mercredi 31 octobre 2012

Ils ont déjà perdu

Quand nous somme très forts, - qui recule ? très gais, qui tombe de ridicule ? Quand nous sommes très méchants, que ferait-on de nous ?
Parez-vous, dansez, riez. - Je ne pourrai jamais envoyer l'Amour par la fenêtre.


Rimbaud

mardi 30 octobre 2012

Le socialisme réellement existant

A lire chez Serge Quadruppani. Et vite. 
Sinon, ils vont finir par envoyer les troupes ayroportées.
Ceux-ci ne sont  pas des jeunes identitaires à la fausse conscience malheureuse.

lundi 29 octobre 2012

Ma nuit chez Maud, oui, mais après le Grand Soir

L'envie de revoir Ma nuit chez Maud.
L'envie de relire Chardonne.
L'envie de prendre l'air sur les hauteurs de Clermont-Ferrand, un jour de Noël 69.
Et l'envie d'en finir au plus vite, par tous les moyens même légaux, avec l'économie spectaculaire marchande, histoire de pouvoir faire ça en toute tranquillité d'esprit.


Proverbe Front de gauche


"Qui se laisse intimider par des pigeons finit attaqué par les rapaces."


En raison de la violence de ces images qui représentent 98 brigands voulant dicter leur politique à des socialistes qu'ils sentent pour le moins mou du genoux, le FQG met en oeuvre immédiatement son habituelle politique sanitaire en proposant des images qui n'ont pas besoin de 60 milliards d'allègement de charges.
Sérieux? T'attendais autre chose des socialistes? Des fois, tu me fais rire...
Tu devrais pourtant te rappeler Lénine, non? Ils vendront la corde...Allez, viens, allons à la plage.


samedi 27 octobre 2012

Spéciale dédicace à Arnaud Montebourg

Y a ceux font les kékés en marinière et puis y a ceux qui savent vraiment causer aux patrons. Le jour où tu feras ça à une université du MEDEF,  Arnaud, promis, je vote socialiste...

                                 
Sinon, seuls les amateurs éclairés apprécieront le côté vintage Moscou 78 du blouson chatoyant en authentique tergal-viscose

vendredi 26 octobre 2012

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 4

Avec Bertrand Jousset, bienfaiteur de l'humanité avec son Premier Rendez-vous, assez tard, au Jeu de Quilles.



"Un Letton perspicace, que j'avais connu en 1919 à Moscou, me dit un jour que les nuées de rêverie qui m'envahissaient de temps en temps sans aucune raison présageaient à coup sûr que je finirais dans une maison de fous."
Vladimir Nabokov, La Méprise.

"-Peut-être faudrait-il se lancer dans la littérature, songe Daimler à Arcachon."
Frédéric Berthet, Daimler s'en va.

" 'Je m'en fous un peu'. C'était sa réponse invariable à une centaine de questions variées."
John Gill, Une fiancée un peu gonflée!

"Le lord voyageur demanda quel était ce beau jeune homme en voyant Henri. Puis, en l'entendant nommer:-Ah! c'est mon fils. Quel malheur! dit-il."
Honoré de Balzac,  La fille aux yeux d'or.

"Yé, yé, yé, yeah"
Little Natalie, Teardrops are falling




jeudi 25 octobre 2012

Tinker, Tailor, Soldier, Spy


Vous retrouverez ce poème dans le recueil Sauf dans les chansons à paraître à la Table Ronde en avril 2015.

mercredi 24 octobre 2012

Roger et nous

La légende et la dette


Roger Nimier est mort il y a cinquante ans, le 28 septembre 1962. Son Aston Martin s’écrase sur l’autoroute de l’Ouest, à hauteur de Vaucresson. Il décède pendant son transfert à l’hôpital de Garches, et sa passagère, Sunsiaré de Larcône, une jeune romancière, meurt le lendemain.
Violente, atroce et effrayante, cette mort a marqué les contemporains de Nimier, ses amis mais aussi ses ennemis. Pour certains, ce fut un deuil irréparable. C’est Antoine Blondin qui a les sanglots les plus mélodieux et les plus douloureux, dans un numéro spécial de la revue Accent grave, sur le thème Roger Nimier, un an après : « Roger Nimier me manque comme au premier jour de sa disparition. Un canton en moi, raisonnable ou futile selon qu’on l’envisage, a essayé de s’insurger contre cette carrière de frère siamois déchiré à laquelle je m’abandonnais. » C’était pourtant une mort d’époque, presque banale dans son tragique. Les années 1960 voient des voitures trop rapides rouler sur les routes trop vieilles de la France d’avant et les écrivains, qui ne sont jamais des gens très prudents, si non ils ne seraient pas écrivains, paient un lourd tribut à ce nouveau Moloch moderne : l’accident de la route. Sensiblement à la même époque, c’est Albert Camus qui se tue à bord de la Facel Vega de Michel Gallimard mais aussi Jean-René Huguenin qui fracasse son destin dans la tôle quelque part entre Paris et Chartres sans compter Françoise Sagan qui réchappe miraculeusement de la carcasse d’une Aston Martin, décidément tueuse patentée.
La mort prématurée de Nimier a marqué, certes, mais elle a aussi masqué. Masqué qui était vraiment l’auteur du Hussard bleu et la portée de son oeuvre romanesque et critique. Le plus compliqué, quand on parle des grands écrivains, c’est de faire la part entre la dette et la légende. Entre l’image qu’ils ont renvoyée d’eux ou que l’on a construite et la vérité d’un génie qui n’est pas forcément là où on l’imagine.
Cinquante ans plus tard, il serait donc temps de faire le point, de tracer une ligne de partage des eaux entre le mythe et la réalité, le fantasme et la nécessité. De chercher celui qui nous est le plus cher parce que le plus essentiel pour lutter contre un monde qui ne nous ressemble plus. Le jeune homme surdoué des années 1950 ou le philosophe d’Amour et Néant ? L’écrivain qui publie trois livres en un an et se tait pendant dix, ou le critique des Journées de lecture ? Roger Nimier était-il un simple polémiste qui aimait les voitures de sport et les académiciens, Maurras et les chars de la 2e DB, le château de Versailles et les alcools forts au bar du Pont-Royal ou avons-nous affaire à un inventeur de formes, à un auteur qui a modifié notre perception du monde derrière son apparent classicisme ?

Roger Nimier, en effet, a fait trop longtemps partie d’une panoplie littéraire à l’usage exclusif de jeunes gens réactionnaires et amoureux du style, ce qui va souvent ensemble. De génération en génération, et souvent malgré eux, ils ont instrumentalisé Nimier, la personne de Nimier, la légende de Nimier. On ne peut pas leur en vouloir. Qui, à part Nimier et ces écrivains que Bernard Frank avait nommés “les Hussards” comme Blondin, Laurent ou Michel Déon, pouvait leur permettre de respirer sans se retrouver dans les cases obligées du roman français ? Un roman qui a persisté, malgré les années qui passaient, à s’enliser dans l’académisme expérimental du nouveau roman et l’avant-gardisme telquelien, ou qui a prorogé la triste tradition du roman engagé, des éternelles fictions postnaturalistes, lourdes comme un gâteau dans la vitrine d’une pâtisserie oubliée. Sans compter plus récemment, les ravages nombrilistes de l’autofiction qui n’est jamais que la énième tentative d’en finir avec le roman et de forcer le lecteur contemporain à se complaire dans un narcissisme mortifère qui met l’imaginaire aux abonnés absents.
Cette admiration de Nimier a même parfois confiné au mimétisme chez certains écrivains alors que ce qui définit l’esthétique de Nimier, et donc sa morale, c’est une absolue liberté qu’il est impossible de trouver dans la simple imitation. Sauf si elle prend, bien sûr, la forme amusante du pastiche, exercice dans lequel Nimier était un maître mais qui ressortissait à une double vocation : la virtuosité et l’hommage, comme une diététique de la tradition qui, elle seule, paradoxalement, libère vraiment. Nimier est assez clair sur cette question de la tradition, quand il présente ses essais, regroupés dans le Grand d’Espagne, en 1950 : « On s’est employé, depuis plus de cinquante ans, à démontrer que rien n’avait de valeur, qu’il n’y avait pas d’absolu et que tout était permis. Aujourd’hui que la barbarie s’est déchaînée, on propose un retour en arrière. Les sceptiques d’hier affirment tout à coup qu’il y a des vérités nécessaires. »
On sera donc reconnaissant à deux gros ouvrages collectifs qui viennent de sortir de nous rappeler que Nimier, c’est beaucoup plus que Nimier, pour paraphraser un de ses maîtres, pas forcément le plus bienveillant au demeurant, Jacques Chardonne. Deux gros ouvrages collectifs, un Cahier de L’Herne dirigé par Marc Dambre et un recueil dirigé par Philippe Barthelet et Pierre-Guillaume de Roux, mêlent études, témoignages, entretiens et textes inédits ou rares de Nimier et réfléchissent, un demi-siècle après son décès, sur la place exacte de Nimier aujourd’hui. On pourra d’ailleurs déplorer, au passage, que Gallimard n’éprouve pas le besoin, à l’occasion de cet anniversaire, de rééditer Nimier en Quarto (La Pléiade, ne rêvons pas), quand on sait que cette collection abrite, par exemple, Marguerite Duras.
Roger Nimier meurt à 37 ans : il appartenait à cette génération de 1925 qui n’eut pas vraiment le temps de participer à la Seconde Guerre mondiale. Se doutant que la grande Histoire, au siècle des feux rouges et des téléphones, offrirait peu de sessions de rattrapage, Roger Nimier avait manifesté son désir de s’engager dès septembre 1944 et est officiellement recruté au 2e hussards à Tarbes en mars 1945, avant d’être démobilisé à Nice, en août de la même année. Si nous signalons cet épisode biographique plutôt qu’un autre, c’est qu’il est très révélateur de la vision du monde, toujours paradoxale, de Nimier : il s’engage dans l’armée de la Libération, essentiellement parce qu’il est dégoûté par l’atmosphère de chasse à l’homme et d’opportunisme… de cette même Libération ! Cette ambiguïté, il en rendra compte dans son premier roman publié, les Épées, dont le héros, François Sanders, s’engage dans la Résistance, puis dans la Milice. Sortir ainsi un tel roman en 1948 demandait un certain aplomb. On a confondu cet aplomb avec de la provocation. On n’a pas vraiment voulu voir qu’il s’agissait de l’oeuvre d’un jeune homme qui avait beaucoup lu, beaucoup étudié, beaucoup pensé et qui ne se trouvait plus dupe de rien. Cela explique peut-être pourquoi ses amitiés furent celles de grands anciens comme Jouhandeau, Chardonne, Morand ou Céline que Nimier fit éditer et rééditer chez Gallimard malgré la relégation sulfureuse dans laquelle vivait l’auteur du Voyage au bout de la nuit. Dans une éclairante préface à une réédition de deux extraits de l’Élève d’Aristote, sous le titre le Palais de l’ogre, Sébastien Lapaque rappelle qu’il y a chez Nimier, qui avait perdu son père à 14 ans, « une mélancolie d’orphelin » qui lui fit rechercher des pères, plus que des amis, tel Bernanos dans le Grand d’Espagne.
Et il est vrai qu’on ne comprendra pas grand-chose à Nimier si on ne lit pas ce texte fondateur et si on ne comprend pas que Nimier fut avant tout un bernanosien, et le demeura. Le fameux “esprit hussard” qui enchante un apprenti écrivain quand il commence à écrire et voudrait bien que ça ne ressemble pas trop à Alain Robbe-Grillet, on s’aperçoit assez vite que c’est pour amuser la galerie, que c’est un rideau de fumée pour tromper son époque. Nimier fait le désinvolte, Nimier est à la mode, Nimier écrit des scénarios pour le cinéma (Antonioni, Louis Malle, Curt Siodmak, Alexandre Astruc), Nimier termine ses romans par des phrases aussi choquantes pour le bourgeois que : « Je préfère rester fasciste bien que ce soit baroque et fatigant », mais finalement Nimier recherche autre chose, Nimier est, comme le dit Michel Tournier, qui fut son condisciple au lycée Pasteur de Neuilly, « d’une terrible maturité ». D’ailleurs, revenons à Morand, dans son Journal inutile, à la date du 27 septembre 1971 : « Les Hussards. Drôle de penser que Nimier et Jacques Laurent, qui passent pour légers, n’aimaient que la philosophie. »
Bien sûr, sur le coup, des gens très bien furent dupes de cette légende qui se construisait, en quelque sorte, en direct. Dans un roman du trop oublié Jean-Louis Curtis, les Justes Causes qui date de 1954, livre à clé sur le monde intellectuel, médiatique et politique de l’époque, Nimier apparaît sous le nom de Thibault Fontanes. Curtis est bienveillant mais ironique : « Thibault Fontanes déconcertait beaucoup de gens ; ses façons désinvoltes, volontiers insolentes, lui faisaient beaucoup d’ennemis […], il avait endossé l’uniforme moral le plus factice qui soit, celui du mondain. » En revanche, l’écrivain Raymond Guérin est beaucoup plus acide, qui parle ainsi de Nimier dans la Parisienne d’octobre 1953 : « Ce propre d’ignorer le doute, cette manie de la riposte fulgurante, cette parure de fausse rigueur, ce ton qui défie pour défier, ce chiqué fringant, cette virtuosité de rhéteur, cette arrogance de parvenu qui se veut aristocrate, tout cela je le lis à nu chez le petit Nimier. »
Évidemment, Guérin, à l’instar de Curtis se trompent. Nimier apparaît de plus en plus aujourd’hui, tout comme son seul vrai maître Bernanos, comme un écrivain pour temps de crise, un écrivain qui entre dans l’épouvante le sourire aux lèvres et indique au lecteur un passage possible, comme Virgile conduisant Dante dans sa visite des Enfers.
Et finalement, la conclusion, à la lecture des contributions dans le Cahier de L’Herne et le collectif dirigé par Philippe Barthelet et P.-G. de Roux est assez claire : la place de Nimier est aujourd’hui une des toutes premières. Tout simplement. 

Jérôme Leroy

Nimier, sous la direction de Marc Dambre, Cahier de L’Herne n° 99, 384 pages,
Le Palais de l’ogre, de Roger Nimier, préface de Sébastien Lapaque, La Table ronde, coll. “La Petite Vermillon”, 128 pages, 5,90 €. 
Bal chez le gouverneur, de Roger Nimier, L’Herne, coll. “Carnets”, 90 pages,
Roger (Nimier), de Massin, Rue Fromentin, 70 pages.

lundi 22 octobre 2012

Le jour avant le jour

Ce poème est dans Sauf dans les chansons (Table Ronde, 2015)
©Jérôme Leroy, juillet 2012

dimanche 21 octobre 2012

Salopards de Rouges!


L'intervention soviétique en Afghanistan, comme on le voit sur cette photo, fut une horreur sans nom. Heureusement, les Américains armèrent les démocrates Talibans qui rendirent à la femme toute sa dignité alors qu'avant, ces gourgandines étaient à moitié à loilpé et allaient apprendre à la fac des trucs inutiles quand on leur demande juste de tenir une maison et de faire des enfants.
C'est qu'ils en ont fait du mal, ces salopards de Rouges!

La bonne blague du dimanche

Pour Fleur Pellerin, la lutte des classes n'existe pas!
paru sur Causeur.fr



Fleur Pellerin est à la gauche ce que le Galak est à l’amateur de cacao. Ce n’est pas parce qu’il y a marqué « chocolat » sur la plaquette que l’on va en manger. Le signifié et le signifiant divorcent définitivement au temps du social-libéralisme vert. Pour ceux qui avaient des doutes, la charmante sous-ministresse, chargée de l’économie numérique ou d’une de ces appellations virtuelles qui sentent tout sauf la sueur du prolo, a déclaré récemment au Parisien qu’elle « ne croyait pas à la lutte des classes » , que les personnels des PME étaient « en osmose » avec leur patron et qu’ « il n’y avait pas de honte à s’enrichir ».
On pourrait lui répondre, symétriquement, sans davantage de preuves et avec la même assurance, que nous croyons nous dans la lutte des classes, que les tribunaux des prud’hommes prouvent chaque jour par les cas qu’ils ont à traiter que l’ « osmose » dans les PME est peut-être un terme légèrement hyperbolique pour décrire les relations patrons-salariés et que plus généralement, s’il n’y a pas de honte à s’enrichir, on ne voit pas pourquoi on s’énerverait contre les dealers de Saint-Denis ou les traders de la City qui appliquent ce sain principe au mépris de la common decency mais aussi de la loi (on en est où, à propos, de l’affaire des monumentales falsifications autour du Libor ?)
Tout ça pour une représentante du gouvernement, cela devrait quand même poser problème. Apparemment, non. En même temps depuis que l’on sait qu’une élue verte du XIIIème arrondissement explique sans rire, quand elle est soupçonnée d’être impliquée dans un trafic de coke et de blanchiment de l’argent qui va avec, façon Pablo Escobar de la place d’Italie, qu’en fait, elle cherchait juste à frauder le fisc pour ne pas payer l’ISF, on se dit que ce n’est plus à du Galak qu’on a à faire mais carrément à du Benco de contrefaçon.
Mais Fleur Pellerin a plus urgent à penser et notamment l’extension du très haut débit pour Internet. La lutte des classes n’existe pas, donc. Pourtant, cette vidéo, prise par le smartphone d’un facétieux collégien semble prouver que non seulement la lutte des classes existe toujours mais qu’elle est aussi l’objet d’un très haut débit dans la bêtise et l’abjection tranquille de ces sous-fifres intermédiaires qui se prennent pour des seigneurs. Saint-Domingue, La Baule, « votre salaire de merde », « vous allez crever », « pauvre connasse », tout y passe.
« Touchez ma bosse, monseigneur » comme dit avec humour l’agente de la SNCF agressée verbalement par ce divin abruti, apparemment cadre chez Orange. Orange qui s’est empressé d’affirmer que ce n’était aucunement représentatif des valeurs de l’entreprise et que rien ne prouvait les dires de cet individu. On les comprend, chez Orange. Cela pourrait faire croire que chez eux, à l’époque de Lombard, ou on se suicidait, ou on finissait en humaniste de ce genre-là.
Il a de la chance, finalement, le monsieur présumé orangiste. En d’autre temps, disons dans les années 70, quand les rapports de force étaient différents et que ce que gagnait une personne ne suffisait pas à prouver sa valeur humaine, ce n’est pas à une citation de Féval qu’il aurait eu le droit, le grossier personnage à l’hystérie lâche et insultante (il s’est fait reprendre au départ parce qu’il parlait trop fort dans son portable), mais au cassage de gueule réservé aux petits chefs, tels que les relatent Robert Linhart ou Daniel Rondeau, par exemple, dans L’Etabli ou L’Enthousiasme.
Bien sûr, la violence ne résolvait rien. Mais des fois, ça devait soulager… Juste une bonne baffe. Juste une…
PS : aux dernières nouvelles, après une enquête interne, Orange a reconnu qu’il s’agissait de l’un de ses salariés et lui a demandé de présenter ses excuses à l’employée. L’entreprise a également annoncé qu’elle allait s’excuser et a parlé d’un éventuel “accompagnement psychologique” pour l’individu en question. On n’est jamais trop prudent, chez Orange, depuis le passage de Didier Lombard…

Un supplément FQG pour Fleur, une jolie chanson maoïste française par Dominique Grange, toujours, plus que jamais même, d'actualité

samedi 20 octobre 2012

Quelques groupes sentimentaux

"Rêve intense et rapide de groupes sentimentaux avec des êtres de tous les caractères parmi toutes les apparences."
Rimbaud, Illuminations.

jeudi 18 octobre 2012

Europa, bientôt sur les écrans français.

Un manifestant âgé de 66 ans est mort jeudi 18 octobre à la suite d'une crise cardiaque sur la place Syntagma à Athènes, où se déroulaient des manifestations anti-austérité émaillées de violences entre la police et un groupe de jeunes, selon la radio Skaï. L'homme, un militant communiste selon le site InGr, a été victime d'une insuffisance respiratoire et d'une crise cardiaque alors qu'il se trouvait sur la place, en face du Parlement au milieu d'échauffourées avec la police, a indiqué la radio. Il a été transporté à l'hôpital où il est décédé, selon la même source. ( Le Monde)


Ce film t'est dédié, camarade.


mercredi 17 octobre 2012

La nuit tombe

Lisbonne, Europe Occidentale, circa octobre 2012 mais cela n'a pas eu lieu puisque vous ne l'avez pas vu.


"Ce dont le spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas. Car il parle alors de quelque chose d’autre, et c’est donc cela qui, dès lors, en somme, existe. Les conséquences pratiques, on le voit, en sont immenses.

On croyait savoir que l’histoire était apparue, en Grèce, avec la démocratie. On peut vérifier qu’elle disparaît du monde avec elle."

Guy Debord, Commentaires sur la Société du Spectacle. (1988)

On a beau dire, le "vieux de la montagne" a quand même eu le nez creux. 
Qu'il s'agisse de la monstrueuse infamie métaphysique de la "communication de crise" de Renault  au moment de l'affaire des trois de Guyancourt ou de la révolte endémique des peuples grec, portugais, espagnol, il s'agit avant tout de ne pas parler de ce qui pourrait gêner. L'ensemble du complexe financiaro-étatico-médiatique s'y emploie donc avec une efficacité confondante. 
Et vous, vous en pensez quoi de l'exonération des oeuvres d'art dans le calcul de l'ISF?Ou de l'aurorité de Jean-Marc Ayrault? Voilà de vrais sujets...

mardi 16 octobre 2012

Le Bloc, prix Michel Lebrun 2012

Nous remercions très vivement le jury du prix Michel Lebrun, surtout quand on voit qui sont les précédents lauréats.
Nous sommes désolés de n'avoir pu nous rendre au Mans pour le recevoir ce week-end puisque nous étions au festival Toulouse Polars du  Sud prévu de longue date.
Nous sommes également désolés que Gallimard n'ait pu trouver personne pour nous remplacer et aller le recevoir, ce qui nous aurait permis de ne pas passer pour un goujat auprès du jury et  accessoirement, de toucher le chèque qui allait avec.
Donc, du coup, on remercie très, très moyennement notre éditeur.

lundi 15 octobre 2012

Toulouse polars du sud: des rites mystérieux


Tout s'est agréablement passé à Toulouse Polars du Sud avec pour notre part, le dimanche à 16H, un débat sur le polar et la crise, modéré par l'ami Jean-Marc Laherrère avec la participation de Serge Quadruppani, Karim Madani et Olivier Bordaçarre.
Néanmoins, sur cette photo prise par Natalie Beunat, l'on voit dans mon dos Marin Ledun ( Dans le ventre des mères), Caryl Ferey (Mapuche) et Karim Madani (Le jour du fléau) se livrer à ce qui ressemble bien à un twist satanique pour éloigner la foule de Toulousaines sexy qui venaient faire signer des Blocs à tire-larigot.

dimanche 14 octobre 2012

Mademoiselle, je ne vous entends plus.

Avant d'aller passer une dernière journée à Toulouse Polars du Sud et après une jolie promenade dans la ville, la nuit, avec l'ami Serge, cette oraison funèbre pour le grand Frank Alamo.
Sur Causeur.
Frank Alamo yéyé
Frank Alamo est mort. Je vais aller rechercher la mallette-tourne-disque, avec le haut parleur intégré dans le couvercle et je vais écouter toute la nuit les 45 tours du plus beau gosse des années yéyé. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir une tante née en 48 qui vous a laissé son Teppaz et les disques qui vont avec quand vous aviez dix ans. On s’est drogué au paysage sonore français des années 60 durant toute notre puberté. Résultat, on ne comprend rien à rien à la musique dodécaphonique et on préfère Les Surfs à Pierre Boulez. Vous vous souvenez des Surfs ? Des petits malgaches, le seul authentique groupe hexagonal de doo wop. Les Platters du gaullisme qui vocalisaient en plein putsch d’Alger. « À présent tu peux t’en aller ». Un message subliminal pour le général Salan. Ce morceau- là aussi, Frank Alamo l’a chanté. On a tort de ne pas écouter davantage les paroles de ces ritournelles chromées comme des Cadillac et nerveuses comme les petites décapotables MG. Elles disent l’essentiel. C’est une Fanny Ardant dévastée par l’amour dans La Femme d’à côté de Truffaut qui explique que tout ce qu’on peut ressentir de plus violent est déjà dans les paroles naïves des chansons d’amour pour minettes romantiques. Par exemple, nous, et bien que l’on n’ait pas été une minette romantique, on a quand même soigné notre premier chagrin d’amour, l’année de la sécheresse, en écoutant de manière monomaniaque Pas cette chanson de Johnny Hallyday. C’était en 1976, quinze ans après le putsch d’Alger justement. Que cette blonde qui s’appelait Corinne nous ait préféré un grand de 3ème nous avait achevé. Putsch sentimental réussi.
Alors Johnny… Alors Pas cette chanson… :
Toi, que j’aime
Mais tu sais que tu mens
Toi, que j’aime
Mais tu sais que tu mens
Toi, que j’aime
Mais tu sais que tu mens
Tu mens, oui, oui, oui…

De toute façon, il y a prescription et on est littérairement couvert. Proust dans Les Plaisirs et les Jours a écrit un « Éloge de la mauvaise musique ». D’ailleurs, on n’est même pas certain que ce soit de la mauvaise musique. Quelque chose qui façonne l’imaginaire amoureux d’un petit garçon de douze ans, et pour la vie, ne peut pas être franchement néfaste.
Frank Alamo, ce qu’on aimait bien d’abord, chez lui, c’était son look. Cette pochette du 45 tours de Biche, oh ma biche. Il est allongé contre une roue de charrette. Il a un jean crème, une chemise bleu ciel, des boots et un blouson en daim. Le seul qui égalera cette virilité tranquille et mélancolique avec une allure similaire, c’est Steve Mc Queen dans Bullit. Frank Alamo et Steve Mac Queen : ils étaient les plus beaux pour aller danser même si l’on sait avec Norman Mailer que les vrais durs ne dansent pas. Heureusement qu’il y avait le regard battu de Sylvie qui voulait que l’on froisse sa robe et la grande indolence flexible de Françoise Hardy qui trouvait que, même en regardant les autres, elle ne leur trouvait rien, sinon on se serait laissés aller à l’homoérotisme sans s’en rendre compte.
Biche oh ma biche
, sinon, dans son genre, n’est pas seulement le plus grand tube de Frank Alamo, c’est aussi une réévaluation de la pensée baudelairienne sur le maquillage. Frank Alamo, avec Baudelaire, n’est pas contre le fait de souligner au crayon noir de jolis yeux et de s’imaginer, biche, oh ma biche que ce sont deux papillons bleus. Mais il n’est pas, comme Baudelaire, définitivement ennemi du naturel et il le dit clairement à la fin de la chanson :
Laisse tes yeux sans rien autour
Pour moi, ma biche, quoi que tu leur fasses
Tes yeux sont les yeux de l’amour.
Il y a aussi l’inoubliable Allo mademoiselle maillot 38 37. Une chanson prophétique de la surveillance planétaire généralisée, une lecture anticipatrice de la société orwellienne du smartphone. On croit que Winston peut aimer Julia alors que leur histoire est sous contrôle de Big Brother, depuis le début. On exagère ? Si peu. Ecoutez plutôt…
J’ai votre numéro qui chante dans ma tête
Je viens de me le procurer
Par quel moyen ? C’est un secret!
Frank Alamo ne s’appelait pas Frank Alamo, évidemment. Comme Johnny, Eddy et Dick ne s’appelaient pas Johnny, Eddy et Dick. Je ne sais pas si Frank Alamo s’est rendu compte qu’il prenait pour pseudo un nom de défaite héroïque mais de défaite tout de même. On dit qu’il avait adoré le film homonyme de et avec John Wayne.
Frank Alamo est mort à 71 ans d’une sclérose latérale amyotrophique qui est une maladie absolument épouvantable. Pour ceux qui voudraient des renseignements, se reporter au Journal de Matthieu Galley, mort de cette saloperie en 1986. Le journal est caviardé et Grasset ne se presse pas de le rééditer mais c’est une autre histoire.
Frank Alamo, lui, a perdu héroïquement comme les défenseurs texans sur leurs remparts en ruines et moi, ce soir, je ne peux que chanter devant le vieux Teppaz avunculaire :
On a eu tort de vouloir nous séparer
On a eu tort aujourd’hui je peux bien l’avouer
Tout comme un enfant perdu
Je vais seul au long des rues.
 

vendredi 12 octobre 2012

A Foix, ce soir...

Dans le cadre de Toulouse Polars du Sud, nous sommes ce soir à Foix, pour le café littéraire de l'Estive. Là, on regarde par la fenêtre de l'hôtel l'Ariège encaissée , et on se dit qu'il y a un vrai bonheur mélancolique à être au monde.

jeudi 11 octobre 2012

Demain, Toulouse Polars du Sud!

On est très content d'être invité par Toulouse Polars du Sud et d'y retrouver Serge Quadruppani. Ca va finir par se voir que les salons du livre à travers la France sont le seul moyen que l'on ait trouvé pour vivre notre amour en secret en attendant le vote de la loi du mariage pour tous.
Ce sera aussi l'occasion de revoir de chouettes copains et notamment Jean-Marc Laherrère, dont le blog de polar est recommandé depuis la fondation de FQG, qui modèrera(?) la table ronde à laquelle je participerai. 
Avec Serge, justement...

mercredi 10 octobre 2012

Putsch en Grèce: la faute à Chavez?




paru sur Causeur.fr

Il y a eu un putsch en Grèce. Il fallait s’y attendre. On ne bafoue pas impunément l’indépendance nationale d’un pays, sa fierté séculaire à coups de memoranda fouettant les populations locales jusqu’au sang. Un De Gaulle grec a dû se réveiller quelque part dans une caserne perdue de Béotie, de Macédoine ou d’Argolide. Il regardait mélancoliquement la cour, voyait deux chars à bout de souffle, des soldats dépenaillés, désœuvrés, qui attendaient leur solde, il venait d’apprendre, aussi bien, que l’îlot où il allait pêcher avec son grand père, près d’Eubée, allait être privatisé. Pas privatisé, non, puisque la constitution l’interdit mais juste loué pour une soixantaine d’années à un quelconque conglomérat touristique qui en fera une marina sécurisée pour rentiers allemands et traders retirés des affaires à vingt-neuf ans. Ou alors un coup de téléphone lui avait annoncé que pour sa gamine qui devait être opérée des yeux, cela ne pourrait pas se faire à l’hôpital de Patras, qui venait de fermer pour raison budgétaires.

Alors, foutu pour foutu, pourquoi ne pas faire comme ce lieutenant-colonel vénézuélien, comment il s’appelait déjà, ah oui, Chavez… Ça ne lui avait pas mal réussi. Il avait raté une première fois mais au moins, lui, il s’était fait réélire six fois, contre le monde entier qui le détestait et expliquait quel dictateur c’était et aussi contre une opposition incarnée par un leader jeune, moderne et de centre gauche regroupant une coalition allant de Louis Aliot à Pierre Moscovici. De « centre gauche », Henrique Capriles Radonski ? Ah bon, c’était pourtant Capriles, lors du coup d’état de quelques heures en 2001 pour virer Chavez et mettre à sa place le patron des patrons vénézuéliens, qui avait envahi l’ambassade de Cuba pour commencer la chasse aux chavistes éventuellement réfugiés là. De centre-gauche… à condition d’admettre que Capriles est au centre-gauche ce que Lénine était à l’économie de marché…
Mais revenons au putsch qui vient de se produire à Athènes. Il est incontestable : des hélicoptères survolent la capitale sans cesse ce lundi. Le quartier autour de la place centrale Syntagma est bouclé à la circulation et des barrières en interdisent l’accès aux piétons. Des patrouilles policières sillonneront le centre-ville, tandis que l’aéroport d’Athènes, les ambassades allemandes et autres sociétés européennes seront placées sous haute surveillance. La police portuaire mobilise actuellement quelque 300 personne pour assurer la sécurité du front de mer  et accentue sa surveillance en le faisant sillonner par des bâtiments qui ont leur armes tournées vers la ville. 6500 membres des troupes anti-émeutes sont déployés dans les rues sillonnées par des canons à eau en attendant, sans doute les chars.

À moins que…. À moins que ce putsch ne soit pas le putsch d’un De Gaulle grec mais celui d’un héritier des sinistres colonels qui prirent le pouvoir en 67 et exercèrent une dictature féroce jusqu’en 74 quand ils s’effondrèrent d’eux-mêmes à cause de l’invasion turque à Chypre. Là, ce serait moins bon signe. Mais il faut examiner cette hypothèse. On sait que, comme en 67 à Athènes et en 73 à Santiago du Chili, quand le libéralisme a un peu de mal à expliquer qu’il fait le bonheur des peuples grâce au doux commerce, il n’hésite parfois pas à enfermer les étudiants dans les stades, à jeter les opposants vivants du hauts des avions, bref à procéder à quelques aménagements avec les libertés publiques, histoire de faire passer les indispensables réformes et les nécessaires aménagements structurels. Amen.

Mais non, mais non, on m’indique dans l’oreillette qu’il ne s’agit pas d’un putsch à Athènes. C’est simplement une visite d’Angela Merkel qui va se faire voir chez les Grecs mardi. Son extrême popularité dans la région explique ces quelques précautions.
D’après les termes officiels, Angela Merkel va tenter de transmettre « un message de solidarité » au peuple grec et au dirigeant conservateur du gouvernement de coalition, Antonis Samaras, qu’elle doit rencontrer en début d’après-midi. Une solidarité qui n’oubliera pas de préciser gentiment mais fermement à un Etat dont les caisses seront vides en novembre que sans changements radicaux et sans économies, la tranche d’aide de 31, 5 milliards d’euros ne sera pas versée.
Vous voyez bien, tout cela n’a rien à voir avec un pustch. Vraiment pas.

On n’est pas au Venezuela, chez nous…

lundi 8 octobre 2012

Chavez, Chavez, Chavez


VENEZUELA: Hugo Chavez réélu président


Hugo Chavez. (Rodrigo Abd/AP/SIPA)

La zone chaviste libérée de Feu sur le Quartier Général salue avec émotion et bonheur la brillante victoire du Commandante Chavez. Il souhaite que ce mandat soit celui du passage effectif au socialisme et que dans sa grande sagesse le Commandante sache préparer sa succession car c'est aussi à cela que l'on reconnaît les grands hommes.
Nous adressons un salut fraternel au peuple vénézuélien et lui somme reconnaissants d'incarner une espérance rieuse et une alternative heureuse à l'effrayant tsunami néo-libéral qui submerge notre pauvre Europe. 
Vive Chavez! Vive la révolution bolivarienne! Vive le socialisme du vingt-et-unième siècle!

Et maintenant, on danse pour fêter ça:




Jean-Louis Trintignant à la Cinémathèque



paru sur Causeur.fr



C’est à lui que nous aurions voulu ressembler. Les choses auraient été plus simples avec les jolies filles, le temps qui passe, si on avait eu sa gueule, son maintien, cette façon de mettre les mains dans les poches d’une veste de costume en relevant les épaules. Dire qu’il aura eu Brigitte Bardot et Monica Vitti pour partenaires. Il y en a qui ne mesurent pas leur bonheur.
Lors de notre première rencontre avec Jean-Louis Trintignant, nous devions avoir sept ou huit ans. Nous nous en souvenons encore. On nous offre un 33 tours pour notre anniversaire. Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Nous revoyons encore la pochette, kitsch comme on pouvait être kitsch dans ces années là. Bleu ciel avec un blondinet habillé comme un garçon dessiné par Pierre Joubert sur la couverture des livres Safari Signe de Piste. Le Prince Eric en moins viril. La cible idéale pour un pédophile. Et il fallait bien la voix de Trintignant, son débit si particulier, sa gravité chaude pour rendre prenant ce texte d’une niaiserie intergalactique. Nous faisons le malin mais nous avions été impressionné, à l’époque. Un peu ému, même, quand Trintignant lisait le passage sur le renard et la rose. Ne le répétez pas, mais nous croyons bien qu’à chaque fois nous avions les larmes aux yeux quand nous entendions la voix de Trintignant à travers les craquements oubliés du son béni d’avant la haute fidélité glacée, qui disait :
« Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »
Quand on regarde la programmation de la Cinémathèque, pour ce cycle, on mesure à quel point Trintignant fait partie de l’imaginaire national depuis plus d’un demi-siècle. Il a joué dans les films les plus élitistes comme les plus populaires. On le trouve à la fois chez Robbe-Grillet et chez Claude Lelouch (chabadabada). Ou Alain Cavalier (en fanatique de l’OAS) et Philippe Labro (en flic mutique). Et à chaque fois, il garde la même aura, le même sourire félin, le même retroussis mi cruel mi sensuel des lèvres, le même regard tour à tour froid, dur, dérouté. Il sera même président de la République en campant un Mitterrand plus vrai que nature dans Le bon plaisir de Francis Girod, mille fois plus crédible et dense que le clownesque Podalydès jouant Sarkozy dans La Conquête, un des films les plus honteusement révérencieux de ces dernières années.
Cinquante films de Trintignant, pas un de moins, sont proposés par la Cinémathèque française jusqu’à la mi novembre. Il serait difficile de dire quels sont nos préférés. Il y a, par exemple, Un homme est mort, ce polar de Jacque Deray, réalisateur qui ne brille pas habituellement par son génie de la mise en scène mais qui a trouvé, en grande partie grâce à Trintignant, le moyen de faire un film janséniste, linéaire, désespéré, racontant comment un joueur de poker français est chargé de devenir tueur à gages à Los Angeles pour honorer sa dette. La ville américaine, encore si exotique en ce début des années 70, est filmée à travers les yeux de Trintignant qui la ressent comme un non-lieu, un futur proche inhabitable et mortifère.
À propos de jansénisme, c’est aussi un pascalien moderne que Trintignant joue dans Ma nuit chez Maud, un Rohmer de grande cuvée où il incarne un ingénieur catholique et amoureux dans le Clermont-Ferrand de 1969. Il parie sur la femme idéale comme Pascal demandait au croyant de parier sur l’existence de Dieu et il donne magnifiquement la réplique, le temps d’une nuit de Noël, à Françoise Fabian et Antoine Vitez.
On se rappellera également, à l’occasion de cette rétrospective, qu’il fut un temps le jeune premier préféré du cinéma italien jouant en 1964 dans le cultissime Il Sorpasso de Dino Risi, film dans lequel il parvient à ne pas être écrasé dans son duo avec un Vittorio Gassman au meilleur de sa forme. Dans Il Sorpasso, Le Fanfaron en français, Trintignant trouve aussi le moyen de rater une histoire d’amour avec la toute divine Catherine Spaak, ce qui est impardonnable de maladresse. Tout cela sur fond de twists de Mina et du klaxon d’une Aurélia sport qui roule vite, beaucoup trop vite, et ne tient pas la route, un peu comme le miracle italien de ces années-là. Mais on reverra aussi avec plaisir son interprétation tout aussi introvertie d’un fils de la bonne bourgeoisie fasciste qui voit son monde s’effondrer sur fond d’éducation sentimentale dans Un été violent de Valerio Zurlini.
Oui, passez donc l’automne avec Trintignant et souvenez-vous qu’au cinéma, les jeunes hommes, comme les diamants, sont éternels.





dimanche 7 octobre 2012

Montherlant, encore une fois.


  

Montherlant, Henry de Montherlant ? Vous voyez de qui il est question ? Vraiment ? Par exemple, vous souvenez-vous qu’ il s’est suicidé il y a presque quarante ans, jour pour jour, le 21 septembre 1972, vers 16 heures, dans son appartement du 25, quai Voltaire, à Paris ? C’était à la fin de l’été et à la fin de l’après-midi : on peut espérer que le vieil homme, né en 1895, qui devenait aveugle, eut le droit, une dernière fois, à cette lumière tendre et dorée des fins de saison sur Paris, aux scintillements de la Seine qui attend l’automne, avant d’avaler sa capsule de cyanure et, pour faire bonne mesure, de se tirer une balle dans la bouche.
Le suicide, quoi de plus tragiquement banal aujourd’hui ? On se suicide parce que l’on est jeune et que l’on se laisse décevoir par un monde sans perspective, on se suicide sur son lieu de travail parce qu’on ne trouve plus de sens à ce que l’on fait, on se suicide aussi de manière bovaryste par chagrin d’amour. Tous ces suicides sont déplorés mais admis par la société : ils rentrent dans des cases sociologiques et psychologiques rassurantes. Le suicide de Montherlant, lui, est un suicide de Romain, un suicide d’affirmation de soi, c’est le même à vingt siècles d’écart, que celui de Caton d’Utique ne voulant pas survivre à la victoire de César et se tuant avec sa propre épée. Montherlant écrit d’ailleurs : « Lucrèce apporte une conception métaphysique nouvelle dans le monde romain, et la seule qui convienne à un homme de raison. Sénèque, un art de vivre par la sagesse, qui est nouveau également pour les Romains. Pétrone, un art de vivre par le libertinage gracieux, dont la littérature latine n’a pas d’équivalent. Tous trois se suicident. »
Il y a peut-être là, une des premières raisons de ce silence autour de Montherlant. Ce genre d’attitude, ce genre d’altitude ont quelque chose de scandaleux, d’inassimilable par les temps qui sont les nôtres. Je n’y suis plus pour personne, Noli me tangere !
Mais il y a d’autres raisons, bien sûr, plus complexes, plus souterraines, qui président à cette absence prolongée de Montherlant des écrans radar de l’histoire littéraire. Car le silence assourdissant qui entoure cette date anniversaire est tout de même étonnant. À l’exception d’un “mélange” d’hommages et d’études passé presque inaperçu, nous n’avons eu le droit à aucune publication, réédition ou colloque. Montherlant s’en va, dirait-on, Montherlant s’efface insensiblement alors qu’il fut un des plus grands écrivains du siècle précédent.
Si vraiment vous insistez, on vous répondra qu’il est tout simplement démodé, poussiéreux, d’un temps où le “grantécrivain” comme le dit plaisamment Dominique Noguez était une figure majeure de la société française et dont Sartre fut l’un des derniers exemples. L’explication est un peu courte et demanderait un examen un peu plus sérieux que quelques clichés à l’emporte-pièce. Un lecteur sans préjugés qui ouvre au hasard les Carnets de Montherlant, aujourd’hui, et lit par exemple : « On tâtonne pour trouver son mode de vie. Votre vie se met en place à petits coups, comme un chien en boule s’y reprend dix fois avant d’être à l’aise et de s’endormir » comprend que cette voix-là a encore beaucoup à nous dire, et sur les aspects les plus immédiats de notre quotidien.
Il comprend aussi que Montherlant peut faire partie de ces écrivains qui accompagnent nos jours incertains et nos nuits d’insomnie comme des Baedeker existentiels, des vade-mecum qui permettent de trouver un certain bonheur farouche d’être au monde. Alors que les idées reçues sur son compte en font au contraire l’écrivain hautain par excellence qui entretiendrait une distance permanente d’aristocrate avec le réel, la banalité, le prosaïque. Ceux pour qui Montherlant évoque encore vaguement quelque chose ont ainsi l’image d’une manière de statue antique trop raide, empesée dans un barrésisme qui n’est plus de saison à l’époque de l’agonie de nos patries charnelles. Ils ne peuvent plus imaginer qu’il est aussi un contemporain étrangement familier pour qui sait l’entendre : « Le sens de la vie est d’être heureux, non de lutter en vue d’obtenir des choses qui ne vous font pas envie. » Les Carnets, encore, période mai-novembre 1931…
Mais non, il a été décrété que Montherlant n’était plus audible. Il faut savoir que, pour les écrivains du passé, il y a des amnésies collectives qui sont parfois subtilement organisées. Il ne s’agit pas de paranoïa, il suffit de constater que, dans une nation aussi littéraire que la France, les commémorations d’écrivain font l’objet de listes annuelles officielles publiées par le ministère de la Culture et deviennent un enjeu important dans la construction de ce que l’on pourrait appeler notre roman national, qui se doit d’être le plus politiquement correct possible.
L’habituelle confusion entre l’art et la morale lui a fait tort
On se souvient de la polémique, en l’an dernier, autour du cinquantenaire de la mort de Louis-Ferdinand Céline et du rétropédalage de Frédéric Mitterrand devant le choeur des vierges effarouchées qui avaient décidé que l’antisémitisme était incompatible avec le génie, dans cette habituelle confusion entre l’art et la morale qui rend si tristement conformiste notre époque se croyant pourtant tellement libérée.
On objectera que Montherlant a ses oeuvres complètes dans La Pléiade, que certains de ses textes sont disponibles, pas autant que cela d’ailleurs, en livre de poche. Oui, mais encore une fois, c’est toute la différence entre une censure totalitaire, qui rend des oeuvres jugées dangereuses inaccessibles en les faisant disparaître des librairies et des bibliothèques, et une censure démocratique, qui les noie dans une profusion entropique : on trouve Montherlant en Pléiade, oui, mais on y trouve aussi Prévert, Vian et Simenon. On a le droit d’aimer Prévert, Vian et Simenon, on a aussi le droit de penser qu’ils sont beaucoup plus faciles d’accès et rendus plus séduisants, charmants, modernes par la critique officielle qui voit là des auteurs plus en conformité avec notre présent.
Et puis, bien sûr, il y a les prescriptions scolaires. Dans tous les sens du terme, aujourd’hui, Montherlant n’est plus au programme. Pour notre part, nous ne l’avons rencontré qu’une seule fois dans notre scolarité, à la fin des années 1980. C’était en khâgne où une des questions au programme était “le théâtre contemporain”. Il y avait les Bonnes de Genet, Fin de partie de Beckett et la Reine morte de Montherlant. On cherchait à nous montrer, l’air de rien, que face à la modernité subversive, forcément subversive, de Genet et le dénuement volontaire de Beckett qui renvoyait à une métaphysique du néant, il y avait chez Montherlant quelque chose de tout de même terriblement obsolète. Il n’était question que de grandeur, d’honneur, tout un lexique hors de saison porté par des personnages que l’on aurait cru sortis de chez le vieux Corneille avec trois cents ans de retard. Bref, Montherlant jouait dans l’économie du cours le rôle de contre-exemple, de survivance archaïque d’un théâtre du monde d’avant.
Céline, encore lui, remarquait en exergue à la réédition du Voyage au bout de la nuit : « Le seul livre vraiment méchant de tous mes livres, c’est le Voyage… Je me comprends… Le fonds sensible… » Ce qu’il voulait dire, en fait, c’est que le scandale des pamphlets antisémites n’était qu’un prétexte à la haine qu’il suscitait. Que ce qui était réellement en cause, c’était le fait d’avoir renvoyé au monde un reflet qui en montrait toute l’horreur par des romans et un style définitivement en rupture.
C’est une histoire vieille comme la littérature elle-même, finalement. Les écrivains sont attaqués, oubliés, ostracisés pour de faux motifs. Ainsi a-t-on pu reprocher à Montherlant son amour des “garçons”, titre d’un de ses meilleurs romans où il fait plus que suggérer son goût pour les amitiés particulières. Ou encore son attitude douteuse pendant l’Occupation avec le Solstice de juin considéré à la Libération comme un livre célébrant le génie germanique alors qu’il fut interdit pendant trois semaines par les autorités allemandes. On voit bien que, dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de prétextes.
Alors quoi ? Alors, sans doute, est-ce le fait que Montherlant soit l’homme qui choisit de ne pas choisir, au nom de sa liberté. On sait que nous vivons désormais sous le signe d’une régression communautaire, voire tribale. Qu’il faut faire partie d’un groupe, quelle que soit sa nature, ethnique, politique, sexuelle et s’y tenir. C’est le temps des assignations définitives : il faut qu’un homme soit un homme comme une chaise est une chaise, en une morne coïncidence avec lui-même.
Mais tous les héros, en mal comme en bien, de Montherlant nous invitent à une éthique inverse. Nous ne sommes vivants, pour Montherlant, que par nos contradictions, idée qu’il a développée dans un petit texte majeur, « Syncrétisme et alternance », que l’on trouve dans Aux fontaines du désir et où il déclare : « Oui, tout le monde a raison, toujours. Lui qui dit à son amie : “Est-ce ma faute si mon amour s’en va ?” et elle qui crie : “C’est trop de cruauté !” Le père qui trouve son petit garçon odieux, et le petit garçon qui trouve son père odieux. Le Marocain et le gouvernement qui le mitraille. Le chasseur et le gibier. La loi et le hors-la-loi. Et moi, quand j’écris ceci de sang-froid. Et moi, si je le maudissais dans la chaleur d’un saisissement. »
Un moderne ne peut y voir qu’un épouvantable relativisme. Simplement parce qu’il a tout oublié de la liberté, et tout oublié de Montherlant.  
Jérôme Leroy

jeudi 4 octobre 2012

Montélimar, et ses cafés littéraires, 17ème édition

Serge et mézigue, dans la banlieue de Montélimar   

On y sera dès vendredi soir et on y retrouvera Serge Quadruppani. Si vous ne venez pas à Montélimar pour moi, venez au moins pour lui.

Ils désertent de Thierry Beinstingel



Thierry Beinstingel est un des rares écrivains, aujourd’hui, à savoir rendre compte du monde du travail tout en se souvenant que l’important reste, à la fin, bien au-delà d’un éventuel message, d’avoir donné au lecteur un livre qui soit un objet littéraire. On peut dire, avec Ils désertent, qu’il a de nouveau réussi son pari.
Le sujet pourrait paraître d’une banalité bien morne, presque naturaliste. Un vieux VRP, à deux ans de la retraite, s’apprête à être licencié par sa boîte spécialisée dans le papier peint. Pour faire le sale boulot, on envoie une jeune femme qui vient d’être embauchée. Elle comprend vite que son avenir professionnel est conditionné à la réussite d’une mission simple : faire partir le vieux VRP. Tout l’art de Beinstingel va être de transfigurer cette histoire en une méditation presque musicale sur notre modernité qui en devient presque poétique à force d’être dépourvue de… poésie.
Pour expliquer ce paradoxe, il faut parler de l’écriture de Beinstingel, de son art d’emmener le lecteur par la main en utilisant la deuxième personne comme le fit Butor dans la Modification. Pour la jeune femme, ce sera “tu” et pour l’ancêtre “vous”.
Elle, elle a acheté un appartement trop grand dans une banlieue trop lointaine. Elle lit la Condition de l’homme moderne de Hannah Arendt. Lui, il reste un des meilleurs vendeurs avec ses méthodes à l’ancienne, son refus du téléphone portable et sa connaissance des petits magasins oubliés dans les villes d’importance secondaire. Depuis son divorce, il revient le moins possible dans son appartement et connaît le charme doux-amer de la vie dans les hôtels milieu de gamme où il s’est pris d’une passion pour la Correspondance de Rimbaud. Ils désertent, qu’il faut aussi entendre comme “île déserte”, est la rencontre, contre toute attente, de deux solitudes que le monde cherchait à opposer et qui finiront par trouver la “liberté libre”, si chère à Rimbaud.
Fayard, 260 pages, 19 €.

mardi 2 octobre 2012

On ne se lassera jamais


Le PCF et le front de gauche contre le traité budgétaire européen
Ce qu’ils ne comprennent pas, en face, c’est que nous, les communistes, les rouges, les partageux, on ne se lassera jamais.
On ne se lassera jamais, un 30 septembre, par une de ces premières journées d’automne, qui ressemblent encore à l’été comme si une saison en regrettait une autre et voulait se faire pardonner, de se retrouver à 10h du matin, devant un bus affrété par le Front de Gauche, à Lille, devant la station de la Porte d’Arras.
On ne se lassera jamais des rires et des interpellations joyeuses entre camarades avant d’embarquer.
On ne se lassera jamais des conversations animées dans le bus, des retrouvailles, des espérances et des craintes : « Tu crois qu’on sera combien ? », « Il paraît qu’ils ont un bus de 40 au départ de Seclin », « J’ai des copains de Bordeaux qui m’ont téléphoné, c’est très mobilisé chez eux aussi. »
On ne se lassera jamais de se savoir, comme d’habitude, en première ligne, seuls contre tous ou au moins contre les médias et les politiques qui ont tout fait pour ne pas parler de cette manifestation contre le TSCG.
On ne se lassera jamais d’un arrêt après le dernier péage avant Paris, pour attendre les autres bus, des sandwichs mangés contre les glissières de sécurité, d’une bouteille de Chinon partagée sous le soleil. Et du nouveau départ en convoi, escorté par des motards qui doivent nous en vouloir de bosser un dimanche, sauf s’ils ont été électeurs de Mélenchon, et pourquoi pas finalement.
On ne se lassera jamais de l’arrivée à Nation, des drapeaux, des ballons très haut dans le ciel bleu.
On ne se lassera jamais de l’inquiétude, « On n’est pas beaucoup, non ? » « Mais si, le défilé est parti pile à l’heure pour éviter la bousculade »
On ne se lassera jamais des slogans répétés en chœur, du larsen des porte-voix, des rencontres de hasard au milieu de la foule, un ami écrivain que l’on ne s’attendait pas à trouver là, un jeune lecteur qui vient vous serrer la main.
On ne se lassera jamais des déguisements de certains, les ouvrières de Doux en Calimero, et de l’humour de tous au cœur du commun combat.
On ne se lassera jamais, au long du défilé, des arrêts de bus transformés en stands provisoires pour des journaux alternatifs, des associations de droits de l’homme ou encore Les Amis de la Commune où l’on est allé acheter un pin’s.
On ne se lassera jamais des tracts et des journaux distribués par les organisations les plus diverses et parfois les plus microscopiques qu’on ne citera pas pour ne vexer personne, sauf le POI, le parti ouvrier indépendant, dont la militante qui distribuait son quatre pages était décidément bien jolie.
On ne se lassera jamais de passer la Seine, sur le Pont d’Austerlitz, et de la vue magnifique au cœur de l’après-midi. D’un côté, l’immeuble de Bercy, la citadelle des Finances, celle qu’il faudra bien prendre un jour pour la mettre au service d’une autre politique et de l’autre sur Notre Dame, la citadelle de Dieu, qui s’Il existe ne peut que nous soutenir puisque son fils dans l’Evangile, a bien chassé les marchands du Temple et expliqué qu’il serait plus compliqué pour un riche d’entrer au Royaume des Cieux que pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille.
On ne se lassera jamais de se rappeler, à ce moment-là, entre les deux rives, au-dessus du fleuve éblouissant d’un poème d’Aragon, dans Le Crève-coeur :
Ma patrie est comme une barque
Qu’abandonnèrent ses haleurs
Et je ressemble à ce monarque
Plus malheureux que le malheur
Qui restait roi de ses douleurs.
On ne se lassera jamais ces trois filles, au balcon du dernier étage d’un immeuble Haussmann, qui saluent le cortège gaiement en faisant jouer une Internationale de toute la force des baffles de leur chaîne.
On ne se lassera jamais de penser qu’il suffirait de peu de chose pour que la ville, si douce, ses avenues profondes, ses arbres qui jouent avec l’ombre et un soleil qui paraît de plus en plus chaud, bref pour que le monde entier soit parfaitement beau : qu’il soit juste.
On ne se lassera jamais de voir le drapeau tricolore de la Révolution Française mêlé au drapeau rouge de l’espérance communiste.
On ne se lassera jamais, jamais, jamais.
Et on peut le répéter, si vous voulez, 80 000 fois ce coup-ci.
Et beaucoup plus encore pour les prochaines manifs.