lundi 30 avril 2012

Ada ou l'ardeur, deux autres retombées

"Le velouté d'un bras, le bleu pâle des veines au creux du coude, l'odeur de bois brûlé d'une chevelure éclairée d'or bruni sous l'abat-jour de parchemin diaphane..."

"Son élan solitaire et rapide consuma à rebours toutes leurs années de séparation, lorsque l'étrangère qui portait maintenant la haute coiffure à la mode redevint la petite fille en noir, aux bras pâles, qui n'avait jamais cessé de lui appartenir."

dimanche 29 avril 2012

Qu'il n'y a pas de Coppola mineur: Twixt



paru sur Causeur.fr
A quoi reconnaît-on un génie, que ce soit en peinture, en littérature ou au cinéma ? Sans doute au fait qu’aucune de ses œuvres ne puisse être qualifiée de mineure. Il n’y a pas de petit Monet, de petit Balzac ou de petit Godard. On peut sans doute trouver de petits Chabrol, de petits Simenon ou de petits Balthus. C’est que l’on a affaire à de grands maîtres, pas à des génies.
C’est donc à l’aune d’un film comme Twixt, présenté comme un Coppola mineur, voire un Coppola de transition que l’on pourra interroger le statut de Coppola. Coppola, on le connaît d’abord et surtout comme l’auteur de quelques grands opéras baroques du cinéma hollywoodien dont le souffle impressionnant d’italo-américain dopé à l’outrance somptueuse et à l’hyperbole maniériste ne trouve d’équivalent que chez un Brian De Palma. Même le moins cinéphile des spectateurs a été transporté durablement par Apocalypse Now, Le Parrain ou Dracula, lequel a paradoxalement renouvelé le mythe en collant au roman de Bram Stoker car Coppola sait, comme tout grand créateur, que seule la tradition est révolutionnaire.
Il est parfois arrivé à Coppola de connaître de monumentaux échecs commerciaux. Dans ces cas-là, il accepte des films de commande qui se révèlent tout aussi poignants, subtils et élégants, jusque dans leur économie de moyen. Que l’on songe au délicieux Peggy Sue s’est mariée où Kathleen Turner, trentenaire désabusée des années 80 se retrouve, par on ne sait quel sortilège, projetée dans sa jeunesse au cœur des années 60, quand l’Amérique était encore innocente et que la vie semblait remplie de grandes espérances dansant au rythme du rock, du twist et du doo wop.
Twixt
n’est pas un film de commande, c’est pourtant le film tourné par un homme à qui Hollywood ne donne plus les moyens d’antan. Et alors, quelle importance ? Puisqu’au bout du compte on retrouve sa poésie visuelle, la même que celle de Rusty James alliée à une réflexion sur la culpabilité et le deuil, le tout servi sous les allures d’un film gothique d’épouvante qui joue sur tous les codes du cinéma bis et même du « giallo », ces polars horrifiques qui furent une spécialité italienne des années 60 et 70.
L’histoire simple, belle et déchirante de Twixt nous est racontée dès les premiers plans par la voix merveilleusement éraillée de Tom Waits. On commence par une série de clichés transcendés par l’utilisation du numérique que Francis Ford Coppola sait parfaitement dompter.
Nous sommes dans une petite ville américaine perdue, avec son sheriff et son hôtel abandonné où eut lieu un affreux massacre. Un loser à bout de course y arrive un peu par hasard. Ce n’est pas un flic paumé ou un truand en cavale, mais un écrivain alcoolique qui ne vend plus, un spécialiste du récit d’épouvante, un Stephen King à la ramasse qui en est réduit à dédicacer ses livres dans des magasins de bricolage. Il est incarné par un Val Kilmer épaissi et dépressif qui promène sa lourdeur candide entre deux dimensions qui se mélangent dès le début, présent et passé, rêve et réalité, symbolisées par la seule curiosité touristique du lieu : un beffroi à sept faces avec sept horloges dont aucune, évidemment, n’indique la même heure.
Quand le sheriff, qui lui aussi se pique de littérature, lui propose une coopération flicardo-littéraire pour écrire un roman sur des meurtres d’enfants non élucidés, il accepte mollement, défoncé au bourbon et aux médocs. C’est alors à une enquête hypnagogique d’une incroyable beauté plastique que nous convie Coppola. Dans cet hinterland mental et onirique, l’écrivain aura pour guides Edgar Allan Poe lui-même (Ben Chaplin) et une jeune vampire en robe de dentelles blanches avec trop de rouge sur les joues et un appareil dentaire d’adolescente poussée en graine (Ellie Fanning).
Il ne s’agira pas pour l’écrivain, bien entendu, d’élucider autre chose que les raisons de l’immense chagrin qu’il porte en lui : la mort de sa fille décapitée par un filin alors qu’elle faisait du ski nautique, ce qui est arrivé au propre fils de Coppola, exactement dans les mêmes circonstances.
Non, décidément, il n’y a pas de Coppola mineur et Twixt en apporte une preuve à la fois éblouissante et sombre, comme le clair de lune argenté qui baigne ce film mouvant, à la poésie désespérée.

samedi 28 avril 2012

L'invisible


 Paru dans l'Humanité du jeudi 26 avril


-T'as pété? -Non, j'ai voté Front National
Je m’appelle Maréchal. Philippe Maréchal. J’habite à Serigny-le-Cocu, dans la Sarthe. On est 231 inscrits. Il y a eu 130 voix pour Marine Le Pen. Dont la mienne. Et j’en suis fier. Je suis « la France invisible ». Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Jean-Pierre Pernaut sur TF1. Je suis la France qui travaille, moi. Pas comme tous les assistés. Je vais voter Sarkozy au deuxième tour. Sarkozy a compris le message. Assez d’assistanat. Assez d’Arabes. Assez d’insécurité.
Par exemple, la semaine dernière, au bal du samedi de Trouvallé-le-Minus, le fils Maudru a pissé sur l’orchestre et il s’est battu avec le bassiste. L’insécurité, c’est un drame, je vous dis. Il a fallu faire venir une ambulance du Mans. Oui, il n’y a plus de médecin à Serigny-le-Cocu ni à Trouvallé-le–Minus. Forcément, avec l’insécurité. Il n’y a plus de Poste non plus et ça c’est aussi de la faute à l’insécurité.
Le fils Maudru, toujours, ce voyou. Il est pas immigré, mais c’est tout comme : il vient de Biroute-La-Tondue près de Jouy-en-Consanguine, à 15 bornes. On appelle le bled Biroute-la-Tondue à cause de ce que le village a tondu une fille qu’avait couché avec les Allemands. Faudra penser à tondre celles qu’ont couché avec les Arabes, un jour.
En même temps, comme Arabe, je connais que Mouloud, le chauffeur du bus scolaire. Un assisté qui bosse dix heures par jour pour conduire nos enfants blancs à la dernière école du canton. Parce que quand il s’agit d’ouvrir des centres fermés avec la télé et cent vingt chaînes et des piscines pour les voyous, ça de l’argent, y’en a. Mais pour les écoles, rien. Faut faire des vingt bornes. Des fois ça me rend nerveux qu’un Arabe conduise les mômes. Vous me direz, au moins, il ne boit pas. Et moi j’ai plus le permis à cause de la gnole.  Bouilleur de cru de père en fils. La gnôle, on en faisait déjà quand mon aïeul, il est parti régler son compte aux Communards, avec les bataillons de la Garde Nationale de l’Ouest.
 Moi, des enfants, j’en ai six. Manquerait plus que ma femme, la Josette, avorte de confort ou prenne la pilule comme ces salopes du Mans.  Je vais jamais à la messe mais j’ai des racines chrétiennes. Y a pas que les bougnoules qu’ont de la religion. Faut pas croire.
Les allocations familiales, je les mérite. Comme je mérite l’allocation adulte handicapé pour mon ainé de 25 ans qui est un peu retardé. A Serigny-le-Cocu, les mauvaises langues disent que c’est parce que la Josette l’aurait fait avec son frère.
Mais bon, on n’est pas des assistés quand même, on est des invisibles.  C’est la télé qui le dit, donc c’est vrai. C’est comme les subventions de Bruxelles pour que je me tourne les pouces et que je fasse pas trop de lait ni de céréales, je les mérite aussi. Pas comme cette feignasse de Mouloud qui fait le prétentieux parce que sa fille est au lycée, au Mans. Elle a eu une bourse. Avec mes impôts, évidemment.
Et la préférence nationale, alors ?
Donc, le premier mai, je serai à la Concorde, à la fête du « vrai travail » comme elle a dit Marine Le P.., euh pardon, comme l’a dit Sarkozy. Je les confonds en ce moment.
Et les copains dans le car, quand j’arriverai avec les mômes et Josette, ils feront : « Ah, enfin, Maréchal, te voilà. »
Et ils rigoleront.
Un jour, faudra quand même que je leur demande pourquoi.


Jérôme Leroy


vendredi 27 avril 2012

Présomption d'innocence pour le sarkozisme














...comme pour les policiers gagmen qui réclament une "présomption de légitime défense" et manifestent en contravention totale avec la loi. Présomption d'innocence, donc, pour le sarkozisme: non, l'idée d'un Premier Mai autour du "vrai travail" n'a rien à voir avec le pétainisme. Ce genre de parallèle facile et indigne ne déshonorent que ceux qui s'y livrent. Rien ne peut légitimer de tels rapprochements, pas le moindre document...
C'est à ses talons aiguilles exagérés que l'oeil acéré du sarkoziste repère une fausse travailleuse. Celle-ci est doublement suspecte car elle lit un livre.

mercredi 25 avril 2012

25 de Abril

Comme chaque année, Feu sur le Quartier General commémore la plus jolie, la plus douce, la plus aimable et la plus sexy de toutes les révolutions, celle dite des Oeillets qui renversa la plus vieille dictature d'Europe le 25 avril 1974, celle de Salazar et de son pâle successeur Caetano. En cette période d'entre deux-tours, on rappellera que le corpus idéologique du salazarisme est cependant légèrement à gauche du sarkolepénisme ambiant.


mardi 24 avril 2012

Pourquoi je vais voter François Hollande, et vite encore...

Je ne voudrais pas me faire de la pub, mais ça sent Le Bloc
Comme nos aimables abonnés le savent, la politique sanitaire de ce blogue prévoit, en cas de photo traumatisante ou toxique,  un contrepoison célébrant la beauté, la sexité, la douceur, le temps libéré. Le voici:
Bien que marxiste-léniniste convaincue, j'irai dès le 6 mai à l'aube voter pour François Hollande, ours savant de la social-démocratie, certes mais qui sera une garantie minimale contre la camarilla préfasciste et ethnolibérale actuellement aux portes du pouvoir

lundi 23 avril 2012

Total gauche

Dans un monde de droite que la Finance et l'UMP ont transformé en disneyland préfasciste et ethnolibéral, 11% et des bannettes de total gauche, ce n'est pas si mal. 
C'est même très bien. 
On a fait des révolutions avec moins de monde.
Ne jamais oublier, en plus, que leur "réel" est une construction idéologique pour masquer la baisse tendancielle du taux de profit. 
Nous sommes vivants et ils sont morts.
A bientôt

dimanche 22 avril 2012

A voté (Mélenchon)!


Et maintenant, chantons avec The Crests qui ont parfaitement compris que l'insurrection civique se fera pas à pas, et que le premier, c'est ce soir.


vendredi 20 avril 2012

Pain, amour et internationalisme

 

 Lettre de soutien du président équatorien Correa, un des leaders de l'Alba.

 

Cher Jean-Luc,

Les injustices et les inégalités générées par un système basé sur le pouvoir de quelques uns et l’exploitation de la majorité, ont poussé, en Amérique latine, les citoyennes et les citoyens à s’unir pour redéfinir notre destin. La vérité, l’honnêteté, la force, la créativité et la simplicité des grandes idées résident en nos compatriotes et avec eux nous construisons ce futur que nous appelons tous de nos vœux.

En Amérique latine, ce système qui mettait le capital au-dessus de l’humain et les intérêts corporatistes au-dessus des droits citoyens s’est définitivement éteint. En Équateur, cela s’est traduit par le mot d’ordre du peuple : « Qu’ils s’en aillent tous! » Et c’est ainsi que nous avons débuté une révolution citoyenne destinée à changer les structures du pouvoir et à instaurer le bien vivre pour toutes et tous. Nos pas ne sont pas guidés par les recommandations du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, mais par une nouvelle Constitution, adoptée directement par le peuple, et dont les droits de l’homme constituent la colonne vertébrale.

Le nouveau Front de Gauche que tu mènes est une référence pour les mouvements progressistes de toute l’Europe, nous sommes sûrs que vous saurez affronter les défis posés par ce moment historique de la réalité européenne. Ce soutien populaire croissant est une preuve que l’Europe peut, elle aussi, surmonter le fondamentalisme néolibéral qui fait subir aux citoyens le coût de la crise, repoussant ainsi les aspirations sociales et enracinant les inégalités.

Les propositions sociales que tu fais ont d’ores et déjà commencé à être stigmatisées par les grands médias, lesquels te qualifient de « populiste » et « démagogue » : bienvenue dans la lutte, il s’agit là de la réaction du capital, lorsque se profilent les politiques et les mesures au bénéfice des travailleurs, des salariés, de la grande majorité.

Reçois, cher Jean-Luc, au nom du gouvernement de la Révolution citoyenne, de tous les révolutionnaires de l’Équateur, et de moi même, le soutien à ton projet de société au service de ton pays. Ici comme en France a sonné l’heure de la Révolution citoyenne et de la marche vers un avenir fait de vie et de paix, fruits de la justice.

Nous saluons ta reconnaissance envers le travail quotidien que des millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens menons avec cohérence et volonté pour transformer radicalement et profondément les structures d’une réalité économique, sociale et politique qui nous avait plongés dans la pauvreté, la dépendance et le sous-développement.

Nous te souhaitons, compañero, le succès dans cette élection présidentielle. Compte sur notre solidarité militante.

Hasta la victoria Siempre,

Rafael Correa Delgado
PRÉSIDENT CONSTITUTIONNEL DE LA RÉPUBLIQUE

Une presse régionale avec des titres qui vont bien

Un des derniers quotidiens régionaux tenus par de la racaille cryto-communiste.

Je viens de recevoir ça...

Je viens de recevoir ce mail qui est assez drôle tout de même car ses liens renvoient à un site d'informations politiques inintéressantes mais apparemment neutres.


   De: Votezélections2012jerome.leroyXXXXXXXXXXX
à
date 20/04/12 09:08
objet La France bientôt communiste ? Réagissez et votez pour vos idées.


J'oublie toujours assez vite que l'anticommunisme est la chose du monde la mieux partagée et qu'il est, en plus, une passion malheureuse. 
On s'obstine pendant des décennies à affirmer que tout communiste est un chien, que le marxisme porte en lui la vérole totalitaire comme la nuée l'orage, on a toutes les chaines de télé, tous les journaux pour étaler sa haine du rouge pendant des décennies. Et voilà que ces enragés de Français vont quand même voter, peut-être à 15%, peut-être plus, pour ces idées monstrueuses. 
Et que tous ceux qui ont suivi d'un peu près la campagne de Méluche se rendent bien compte que la lutte des classes est de retour et que le temps des moutons fatalistes est terminé.
C'est à désespérer, non?
Alors réagissez et faites comme moi, votez pour vos idées (et faites l'amour sur l'Internationale):

jeudi 19 avril 2012

Avec Sylvie, à Brive, en attendant Jean-Luc

Le temps est très moyen mais la lutte des classes est de retour: ça compense.

lundi 16 avril 2012

Du romantisme

Paru sur Causeur


Le romantisme n’a jamais eu bonne presse en France. La preuve, il s’est réduit dans le langage courant à un synonyme de l’émoi amoureux, un émoi un peu sucré qui a fait le bonheur des chanteurs à minettes en ce temps béni où même les paroles des mélodies yéyés n’étaient pas dépourvues d’une certaine beauté. Ainsi se souvient-on de Pascal Danel qui conseillait, non sans arrière-pensée, de laisser la plage aux romantiques car ce soir il voulait aimer sa partenaire « à sa façon ». Ce ne sont pas des personnalités aussi différentes que Hugo, Novalis, Turner, Garibaldi, Chopin, Lamartine, Delacroix ou Pouchkine que Pascal Danel voulait laisser sur le sable et face à la mer. Non, simplement, dans la ritournelle du chanteur de charme, le romantique était juste un type un peu niais, un sentimental qui allait se contenter de se promener la main dans la main sur les dunes avec l’être aimé plutôt que de passer aux choses sérieuses.
Comment est-on arrivé à ce glissement sémantique ? Le magnifique et monumental Dictionnaire du Romantisme (CNRS éditions), sous la direction d’Alain Vaillant, répond largement à cette question dans une éclairante et substantielle préface aux 649 articles qui sont proposés au lecteur. Nul n’aura besoin d’être un érudit pour se promener dans un ouvrage qui s’intéresse aussi bien aux artistes qu’aux personnages politiques, aux pays qu’à des notions comme la folie, le génie, l’enfant ou le chaos vus au prisme de ce qui a concerné, sur un siècle au moins, l’ensemble de l’Europe et une bonne partie du monde. Qui connaissait, par exemple, Rafael Pombo, poète et diplomate colombien, auteur d’un poème de 610 vers, L’heure des ténèbres, qu’il aurait écrit en pleine crise d’angoisse métaphysique alors qu’il était en poste aux Etats-Unis, après avoir lu Le désespoir de Lamartine.
Alain Vaillant n’élude pas cette question du dépérissement d’un mot. " Le romantisme a reflué hors du terrain politique pour se cantonner au niveau de la sphère individuelle, agissant alors comme une vague disposition psychologique de l’esprit, prédéterminant inconsciemment les comportements de l’homme occidentalisé, (ou « mondialisé », ce qui revient au même). Dans cette optique, on doit reconnaître que le vrai fond culturel de nos sociétés de consommation demeure un romantisme résiduel et abâtardi, où l’on rencontre en vrac le goût pour le mélodrame, une sensibilité diffuse, un idéalisme abstrait et pétri de bons sentiments, le sens romanesque du sensationnel ou de l’émotionnel."
Le plus féroce critique de cette « romantisation » des mentalités, en France, fut sans doute Charles Maurras, le théoricien de la monarchie et du nationalisme intégral qui se livre à une attaque en règle, notamment dans Les Amants de Venise ou Romantisme et Révolution, reprochant au romantisme d’avoir refoulé l’héritage classique, gréco-latin de la France au profit des mythes germaniques. En effet, à Maurras comme à beaucoup d’autres, le romantisme est apparu comme un produit d’importation suspect venant d’Allemagne ou d’Angleterre et amenant avec lui et dans le désordre, la brume, le pathos, les fantômes, les pratiques addictives en matière de drogue, le culte de la jeunesse et des barricades, l’attirance morbide pour le suicide, l’entrée du peuple et de la canaille en littérature comme dans Les Mystères de Paris d’Eugène Sue ou Les misérables de Hugo, une certaine féminisation du monde, une survalorisation du sentiment contre la raison, le tout ayant eu pour conséquence désastreuse un bon nombre de révolutions dont la première et la plus cauchemardesque de toutes : la Révolution Française.
Il y a, on le comprend avec ce Dictionnaire, une politique romantique, une façon romantique d’en faire. Cela consiste aussi bien à aller mourir pour une cause étrangère comme le fit Byron dans la guerre d’indépendance grecque, à se présenter aux présidentielles comme Lamartine en 1848 (qui fera un score cheminadien) parce que l’on considère le poète comme un prophète, ou encore à échafauder des utopies socialistes comme le feront Fourier, Saint-Simon ou Cabet. Utopies que moqueront d’ailleurs cruellement Marx et Engels qui marquent de leur côté un retour au réalisme et à un désir de validité scientifique en la matière.
Sauf sur quelques points précis, comme le Victor Hugo des débuts, séduit par la monarchie comme on est pris par le charme d’une ruine d’Hubert Robert, le romantisme est en effet tout au long du XIXème siècle attaché à des mouvements d’émancipation des peuples, de la Pologne à l’Italie en passant par la Grèce ou même la Belgique, une jeune nation née en 1830 où le romantisme devient presque un art national, tout en étant aussi (déjà) un moyen pour les Flamands de revendiquer leur spécificité notamment à travers l’œuvre de Guido Gezelle. Mais cette émancipation collective s’accompagne aussi d’une émancipation individuelle que l’antimoderne juge proche de l’aveuglement pour ne pas dire de la bêtise. C’est Flaubert, par exemple, reniant ses écrits de jeunesse et donnant avec Madame Bovary l’archétype de la femme auto-intoxiquée par le romantisme et ses carrosses qui roulent au clair de lune.
Et pourtant, Alain Vaillant dans sa préface, n’en démord pas et veut dépasser la fausse opposition que les antimodernes, y compris Muray dans son XIXème siècle à travers les âges ont voulu voir entre romantisme et réalisme : le romantisme, sans doute le premier mouvement globalisé de l’Histoire, a libéré l’imaginaire comme jamais ce ne fut fait auparavant, ce qui n’empêche pas, au contraire même, « une reconnaissance lucide du réel, pour cette raison suffisante qu’il est le réel. A la condition cependant de ne pas abdiquer la liberté de le juger ni la volonté d’agir sur lui. »
Romantiques de tous les pays, unissez-vous !
Le dictionnaire du romantisme, sous la direction d’Alain Vaillant (CNRS édition.)

dimanche 15 avril 2012

Agathe a seize ans aujoud'hui

Alors une petite play-list de chanteurs aulde scoules qui te souhaitent comme moi un très bon anniversaire, ma chérie.

With love from Brive

Mare Nostrum et Front contre Front.

Le peuple français, mon peuple français, c'est celui défini par Mélenchon à Marseille. Et ça fait du bien de l'entendre quand ces dernières années, en pleine furie capitaliste, on a entendu dans les plus hautes sphères de l'état un discours d'un cynisme sans précédent pour chauffer à blanc les haines ethniques. 
Je ne sais pas si le FDG passera devant le FN dans une semaine. 
Je sais simplement que d'ores et déjà les idées de MLP ont reculé. Et pas grâce à un PS éludant la question ou à du boboïsme de pistes cyclables.
Grâce à nous qui n'hésitons pas à dire que ce n'est jamais l'Arabe, le Juif ou le Berbère, l'ennemi, le Rom ou le Malien mais l'hypergebourgeoisie compradore de la Finance.
C'est ça aussi, l'intelligence et le courage du FDG et de son candidat Jean-Luc Mélenchon: apprendre à ceux à qui on a menti sur tout depuis cinq ans, qu'ils se trompent de colère.

 

Discours Jean-Luc Mélenchon au Prado par PlaceauPeuple

vendredi 13 avril 2012

Eros français, Eros secret


 Paru dans Causeur Magazine
En son temps, aux éditions Seghers, le regretté Marcel Béalu avait publié une admirable anthologie de la poésie érotique française. Il avait montré, notamment, que peu de poètes, même dans ceux qui sont révérés dans les manuels scolaires, avaient échappé à la tentation de célébrer le sexe, parfois dans des termes extrêmement crus. Il avait aussi donné une place importante aux surréalistes dont on sait que l’amour fou fut la grande préoccupation. A l’époque, d’ailleurs, Béalu ne pouvait encore affirmer avec certitude que l’auteur du Con d’Irène, cette longue méditation en prose centrée autour d’un sexe de femme, était Louis Aragon. On le sait maintenant et on en retrouvera un extrait  dans Eros Emerveillé, anthologie de 350 poèmes choisis par Zéno Bianu pour la collection Poésie/Gallimard : « Touchez, mais touchez donc : vous ne sauriez faire un meilleur emploi de vos mains. »
Dans Eros Emerveillé, on saluera le souci d’exhaustivité pour rendre compte de cette poésie secrète et joyeuse, obscène et lyrique, dangereuse et subversive. Il est parfois arrivé, en effet, que l’on meure pour avoir écrit des vers trop sulfureux à l’exemple de Claude Le Petit, brulé vif à vingt trois ans en 1667 pour « blasphèmes et impiétés » mais qui a eu le temps de laisser le Bordel des Muses, un de ces textes obsessionnels où l’écriture se confronte à ses propres limites de manière étonnamment moderne : « Foutez-tout, mais souffrez aussi/Si vous foutez dans l’autre monde/Que nous foutions dans celui-ci ! »
Bien sûr, Eros émerveillé recouvre sous le vocable d’érotisme des choses bien différentes. On aura le droit de trouver ennuyeux  l’érotisme intellectualisé de Georges Bataille et de ses épigones qui ont une fâcheuse tendance à confondre le sexe et la métaphysique, le sexe et la politique, le sexe et la transgression en oubliant au passage que le sexe est aussi, simplement, le sexe. On pourra aussi, à l’inverse, se lasser de la gauloiserie systématique de certains poètes dont on sent bien qu’ils se livrent à un exercice de style presque obligé et désarment par le rire le trouble qu’ils ne veulent pas éprouver.
Mais, il s’agit là, bien entendu, d’une appréciation purement subjective de votre serviteur qui reste lui fasciné par l’équilibre magique qu’a trouvé le grand Guillaume Apollinaire entre ces deux tendances contradictoires que sont la chanson à boire et la méditation torturée. Et comme il n’y a pas de hasard,  Apollinaire se trouve, dans Eros Emerveillé qui a adopté un classement chronologique, au centre géométrique du recueil, à mi-chemin entre Eustorg de Beaulieu « Cul enlevé trop mieux qu’une coquille » et Sophie Loizeau, née en 1970, « faille aînée/ qui sève/ d’être vue »,  et il peut continuer de chanter, sous les obus de 14, les neufs portes du corps de Madeleine : « Tu l’ignores, ma vierge ? A ton corps sont neuf portes/J’en connais sept et deux me sont celées. »
En tout cas, Eros émerveillé, en des temps où une forme de pornographie obligatoire est devenue la meilleure garantie du néo-puritanisme, se révèle indispensable pour les poètes et les amants, qui sont souvent les mêmes, clandestins, heureux, libres.

jeudi 12 avril 2012

1914-2012

"La mort n'éblouit pas les yeux des partisans."

mercredi 11 avril 2012

Meg Ryan: pour elle, c'est Jean-Luc Mélenchon, sans aucun doute



Pour ceux qui ne comprennent pas l'Anglais, Meg Ryan répond ici à une question simple de Billy Crystal: "Tu penses quoi du vote Front de gauche?"

Ceci, uniquement histoire de répondre à la très mignonne invitation à l'abstention que l'on peut voir chez l'ami Serge Quadruppani

mardi 10 avril 2012

La Marseillaise, l'Internationale et Le ciel, le soleil et la mer

La Marseillaise parce que nous sommes les héritiers de la Révolution Française.
L'Internationale parce que nous articulons sans cesse le particulier et l'universel.
Et Le ciel, le soleil et la mer parce que l'insurrection civique et la révolution par les urnes qui auront lieu de toute façon devront très vite mettre en avant la transition vers le communisme poétique, sexy et balnéaire.
Alors, Rouget de Lisle, oui.
Eugène Pottier, évidemment.
Mais, camarades, n'oublions pas François Deguelt.
Pour qui sait écouter, Le ciel, le soleil et la mer reprend quelques uns des thèmes essentiels de la candidature Mélenchon et du programme L'humain d'abord: redistribution des gains de productivité sous forme de temps libre, planification écologique, décroissance soutenable, simplicité volontaire mais néanmoins sensuelle. Nous proposerons donc, lors des travaux de l'Assemblée Constituante qui préparera la VIème république que la chanson de François Deguelt soit chantée lors de toutes les réunions officielles du nouveau régime.


lundi 9 avril 2012

On parle du roman noir et de Mélenchon dans le Monde

Dashiell Hammett, icône du chic communiste
Dans le Monde daté de dimanche-lundi, on a donné une tribune pour expliquer pourquoi comme  citoyen, autant que comme auteur de roman noir, pour nous, c'était Mélenchon. Il n'y aura rien de nouveau pour nos habituels lecteurs, sinon peut-être l'articulation entre l'un et l'autre pour expliquer notre vote.

Demain, la Gauche

vendredi 6 avril 2012

Les paniquards

Oui, des communistes, je te dis! Partout! Oui, en France! En 2012! Mais que fait la troupe?
Mélenchon en troisième homme, un discours de gauche révolutionnaire, et voilà la bonne vieille peur du rouge et du partageux qui est de retour.
Je ne sais pas quel sera le résultat final, mais avoir vu le vilain vent anticommuniste se lever de nouveau, ça vous à un côté vintage qui ne peut que me réjouir. 
Surtout quand j'irai voter pour Mélenchon au second tour.

Ada ou l'ardeur, par exemple

"Je ferais bien de commencer à dater les pages de ce manuscrit. Par égard pour mes rêveurs inconnus."

"Parlons de hamacs et de miel...Quatre vingt ans plus tard, il se rappelait encore avec la fraîcheur poignante de la première joie comment il était tombé amoureux d'Ada."

"Chaque fois que nous nous rappelons ce que nous fûmes, nous retrouvons ce petit personnage avec sa longue ombre, visiteur incertain et tardif, arrêté sur le seuil lumineux, tout au fond d'un couloir obscur, qui va se rétrécissant dans une impeccable perspective."

Vladimir Nabokov, Ada ou l'ardeur

Château de Queluz, juillet 2010 ou bien château d'Ardis, on ne sait pas trop quand...

mardi 3 avril 2012

Celui-là, je le garde...

Celui-là, je le garde. 
Pour plusieurs raisons: il marque mon retour de Quais du Polar, à Lyon où j'ai fait de belles rencontres: Elsa Marpeau et Karim Madani, la jeune garde de la Série Noire;  Thomas H.Cook et Deon Meyer dans des débats qui faisaient salle comble dans la belle chapelle baroque de la Trinité. Il y eut aussi un autre débat, avec Serge, Elsa et Olivier Bordaçarre sur les écrivains face aux élections. C'était amusant surtout quand on sait que Serge reste sur une ligne dure: "Elections pièges à cons" comme l'aristocrate de l'ultragauche libertaire qu'il est et néanmoins meilleur ami qui se puisse imaginer. Et puis un amical et fraternel salut à Joël H., taulier du blog La Crevaison depuis le début dans la bloguerolle de FQG, qui a trouvé le temps de m'offrir une bouteille de Croze-Hermitages pour notre premier contact dans la vie réelle, si tant est qu'un festival de polar ait un rapport avec la vie réelle.
Si je garde ce billet, c'est aussi qu'il témoignera, si les choses devaient justement mal tourner d'un point de vue électoral, que malgré des attaques incessantes, il existait encore dans ce pays un service public qui permettait de se rendre un dimanche d'une ville à une autre en train selon un itinéraire hautement improbable mais qui au moins pouvait éviter la bagnole.
Et puis, surtout, je le garde pour la partie Clermont-Ferrand-Brive. La ligne traverse des paysages magnifiques entre Auvergne, Haute Corrèze, Limousin. Elle longe des rivières au milieu de forêts qui ne s'interrompent que le temps d'une petite gare sur laquelle on peut voir une plaque dédiée aux cheminots résistants fusillés.
Les noms de cette ligne font à la fois penser au coeur frais de la France de ce cher Valery Larbaud, au conscrits des cent villages d'Aragon et bien sûr, à Ma France de Jean Ferrat.
Je vous les donne, comme une guirlande géographique, comme un collier à mettre au cou de Marianne, comme autant de baisers sur les lèvres de vos amours:
Royat-Chamallières, Durtol-Nohannent, Volvic, Charbonnières-les-Varennes, La Miouze-Rochefort, Laqueuille, Bourg-Lastic-Messeix, Eygurande, Ussel, Meymac, Maussac, Egletons, Rosiers d'Egletons, Montaignac, La Montane, Corrèze, Tulle, Cornil, Aubazine-Saint-Hilaire, Malemort-sur-Corrèze, Brive.

lundi 2 avril 2012

Et mourir de plaisir

Article paru mercredi dans 5 semaines avant l'élection, hebdomadaire volontairement éphémère, où l'on retrouve des suspects habituels bien connus de nos aimables abonnés comme Roland Jaccard, Frédéric Schiffter, Arnaud Le Guern, David di Nota... Le sujet de la rédaction était "Comment aimeriez-vous mourir?"



Pour commencer, je veux mourir sur une plage,  comme celle où mourut Homère, à Ios. Une immense courbe dorée, ocre, bleue.
J’y étais en 86.  J’aurais pu déjà mourir en 86, à Ios. Je n’aurais pas raté grand chose par la suite, finalement. Je me demande si ce ne fut pas le dernier été du monde d’avant, tiens. L’île était une vaste boite de nuit en plein air pour routards de toute l’Europe. C’était un temps merveilleux où l’on payait des tequilas rapido en drachmes à des Norvégiennes aux seins nus et aux jambes interminables et veloutées. 
Ce que j’ai aimé ça, l’odeur de plage des scandinaves, dans l’éternité suspendue de l’été grec.
Il n’y avait ni capotes, ni monnaie unique. Dans le sexe des filles, rien de séparait leurs muqueuses de ma muqueuse, leur musique de ma musique. Et sur les billets grecs, au contraire de l’euro qui martyrise le pays aujourd’hui, on voyait de vrais personnages, de vrais monuments, comme les ruines de cette forteresse vénitienne, un peu à l’écart, où l’on allait en scoutère et où l’on faisait l’amour quand le bleu noyait tout.
Je crois qu’on parlait un peu du sida, déjà, sans bien comprendre de quoi il s’agissait, et puis allez comprendre que la mort pouvait arriver par la bouche aux lèvres un peu gercées d’Ulrica,  par son haleine de cannabis et de menthe,  par sa sueur sexy de fille du nord, par sa cyprine de viking hédoniste.
Je ne laisserai jamais dire à personne que 21 ans n’est pas le plus bel âge de la vie.
Je veux mourir sur une plage, d’accord, mais si possible au temps du communisme sexy et balnéaire. Celui qui a le mieux représenté, plastiquement, à quoi pourrait ressembler le monde au temps du communisme sexy et balnéaire, bizarrement, c’est Paul Morand qui était certainement balnéaire, probablement sexy, mais pas communiste « …ces villes de toiles qui ourlent désormais la frange de tous les rivages européens, comme dans un monde après la Bombe. »
Morand ne trouvait pas ça terrible comme perspective. Mais Morand est mort en juillet 76, tiens,  dix ans avant que je ne sois à Ios, le même mois.  Morand ne pouvait pas encore imaginer à quel point le monde spectaculaire-marchand allait nous inventer des morts modernes bien atroces, bien inédites : accidents nucléaires, virus émergents, nourritures trafiquées, pics de pollution, suicides d’adolescents, tueries de masse dans les établissements scolaires, avions de lignes  précipités dans les buildings. Et que tout cela allait, au bout du compte, rendre aimable la perspective d’une humanité ne vivant plus que sur les bords de mer.
Il ne faudra plus jamais faire l’erreur de revenir dans les terres. C’est comme ça que l’on crée des états, des empires, des guerres. Tandis que sur les plages, on peut faire des siestes hypnagogiques où l’on tutoie des déesses qui ressemblent à Ulrica.
Donc, je voudrais bien mourir sur une plage comme ça, discrètement, en regardant des filles au couchant qui ressortent de l’eau et tordent leurs cheveux dans un mouvement identique à celui de la  nymphe.
En me souvenant d’un air de doo wop, d’un vers de l’Odyssée, d’une phrase du Manifeste où il est question des liens multicolores, ou du sourire d’Ulrica, vieil homme pouvant enfin fermer les yeux sur la mer infinie d’un monde enfin pacifié.