de Godard. On voit ce film plus tardivement, au ciné-club, quand on commence à comprendre que la Nouvelle Vague n’est pas une avant-garde, ou alors une avant-garde réactionnaire, ce qui est beaucoup plus drôle.
Avec Poiccard, Belmondo joue un grand garçon libertaire, truand maladroit, tueur par accident. Il décide de vivre intelligemment le laps de temps qui le sépare de son arrestation inévitable par les flics dont l’un est joué par l’écrivain chauve et poète délicieux Daniel Boulanger.
Pour ce faire, Bebel-Poiccard drague Jean Seberg qui vend le Herald Tribune sur les Champs-Elysées et, ce qui avait choqué à l’époque, il pisse après l’amour dans le lavabo de la jeune fille. Il lui a néanmoins demandé la permission, ce qui est une circonstance atténuante.  Mais surtout, dans À bout de souffle, il a cette réplique définitive qui devrait servir de devise à tous ceux qui désirent éloigner de leur espace vital les importuns, les fâcheux et les malfaisants :

mardi 9 avril 2013

Vous n'aurez pas l'Alsace et la Bretagne

paru sur Causeur.fr
Penser global, se bunkériser local?
alsace ue catalogne
Il faut bien qu’il y ait quelques bonnes nouvelles après un hiver interminable, un début de printemps glacial, des plans sociaux à la chaîne, des ministres plus très intègres et une droite revancharde qui cristallise sur le mariage gay son éternel procès en illégitimité dès qu’un gouvernement de gauche est au pouvoir (et pourtant celui-là, ce n’est quand même pas Allende).
La bonne nouvelle, c’est que deux départements, en Alsace, ne vont pas disparaître. Le département, c’est l’ADN de la République tandis que la Région, c’est l’ADN de l’Europe ou celui de l’Allemagne avec ses Länder mais par les temps qui courent, ça revient au même, Allemagne, Europe…
Il y a quelque chose qui tue plus certainement l’exception française que la soumission aux critères néo-libéraux de Bruxelles ou de Berlin comme cette loi sur la flexibilisation du travail qui vient d’être votée à l’Assemblée dans l’indifférence générale. Ce quelque chose, c’est la façon dont l’UE tente tranquillement de détruire les Etats afin d’asseoir son pouvoir sur les régions qui sont des morceaux moins gros à avaler et plus faciles à digérer. Pour cela, il suffit de mélanger subtilement la souffrance sociale et la pulsion identitaire. Ça marche du feu de Dieu en Espagne, cette « communauté de nations » qui semble sur le point de les perdre les unes après les autres, comme le Pays basque ou la Catalogne qui sont quasiment en sécession. Mais on pourrait aussi parler du Royaume-Uni et de l’Ecosse, de la Belgique et de la Flandre, de l’Italie et de la Lombardie. Ça craque forcément, à la longue. Au début, on ne veut pas payer pour les chômeurs de son pays et à la fin on ne veut plus faire partie du même pays que les chômeurs. Penser global et se bunkériser local, pour détourner un célèbre slogan altermondialiste.
La main de l'UE dans la culotte de l'Alsace (allégorie)

La France, elle, résiste au moins sur ce point-là. C’est que de Louis XIV à De Gaulle en passant par Robespierre, il y a une continuité dans l’idée que la France, c’est autre chose qu’un conglomérat de danseurs folkloriques qui parlent le patois. On nous a bien forcé la main pour signer la charte sur les langues régionales, il n’empêche que les écoles Diwan ne reçoivent pas de financement de l’Etat et que les Corses, dès qu’on leur demande leur avis comme en 2003, ils préfèrent rester Français.
Le camouflet du non alsacien ne s’adresse pas, comme on peut le lire ici et là, à une classe politique qui ne montrerait pas ces jours-ci son meilleur visage. Non, ce camouflet est  dans le refus plus ou moins conscient d’un peuple (qui même en Alsace est d’abord le peuple français) de ce travail de sape géopolitique diffus où à force de multiplier les lois de décentralisation les plus idiotes puisqu’elles favorisent surtout les baronnies locales et la corruption qui va avec, on donne des idées à des régions qui ont une histoire particulière : les Basques, les Bretons, les Alsaciens, les Savoyards.
Alsacienne jacobine, région de Mulhouse

La sagesse de la république jacobine avait été d’éviter dans la mesure du possible que ces régions coïncident avec les anciennes provinces et les avaient découpées en départements. Vouloir les faire refusionner, c’est évidemment vouloir recréer un sentiment régionaliste qui le plus souvent est un sentiment identitaire, au sens extrême droitiste du terme. Allez donc vous promener en Flandre française pour voir à quoi ressemble politiquement la minorité de jeunes gens à la recherche de leurs racines. C’est édifiant.
Il faut être une nation, comme la nation française et son droit du sol, pour savoir qu’être un Français n’est pas une question de formule sanguine mais une articulation entre un sentiment d’appartenance et une ouverture à l’universel.
Cette articulation est la seule garantie d’une égalité entre les citoyens et ce qui a fait peur à certains électeurs de la gauche ce dimanche, c’est qu’une Alsace fusionnée ait pu obtenir des dérogations, par exemple, dans le code du travail. Un genre de nouveau concordat repeint aux couleurs du Medef.
Aux résultats de ce référendum, quelques vers d’Aragon me sont revenus en mémoire. Cela m’arrive souvent quand je suis content :

« Je puis dans mon jardin de Seine et Oise

Me promener ce soir avec de nouveaux yeux

Car la vie a repris son odeur de framboise. »

La Seine et Oise n’existe plus mais le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, si. Et c’est tant mieux.  Il ne nous reste plus qu’à attendre les premières framboises…

lundi 8 avril 2013

Intense émotion: une grande dame vient de nous quitter.

C'est avec une intense émotion que Feu sur le Quartier General a appris le décès de Margaret Thatcher.
Feu sur le quartier général s'associe aux mineurs du Yorkshire, à Boby Sands et aux neuf de Long Kesh, aux soldats anglais et argentins de la Guerre des Malouines pour présenter ses plus sincères condoléances à la famille de celle qui fut une des lumières de la révolution conservatrice.
Nous imaginons sans mal à quel point les familles Reagan et Pinochet doivent être également dans la détresse. Après avoir perdu Ronald et Augusto , ils perdent avec Maggie, une vraie sainte. Qu'ils soient eux aussi assurés de notre compassion.
Outre les films de Ken Loach ou Mike Leigh qui célèbrent les bienfaits de la modernisation anglaise, on recommandera quelques lectures qui permettront de mesurer avec quelle humanité et parfois une énergie certes un peu rugueuse, la dame de Fer (littéralement Stalina en russe) a su mener les réformes indispensables, forcément indispensables pour faire renaître une économie qui sombrait à cause des syndicats rouges et autre salopards d'assistés.


Et maintenant, pour nous consoler de ce deuil irréparable, un peu de poésie:

"Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux:
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons."

Charles Baudelaire, Une charogne

dimanche 7 avril 2013

Jacobin for ever!

La tentative pour briser la République une et indivisible à travers le referendum sur le statut de l'Alsace a connu un échec cinglant. Ce soir, c'est la défaite des régionalismes les plus rétrogrades, ces idiots utiles de l'Union Européenne néocapitaliste qui déteste les vieux Etats-Nations car ils sont l'ultime rempart des peuples contre l'esclavage programmé par les marchés.
Feu sur le quartier général! se réjouit donc de cette victoire posthume de Robespierre et de tous les héros du Comité de Salut Public.
Il donne rendez-vous le 5 mai, dans la grande manifestation pour la VIème république, à l'inititiative du Front de Gauche.
Il y a trop longtemps que les droitards tiennent la rue en prenant le prétexte du mariage gay pour mener une nouvelle guerre de classe.
Le Haut-Rhin reste un département et c'est tant mieux.


samedi 6 avril 2013

Parce qu'il y a un juke-box au Paradis

On a déjà écouté ça, par ici, en zone chaviste libérée. Ce n'est pas une raison pour ne pas, encore une fois, se faire plaisir. Viens danser, et évitons les balles.



Cahuzac, Houellebecq: en France tout finit par des livres.

une version de ce texte est en ligne sur Causeur.fr.
-->
La France fait beaucoup d’efforts pour se faire détester et se détester, ce qui revient finalement au même. Mais elle reste, au moins, une nation littéraire. C’est ce qui la sauvera toujours à nos yeux.
 Avec  le délai de décence qui s’impose, il sera intéressant de voir quel parti pourront tirer les romanciers de l’affaire Cahuzac ou plutôt de ce moment assez étrange où l’homme inflexible mentait aux autres autant qu’à lui même, pris dans cette irréalité du pouvoir qui isole et fait croire que votre parole est performative, comme disent les linguistes, c’est à dire crée la réalité en l’énonçant. « Je n’ai jamais eu de compte en Suisse » était une vérité pour Jérôme Cahuzac au moment il l’énonçait devant le président, le premier ministre, la représentation nationale, les médias. Ce déni de la réalité, quel  filon pour le romancier épris de psychologie des profondeurs !
image traumatisante
Il faut imaginer Jérôme Cahuzac se mentant à lui-même, d’abord et avant tout, se conformant à l’image publique de l’homme sévère, inflexible, champion de la rigueur de gauche, terrorisant ses collègues avec ses arbitrages tombant de toutes les hauteurs de Bercy, le vrai lieu de ce qu’il reste du pouvoir aujourd’hui. Il faut l’imaginer comme les héros de Simenon, en cavale intérieure, sachant malgré tout que tout cela finira mal dans une petite zone obscure,verrouillée, de la conscience.
Comment expliquer, sinon, toujours dans l’optique du romancier, ces aveux tombant au plus mauvais moment puisqu’ils n’ont laissé au gouvernement aucun délai pour préparer une stratégie de riposte ou au moins des contre feux. Jérôme Cahuzac a craqué, comme on dit mais vu la psychorigidité si manifeste du personnage, il a plutôt cassé dans un effondrement d’autant plus spectaculaire (ses proches disent qu’il craignent de sa part « une bêtise ») que son attitude jusque là avait gardé cette sérénité froide, presque hautaine. Une sérénité qui n’avait rien à voir avec un quelconque sentiment d’impunité et tout avec, encore une fois, cette certitude schizophrène qu'engendre l’exercice de hautes responsabilités. On est tellement habitué à créer et modifier la réalité par ses décisions que décider que l’on est pas coupable suffit pour un temps, mais au prix de quels refoulements, à penser que vraiment, on ne l’est pas, coupable.
Jérôme Cahuzac, héros de roman, n’est pas Raskolnikov, le sentiment de culpabilité ne l’a pas habité pendant des centaines de pages. Il est plutôt du côté des romans de l’ère du soupçon, en proie au solipsisme. Le solipisite, celui pour qui le réel est une projection de sa conscience et dont Schopenhauer disait qu’il était «un fou enfermé dans un bunker »
Cahuzac intéresserait-il Houellebecq ? Sans doute. Si nous citons ici l’auteur d’Extension du domaine de la lutte, c’est que lorsque que les gazettes ne parlent pas de Cahuzac, elles parlent de Houellebecq ! Oui, la France est ce pays où la parole d’un écrivain peut encore avoir une importance telle qu’elle fait la une d’un quotidien ou encore emplit de bruissements les news magazine, et pas seulement dans les pages culture ! Alors, Houellebecq, ancien exilé fiscal irlandais, de retour en France, serait-il l’objet d’un obscur scandale ?
Pas du tout, il va juste sortir le 17 avril...un recueil de poésie, Configuration du dernier rivage. Oui, vous avez bien entendu, un recueil de poésie ! La poésie contemporaine, en France, n’intéresse plus, même quand elle est écrite par de grands vivants qui ont déjà leur place dans les manuels comme Jacques Réda ou Philippe Jaccottet que quelques centaines de lecteurs. Là, Houellebecq va nous refaire le coup de Victor Hugo publiant Les Contemplations en 1856 et épuisant le tirage en une journée. On l’interroge sur tout, l’islam, la politique, le prix du mètre carré, le guide Michelin, et même... la poésie. Et c’est tant mieux pour la poésie qui est la raison du monde.
Décidément, il est bien étrange ce pays fragile qui est le nôtre où les ministres du budget pourraient devenr des personnages de roman et où un poète fait la une.
J’y vois, pour ma part, en ces temps assez inquiétants, un signe d’espérer. Mais il est vrai aussi que l’image que je me fais du Paradis est une bibliothèque...

mercredi 3 avril 2013

No comment




Il y a un petit bout de temps que je n'ai pas souscrit mot pour mot aux propos d'un socialiste. Il est vrai que ce socialiste est Gérard Filoche. Je connais, et pour cause, ce "patriotisme de l'organisation" qui caractérise les militants sincères. Cela dit, et même si on abandonne pas un bateau dans la tourmente, on rappellera à Filoche qu'il est bienvenu au PG ou au PCF.

mardi 2 avril 2013

Oui, Il est vivant!

....mais on n'aura plus de chance de Le trouver sous la forme d'une jeune fille qui lit Rimbaud dans une cabane de Notre Dame des Landes que dans "la manif pour tous" avec ses fantasmes pinochétistes de plus en plus clairs
Ou alors tentez aussi les barrios d'Amérique Latine, au Venezuela, en Bolivie, en Equateur ou au Brésil. 
Ou les piquets de grève de la paupérisation programmée en Europe Occidentale
Enfin bref, Il n'est pas là où on L'attend, c'est certain. Même Johnny, sur des paroles de Labro avait compris ça dans les seventies.