jeudi 29 mars 2012

Données brutes


Récapitulons: 
Brive-Paris-Austerlitz-hôtel rue de la Roquette-Paris Gare de Lyon-Lyon Part-Dieu-Roanne-Centre de détention de Roanne-Médiathèque de Roanne-Hôtel Terminus de Roanne. 
Trains, gares, terrasses, prisons. 
Volets entrouverts sur la nuit de printemps trop chaude, avenue, voitures de loin en loin, les visages des détenues et des détenus, ce soir, qui reviennent et qu'on n'oubliera pas.
Demain, maison d'arrêt de Privas, et puis Quais du polar à Lyon. Et puis repartir à Brive, via Clermont-Ferrand.
Particule élémentaire, carte et territoire, visages.

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c’est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays.

Aragon, Est-ce ainsi que les hommes vivent?

mercredi 28 mars 2012

En attendant, à Brive et ailleurs, le Front de Gauche...




El Libertador de la Patria, n'est-ce pas?
Et un peu de Doo Wop car le Doo Wop aussi, c'est Front de Gauche. Et que dans l'attente de la révolution citoyenne, de l'insurrection civique et de la VIème république, nous sommes tous finalement, comme le chantent justement Dion and the Belmonts, des adolescents amoureux.

dimanche 25 mars 2012

Choses à ne pas oublier de faire à Brive

Voir l'exposition sur les imprimeries clandestines photographiées pas Doisneau au musée de la Résistance Edmond Michelet. Cette époque héroïque n'a fait que montrer de manière évidente ce qui existe pourtant de manière diffuse le reste du temps: écrire, imprimer, éditer sont des activités dangereuses et finalement toujours plus ou moins clandestines. 




Je me souviens, à Saint-Flour je crois, de cette petite imprimerie en centre-ville. Il y avait cette plaque au-dessus de l'entrée qui indiquait que la première version de Liberté de Paul Eluard était secrètement sortie des presses à cet endroit précis, en 1942. La même charmante boutique surannée, qui était toujours en activité...

Voir enfin des films de Peter Watkins sur grand écran, lors du festival du moyen métrage qui commence début avril. Il y a notamment La Bombe et Punishment Park. Se souvenir que Punishment Park, ce pourrait très bien être aujourd'hui, dans les disneyland préfascistes qui nous servent de société. 

Ecrire mon roman.

Finir Ada ou l'ardeur. Je freine à chaque page, tant ce roman total me rend parfaitement heureux. C'est à ça que l'on reconnaît les chefs d'oeuvre, finalement. Ils irradient et agissent sur vous physiquement. Bonheur ou consolation. Comment je me suis totalement immergé de nouveau dans Proust à la mort de mon grand-père, en décembre 1994. Comment, de fait, mon chagrin a pris une allure presque musicale. 

Goûter l'esprit des terrasses, avec les beaux jours qui vont revenir. L'image que je me suis toujours faite de la liberté: boire un express en terrasse, le matin, avec un verre d'eau dans une ville que je ne connais pas encore très bien. Lire le journal. Offrir mon cou au soleil, en m'étirant.

Vivre.


samedi 24 mars 2012

Quand on vous dit que ça va (2): Mélenchon à 14%

Mélenchon est à 14% dans les sondages. 
Mélenchon vient de dépasser Marine Le Pen qui est l'autre visage du sarkocapitalisme et de l'ethnolibéralisme.
Mélenchon vient de dépasser François Bayrou, républicain européiste pas antipathique mais franchement blairiste.
La gueule crispée des sondagiers, des journalistes aux ordres, des politologues -je sais tout- et des nains psychotiques de la réacosphère...
Le ciel est bleu sur Lille où nous sommes revenus de Brive juste le temps d'un festival de polar à Lens.
Ce score, comme le nombre des présents à la prise de la Bastille made in 2012, n'est un mystère que pour ceux qui ont oublié que le militantisme n'est pas une simple éructation derrière un écran, que ce soit celui du blogueur ou du larbin médiatique. Depuis 2008, la stratégie du Front de gauche, qui ne cesse de monter à chaque élection en déjouant tous les pronostics, en siphonnant d'abord les trotskistes sociétalistes du NPA que le chef télévisuel a abandonné, lassé par l'hémorragie militante puis les Verts, le parti des pistes cyclables et du tri sélectif des ordures(1), se fonde sur l'idée que la vraie troisième force, celle d'un pays cassé par la dictature des marchés, est la nôtre et est appelée à dépasser historiquement le vieux duopole droite libérale vs social-libéralisme. 
Pour cela nous n'avons compté que sur nos forces militantes et l'éducation populaire. Nos militants sont aguerris, disposent d'arguments et savent chiffrer l'utopie puisque que maintenant, c'est un passage obligé. Nos militants sont sur le terrain, tout le temps. Le terrain du Net mais aussi le terrain réel. J'ai beaucoup bougé avec la promotion du Bloc depuis octobre. J'ai rencontré du monde dans beaucoup de villes du vieux pays et partout ou presque les militants politiques que j'ai vu tracter, coller et discuter sur les marchés ou à l'entrée des zones commerciales appartenaient au Front de Gauche. Partout ou presque, il était possible de se rendre à des ateliers politiques et citoyens.
Résultat, outre ces 14%: les seuls, et Mélenchon le premier, qui pouvons aller se présenter sur des sites industriels en grève sans se faire jeter, c'est nous. (On attend toujours Sarkozy chez Arcelor, tiens...)
Les seuls qui pouvons mobiliser le peuple un dimanche frisquet de mars, c'est nous. Pas Marine Le Pen ou Sarkozy pourtant autoproclamés candidats du peuple...
Les seuls qui disposons de cette arme si rare aujourd'hui en politique, à savoir une certaine gaieté, c'est nous. 
Parce que nous n'avons pas peur. 
Parce que si ce n'est pas ce coup-là, ce sera le prochain. 
Parce que nous savons qu'au Brésil, au Venezuela, en Equateur, en Bolivie, en Uruguay, déjà, de vrais partis de gauche ont pu s'imposer par une révolution dans les urnes en écartant la vieille droite et la vieille gauche usée par ses compromissions libérales.
Une dernière chose à l'usage de nos amis de droite sarkozienne. Nous n'avons absolument aucune illusion sur François Hollande. Pourtant, si par hasard, nous n'étions pas cette fois-ci au second tour et que ce soit lui le qualifié, pas une voix ne lui manquera. 
Pas une voix. 
Pour une raison immédiate d'abord: vos gueules blêmes d'épiciers affolés ou déçus sera un plaisir du même ordre qu'une bouteille de Cheverny Rouge Les Ardilles de chez Villemade bue entre copains.
Pour une raison plus politique: le mouvement social, comme en 36, forcera Hollande à accorder ce qu'il n'a pas promis dans son bien raisonnable programme. Roosevelt, aux syndicats, au moment du New Deal: "Ne me demandez pas ce que je peux faire pour vous, forcez-moi à le faire."
Mélenchon à 14%. 
Si ça se vérifie, en plus, je sens que je vais me refaire la cerise avec un certains nombre de paris amicaux passés depuis des mois.

(1)Le tri sélectif des ordures, pris dans un sens métaphorique, et appliqué à certains milieux politico-médiatiico-affairistes , est une idée qui mérite cependant un examen attentif

jeudi 22 mars 2012

Au chic communiste, 6

A moins d'être un militaire d'extrême-gauche, le port de la chemisette pour un homme est strictement décommandé. Ca fait vite garçon de café
On aurait peut-être pu attendre le 25 avril prochain pour vous présenter le très élégant Otelo Saraiva de Carvalho, un des principaux artisans de la Révolution des Oeillets qui mit fin à la plus vieille dictature  d'Europe en 1974.
Sentant la confiscation de sa révolution par les habituelles crapules social-démocrates, Otelo tenta un autre coup d'état le 25 novembre 1975 avec l'aile gauche du MFA (Mouvement des Forces armées). Hélas, il échoua. 
Entre 1975 et 1996, date de sa réhabilitation définitive, il connut plusieurs périodes d'emprisonnement mais fut aussi candidat à l'élection présidentielle. Sa manière de fumer trahit une forme de décontraction historique, ironique, amusée. Il sait que l'Histoire est tragique, bien sûr, mais que le chic communiste consiste justement à l'affronter le sourire aux lèvres.

mercredi 21 mars 2012

Jean-Claude Pirotte, one more time

On trouve assez vite, chez les bons poètes, les vers qui correspondent exactement à votre vie du moment.
Je vais quitter Brive pour trois jours afin me rendre au salon du polar de Lens.
Ainsi, j'ouvre ce matin au hasard, presque au réveil, le dernier recueil de Jean-Claude Pirotte, Ajoie (Table Ronde) et je lis:


le paysage ici me garde en vie
demain ce sera la mer le vent
les peupliers du polder les saules
noirs au bord du watergangen

La poésie, apprendre à s'en servir comme du Yi-King. Un Yi-King français.

mardi 20 mars 2012

Equipez-vous made in France

Casque intégral made in France, inspiré de la récente technologie norvégienne.
 Ref:  A.B.Breivik 2012 modifié Al Quaida.


Il va être difficile, vu les récents développements, de faire comprendre 1°) Que Breivik  peut aussi être islamiste, la folie furieuse ethnoreligiieuse n'ayant pas de couleur, elle est juste une folie.
                                                                 2°) Qu'un islamiste n'est pas forcément l'équivalent un musulman.
Je n'ai aucune illusion, bien évidemment, sur la possibilité de cette compréhension.
 Et j'attends bien entendu que la même décence sarko-lepéniste sur l'Union Nationale, si ostensiblement affichée ces dernières heures continue et que le tandem de la droite extrême ne se livre pas à des récupérations électoralistes. Ah. Ah. Ah.

dimanche 18 mars 2012

Quand on vous dit que ça va

Le jour anniversaire du déclenchement de la Commune de Paris, il semblerait que le Front de Gauche réunisse plusieurs dizaines de milliers de personne à la Bastille pour écouter Mélenchon, le tribun du peuple. C'est le premier jour de l'insurrection civique et je salue fraternellement mes camarades nordistes présents sur place qui m'envoie des SMS pour me faire part de leur bonheur d'assister aux derniers jours de la Vème République sarkoïsée par cinq ans d'infamie ethnolibérale et aux premiers de cette révolution par les urnes qui va permettre, enfin, l'autre politique. 

Ma France, celle qui chante en moi, la belle, la rebelle


samedi 17 mars 2012

Bonnes nouvelles à Brive



Sur le marché de Brive, à midi, après quelques emplettes (confit de canard, tomates cœur de bœuf, cantal, fraises), nous achetons le presse et nous tombons sur cette Une charmante de La Montagne. Elle a le mérite de nous rappeler  ce qui restera comme l’archétype de la plus sinistre et ridicule clounerie « antiterroriste » du quinquennat sarlozyste. L’opération Taïga vit un matin de novembre 2008 un tranquille village de Haute-Corrèze pris d’assaut par des forces spéciales pour en finir avec de dangereux subversifs parapsychologues qui auraient stoppé des TGV en rase campagne par les seules forces de l’esprit.
Ils avaient été repérés par le cloune Alain-Jack Bauer qui avait, pour une fois, lu un livre jusqu’au bout, passionnant au demeurant,  sur une insurrection qui venait. Le livre avait été écrit par un certain Comité invisible. Alain-Jack Bauer, qui vient d’obtenir une chaire bidon en criminologie, avait fait part de son inquiétude au cloune Bernard Squarcini, notre Hoover à nous, chef de la toute nouvelle DCRI. Bernard Squarcini, l’homme qui perd sa carte professionnelle quand il part en vacances, avait donc chargé la SDAT d’en finir avec ce danger potentiel. 
Au ridicule policier s’est ajouté une véritable faillite judiciaire dont le juge Fragnoli, devenu lui aussi cloune célèbre pour ses fragnolades, est le principal artisan. Le cloune Fragnoli ne lit pas de livres et ne perd pas sa carte professionnelle. Ce sont ses policiers qui égarent des documents lors des perquisitions et il envoie simplement des mails à « la presse amie » pour essayer de limiter les dégâts. Il balance même à l’occasion, le nom d’un présumé suspect rouennais, présenté comme coupable, forcément coupable.
Cela nous fait penser que nous n’allons pas tarder à entamer la lecture de Tarnac, magasin général de David Dufresne (Calman-Levy), solide enquête de trois ans  sur cette affaire. Et puis il n’est pas impossible que nous allions voir les lieux avec notre nouveau voisin, Serge Quadruppani, qui connaît bien le sujet et a lui aussi écrit un essai remarquable, La politique de la peur (Seuil) sur les ravages de l’idéologie « antiterroriste » dans les démocraties de marché qui aiment s’inventer des ennemis pour faire oublier les intenables contradictions d’un capitalisme aux abois.

Jaurès aux enchères

« Le Parti Socialiste est un parti de révolution. Il ne se propose pas seulement d’atténuer, de réformer les abus de la société actuelle, il veut réformer en son fond cette société même, transformer toute la propriété capitaliste en propriété sociale gérée. » 
Non, ce n’est pas un extrait des soixante propositions du candidat François Hollande, il ne faut pas rêver non plus. Ces quelques lignes sont le début d’un manuscrit inédit de Jean Jaurès, celui de la motion du Tarn qui fut adoptée lors du congrès de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) de 1908 et qui a permis l’unification des différents mouvements socialistes de l’époque autour d’un projet commun.
Ce texte, d’un intérêt patrimonial évident, va être mis aux enchères lors d’une vente à Montastruc-la-Conseillère, en Haute-Garonne, le 25 mars prochain par les descendants du député de Carmaux pour un prix de départ allant de 150 000 à 200 000 euros. Jaurès, objet de spéculation de la part de sa propre famille, il n’y a pas d’erreur, nous sommes bien en France, en 2012. Patrick Le Hyaric, député européen et directeur de l’Humanité, a adressé une lettre au ministre de la Culture pour demander à l’Etat d’exercer son droit de préemption afin que ce document fondateur rejoigne les collections publiques. Quand on sait comment Nicolas Sarkozy n’a jamais hésité à évoquer la mémoire de Jaurès lors de sa campagne de 2007, on peut espérer un beau geste de sa part en cette fin de quinquennat.
Même moi, qui ai  pourtant toujours été un partisan acharné de Jules Guesde, je lui en serais reconnaissant. C’est dire.

paru sur Causeur.fr

Une militante guesdiste à la plage apprend avec une perplexité inquiète la vente aux enchères des manuscrits de Jaurès



jeudi 15 mars 2012

Toute ressemblance...

"Thiers, ce nabot monstrueux, a tenu sous le charme la bourgeoisie française pendant plus d'un demi-siècle, parce qu'il est l'expression intellectuelle la plus achevée de sa propre corruption de classe. Avant de devenir homme d'État il avait déjà fait la preuve, comme historien, de sa maîtrise dans le mensonge. La chronique de sa vie publique est l'histoire des malheurs de la France."
Karl Marx, La Guerre Civile en France 



La montagne est belle

Si vous voulez de mes nouvelles, c'est par là.
Et en plus, le printemps en Correze, c'est la saison idéale comme le chantaient jadis les excellents Zombies,qui montrent quelques aspects typiques de la région
The Zombies - Time of the Season par peakers

samedi 10 mars 2012

Il me semble désormais que Félicien Marceau est à Capri (2)

On complète notre éloge funèbre par un papier sur Causeur.fr.
Et puis après, on ira voir si par hasard, on ne trouverait pas un vieux poche de Félicien Marceau sur le marché de Brive, dans la caisse d'un de ces bouquinistes ambulants de plus en plus rare qui vendent des romans sentimentaux, des Fleuve Noir et des bédés pornographiques Elvifrance (lost in seventies toujours...)

vendredi 9 mars 2012

C'est encore plus beau en italien...

Du coup, je me disais comme ça, avec mes copains du FDG, que si par malheur on n'était pas au deuxième tour mais que Hollande était élu grâce à nos voix, il ne fallait pas qu'il s'attende à un état de grâce genre mai 81 ou juin 97 et à un peuple de gauche tétanisé à l'idée de gêner un président social-libéral après avoir connu cinq ans d'ethnolibéralisme. 
L'idée, chez nous, c'est plutôt 36. Nous nous moquions de la peur plus ou moins surjouée de la droite devant Hollande dans notre précédent billet. Mais finalement, quand le grand mouvement social commencera, elle aura peut-être raison d'avoir peur, la droite. 
Se rappeler de ce que Roosevelt avait dit aux syndicats, au moment du New Deal: " Ne me demandez pas ce que je peux faire pour vous, forcez-moi à le faire."

jeudi 8 mars 2012

Il me semble désormais que Félicien Marceau est à Capri

C'est dans ces moments-là que l'on regrette de ne pas pouvoir toujours emporter sa bibliothèque avec soi. Félicien Marceau avait encouragé nos premiers par des lettres bien aimables. Et ce soir, alors que nous sommes loin de nos bases, nous aurions bien relu, au choix, Creezy, Bergère légère, Capri, petite île, Les années courtes ou Le corps de mon ennemi. C'est notre manière agnostique, à nous, de prier pour les écrivains disparus que nous avons un peu connus et beaucoup aimés.
Ah oui, Félicien Marceau était aussi l'auteur du plus grand livre jamais écrit sur Balzac, Balzac et son monde. Il partait d'une idée simple: l'univers de Balzac, comme celui de tous les grands écrivains d'ailleurs, est aussi réel que la réalité sensible. Il avait raison: la preuve, quel amateur de Proust oserait dire qu'il connaît mieux son voisin de palier que Gilberte ou Albertine? Que Gilberte et Albertine ont pour lui moins de présence au monde?
Si la mort de Félicien Marceau pouvait être l'occasion de vous faire lire ou relire cet écrivain solaire et sombre, sarcastique et élégant,  qui aimait le bonheur et l'Italie, alors on pourrait peut-être pardonner un peu à la Camarde.



mercredi 7 mars 2012

Quand la droite joue à se faire peur

Cette militante hollandiste se goberge déjà avec l'argent des contribuables
Sur Causeur.fr


Un spectre hante l’Europe, c’est le hollandisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte Alliance pour traquer ce spectre : la chancelière allemande et les conservateurs anglais, le premier ministre espagnol et le président du conseil italien.
Bien sûr, ils démentent tous l’article de Der Spiegel qui fait état d’un pacte secret consistant à ne pas recevoir ce nouveau Lénine que l’on aimerait bien voir, comme son sinistre prédécesseur de 1917, voyager à l’étranger dans un wagon plombé, non pas pour l’aider à faire la Révolution chez lui mais pour l’empêcher de soulever les peuples par la seule magie de son verbe révolutionnaire.
Bien sûr encore, ces démentis n’empêchent pas un soutien affiché à Nicolas Sarkozy, dernier rempart contre la subversion marxiste qui menace la France.
François Hollande et ses lectures secrètes
L’espagnol Rajoy, par exemple, a la dénégation pour le moins ambiguë : « Que j’ai pu dire que je ne recevrai pas M. Hollande, cela est faux » mais il complète aussitôt « Tout le monde sait qui je veux voir gagner les élections, parce que nous militons dans le même parti. » On se rappelle du coup qu’Ignace de Loyola, le fondateur de l’ordre des Jésuites, était lui aussi espagnol…
Quant à Mario Monti, le chef du gouvernement technique de l’Italie, il met en avant le fait qu’il n’appartient à aucun parti politique et donc… qu’il ne fait pas de politique. Il applique seulement quelques mesures d’austérité qui vont de soi, qui sont les seules possibles, comme l’a très bien compris Nicolas Sarkozy. Il lui serait extrêmement préjudiciable qu’un de ces coups de fièvre révolutionnaires dont ces damnés français sont coutumiers le prive du pouvoir. Rien de plus.
Car vous ne le saviez peut-être pas, mais un candidat d’extrême gauche, appelé François Hollande, aurait des chances sérieuses d’accéder à l’Elysée dans quelques semaines. La panique gagne les esprits et les portefeuilles. On s’émeut, on s’affole, c’est le retour des Grandes Peurs. Dans les beaux quartiers, comme disait Aragon qui est sûrement une des lectures préférées de notre néobolchévique, on attend dans la terreur les nouvelles jacqueries des partageux qui viendront demander des comptes. Déjà, on prend patriotiquement ses précautions en mettant à l’abri des fortunes honnêtement gagnées qui pourront servir à la reconstruction après la libération, quand Hollande aura été chassé de l’Elysée comme le fut Allende de la Moneda.
des membres du MJS auraient déjà pris position à la frontière suisse
On relit Chateaubriand pour voir à quoi ressemblait la vie des Emigrés après 1789 et se préparer à des jours difficiles. Ces temps-ci, le Coblence fiscal s’appelle Bruxelles et on lèvera les armées de la résistance dans le « square des milliardaires », du côté d’Ixelles et du bois de la Cambre. Ou bien l’on ira s’abriter dans le Canton de Vaud et à Genève. Comme le remarque fort justement Le Parisien, c’est une question de survie et de bon sens élémentaire : un Français disposant de 20 millions d’euros, autant dire vous et moi, s’il loue là-bas un bien 5000 euros ne paiera plus que 120 000 euros d’impôts tandis qu’en restant en France, il en paierait 160 000, rien qu’au titre de l’ISF. En plus, Genève comme Bruxelles présentent l’avantage de ne pas être trop éloignés des hôpitaux parisiens où si besoin est notre exilé fiscal pourra revenir se faire soigner grâce à la sécurité sociale et à un système de santé. Système dont Hollande, éventuel président rouge, se fera le protecteur zélé en saignant les forces vives de la nation…
Imposé à 75%, il ne se laissera pas faire.
Du côté de Mélenchon, de Nathalie Arthaud, de Philippe Poutou, on désespère : le candidat de la vraie furie prolétarienne a bien caché son jeu. Il va arriver au pouvoir avec un programme secret qui fera passer Les thèses d’avril pour une bluette centriste.
D’ailleurs, les plus fins analystes l’ont bien compris, comme Eric Brunet comparant sur BFM TV une accession au pouvoir de Hollande à celle d’un Hugo Chavez français. En même temps, il faudrait s’entendre parce que récemment, pour Daniel Cohn-Bendit, le Chavez européen, c’était plutôt le hongrois Viktor Orban qui n’est pas franchement un gauchiste.
Mais de toute manière, attendons-nous au pire et armons-nous de courage. Hollande président, ce ne seront plus les chars soviétiques franchissant la Seine comme en 1981 mais les paras vénézuéliens sautant sur le Palais Bourbon. 
Ce qui ne vaudra guère mieux.

Jérôme Leroy

La vie est courte, l’art est long, l’occasion fugitive, l’expérience trompeuse, le jugement difficile.

lundi 5 mars 2012

Un souvenir français (lost in seventies...)


Cet article est paru dans Causeur magazine



En mémoire de mon père.



C’est un souvenir français, c’est un souvenir d’enfance.
Je dois avoir dix ou onze ans. C’est un vendredi ou un samedi soir des années 70. Disons peu de temps après l’élection de Giscard. On dit souvent que Giscard a été celui qui a marqué une rupture dans la fonction présidentielle par une manière de modernité. Il en aurait fini avec les chichis des chefs d’état à l’ancienne, avec leur culture classique, leurs références, leurs façons du monde d’avant. C’était le premier énarque à devenir chef de l’Etat et l’on allait avoir maintenant un technicien compétent qui dessinerait des courbes pour nous expliquer les  effets de la crise. Ça nous changerait de Pompidou qui citait Eluard au moment de l’affaire Gabrielle Russier ou de De Gaulle qui était le meilleur écrivain latin de langue française.
Evidemment, ce n’était pas vrai. Giscard, c’était un genre qu’il se donnait. Il était lui aussi, évidemment, pétri de culture. On l’a bien vu dans le film de Depardon, Une partie de campagne, qui raconte son élection de 1974 et qui a été autorisé à la diffusion  seulement en 2002. Cette scène, où le soir du deuxième tour, il attend seul les résultats. Il a tiré un fauteuil Voltaire sur une terrasse du Louvre où se trouve encore le ministère des Finances. Il lit Guerre et Paix dans la fin d’après-midi lumineuse de mai. Il écoute une symphonie de Mahler sur une chaine Hi-Fi.
De toute façon, tout le monde était plus cultivé dans les années 70. Et je reviens à mon souvenir d’enfance. Mon père était médecin généraliste. Son meilleur ami était professeur agrégé d’histoire-géographie. Les couples se voyaient souvent pour dîner, les samedi soir. A cette époque là, les parents envoyaient les enfants se coucher pour laisser les adultes passer une soirée où ils ne serait pas obligés de bêtifier en faisant semblant de s’intéresser aux premiers pas du petit dernier et de s’extasier sur le récit inintéressant de la semaine d’un môme de onze ans. On ne faisait pas d’histoire, d’ailleurs, on allait se coucher.
Et ce n’était pas plus mal puisque dans nos chambres sans téléviseur, sans  ordinateur, on lisait à s’en user les yeux. Bon, c’est vrai, parfois, on redescendait à pas de loup, on évitait de faire craquer les marches, on se nichait dans un recoin d’ombre de l’escalier et on écoutait ce que pouvait bien raconter les « grands », ce que pouvait bien raconter un médecin généraliste et un professeur agrégé d’histoire géographie  vers 1974, dans une belle ville de l’Ouest,  gothique et pluvieuse.
Ce soir-là, pour l’essentiel, ils parlèrent…de Nabokov. Et parce que la beauté du titre me marqua pour toujours et ne doit pas être étrangère à la passion que j’entretiens encore aujourd’hui pour le génial écrivain russe, ils parlèrent d’Ada ou l’ardeur. Je ne compris évidemment pas, sur le coup, toutes les subtilités de la conversation mais je me souviens d’une certaine passion dans les voix, comme s’il n’y avait rien de plus important pour un homme qui avait passer sa journée à soigner des grippes et l’autre à corriger des copies sur la chute de l’Empire Romain que de discuter des mérites de ce qui serait le dernier grand roman de Nabokov.
Il m’arrive, parce que je ne veux pas passer pour un ours arrogant, de participer quelques décennies plus tard à des dîners qui rassemblent sociologiquement les mêmes personnes. Des profs, des médecins, des cadres. Les conversations y sont simplement affligeantes. Ça parle voiture, sport, télé, travaux dans la maison, enfants. Parfois, et très rarement, de politique, mais sans réelle passion. Pour ce qui est des livres, du cinéma, des expositions ou des concerts, disons que dans le meilleur des cas, très rarement, quelques mots seront échangés sur ce qui est recommandé par Télérama. Et encore, pas trop longtemps, il ne faudrait pas ennuyer, ou paraître prétentieux.
Je ne sais pas ce qui s’est passé en moins de quarante ans mais ce dont je suis certain, c’est que l’on a perdu quelque chose en route, que l’on a changé de civilisation et que la suppression de la culture générale dans nombre de concours n’est pas une attaque concertée contre celle-ci. Elle ne fait que constater un fait.
Comme on constate un décès.



Jérôme Leroy

dimanche 4 mars 2012

En résidence...

...trois mois à Brive. Pour écrire un peu à l'écart. On est arrivé ce soir, sous la pluie, dans la jolie maison. On a rangé nos pléiades et nos dévédés dans les rayonnages. On est loin. On est bien. 

Malgré la photo,  qui est là juste pour prouver que nous sommes en bonne santé et bien traité, nous vous demandons surtout de ne pas envoyer de rançon.
 




 

jeudi 1 mars 2012

Foire du livre: à Bruxelles avec le Bloc

Demain, vendredi nous serons à la foire du livre de Bruxelles, pour deux tables rondes et nous signerons Le Bloc entre 18H et 19H. Nous aurons le plaisir, notamment de débattre avec Morgan Sportès, Romain Slocombe et notre copine Nadine Monfils. On passera aussi à 11H30 à Culture Club, une émission de radio de la RTBF.


Et puis Paul de Roux sauve tout ce matin

 Ménandre en avril

"Vous qui lisez Ménandre sur un banc
vous êtes plus obscure que ce texte grec
-que je vous admire de pouvoir déchiffrer-
obscure par les cheveux bruns et fournis
de part et d'autre de votre fin visage- et encore
pour les lunettes noires dont vos yeux se protègent
et plus encore d'être si près-le banc d'en face-
et plus intouchhable qu'un paria de Bombay. Vos pieds 
ont des baskets aux dessins de couleur entrelaçés,
votre crayon annote de temps à autre le texte:
Ménandre, sais-tu, ne sais-tu pas, qu'une brune te lit
sous les arbres de Montsouris, bien loin d'Athènes et loin
d'un autre poète qui s'efforce, sans grâce,
mais désintéressé de la faire entrer avec ton théâtre
dans ses vers? Maintenant elle renverse la tête en arrière,
jambes étirées, bras croisés sur le livre,
elle boit le soleil venteux d'avril,
l'air où passent des parfums de campagne, elle entend, elle voit, qui sait?
tes personnages se débattre dans la vie
tes phrases luire, sel attique, ses yeux 
sont fermés sous les lunettes noires
et les miens s'ouvrent grand, sans espoir
de la voir mieux et définitivement
à la façon dont seul un poème sait voir
pour un seul instant déjà passé
une jeune femme qui lit Ménandre sur un banc.


Paul de Roux ( in NRF janvier 93)