vendredi 30 décembre 2011

Hidden treasures

Retrouvez ce poème dans Sauf dans les chansons (Table Ronde, printemps 2015)

mercredi 28 décembre 2011

Le Bloc à la radio et chez les Rolling Stones (avec Exley)

On a causé aujourd'hui dans le poste pour l'émission Culture Vive de Radio France Internationale.
Et puis le magazine Rolling Stones à la gentillesse de nous placer dans son top 20 des livres de l'année.
On est assez fier, au demeurant, de se retrouver là, avec une de nos lectures les plus émouvantes de l'année, Le dernier stade de la soif de Frederick Exley, traduit enfin après cinquante ans grâce aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.


mardi 27 décembre 2011

Divine enfant

Europe occidentale, circa 2012 (chute de l'économie spectaculaire marchande)

lundi 26 décembre 2011

Echapper aux tueurs


Echapper aux tueurs de Matthieu de Boisséson (Gallimard), paru sur Causeur.fr 

Montherlant appelait des livres comme Echapper aux tueurs de Matthieu de Boisséson des « machins », c’est à dire des livres qui ne sont ni des romans, ni des essais, ni des carnets de notes, ni des aphorismes, ni de la poésie, ni des journaux intimes mais un peu de tout cela à la fois. Evidemment, cette aristocratique désinvolture face aux genres et autres taxinomies autoritaires est de moins en moins de saison. Les éditeurs savent que la littérature, qui a toujours été difficile à vendre, est devenue franchement invendable. Alors ils cherchent dans l’invendable ce qui se vend encore un peu. C’est ce qui explique l’impérialisme du roman. Et encore, on ne va pas se plaindre. Un roman, même mauvais, ça reste de la littérature, malgré tout. Surtout si on le compare aux confessions des vedettes, aux livres des hommes politiques, aux livres sur les hommes politiques, aux manuels de développement personnel, aux méthodes miracles sur les régimes ou la manière d’échapper au cancer en mangeant exclusivement des prunes et de la choucroute.
Echapper aux tueurs est donc une manière de survivance en soi. Le simple fait qu’un livre comme celui-ci puisse encore exister, comme un amer sur l’océan des publications calibrées, a quelque chose de rassurant même si l’on se doute bien que de tels textes ne seront plus là encore très longtemps pour laisser sa chance au goût dans une époque qui en fait si peu preuve. Echapper aux tueurs, malgré son titre de polar, serait plutôt un programme de survie en milieu hostile. Les tueurs dont il est question ici sont ainsi définis par l’auteur : « Les tueurs : l’ennemi mortel qui rôde dans un monde affadi ou pétrifié par la technique. A cet ennemi s’opposent la légèreté, la rêverie, la montagne, le dépaysement, les jeunes étrangères, l’amitié et tout ce qui permet, selon Kafka, ‘un bond hors du rang des meurtriers.’ » Le voyant tchèque n’est qu’une des nombreuses références de Boisséson, qui cite beaucoup. Parmi tant d’autres, relevons Spinoza et Keith Roberts, Nietszche et Annie Le Brun, Nabokov et Jaccottet, notre plus grande poète vivant, maître de la lumière et de l’effacement dont on prépare pour l’année prochaine l’édition en Pléiade et dont vient de sortir une anthologie réalisée par lui-même1 .
Citer peut être une manière de pontifier ou au contraire le signe d’une extrême modestie, la modestie de ceux qui savent qu’on ne pense pas tout seul et que d’autres ont ressenti, aimé, joui et lu avant nous, et l’ont souvent mieux dit. Et puis, comme remarquait déjà Guy Debord dans son Panégyrique, “Les citations sont utiles dans les périodes d’ignorance ou de croyances obscurantistes”. Autant dire qu’il s’agit bien pour Matthieu de Boisséson en 2011 de faire comme Montaigne pendant les Guerres de Religion. Dans les deux cas, on cite contre la barbarie car les temps ne paraissent à Boisséson guère plus favorables, ce en quoi on ne peut pas franchement lui donner tort.
Dans Echapper aux tueurs, s’il est question de Spinoza, il est aussi question de mannequins. L’un ne va pas sans les autres puisque la beauté est une manière comme une autre de nous éprouver comme éternels. Les mannequins sont quatre, pour être précis. Irina qui est russe, Ana qui est polonaise, Priscilla qui est brésilienne et Anastassia qui est biélorusse. Le narrateur se retrouve obligé de les loger chez lui. Essayez de vivre avec quatre mannequins chez vous sans y toucher, pour voir, alors qu’elles vous montrent leurs bobos à tout bout de champ : ça va du téton infecté par un piercing de contrebande à une forte tendance à l’alcoolisme, au tabagisme et au mysticisme. Dans ces cas là, il faut faire preuve de stoïcisme et se souvenir, via Roberto Calasso, de l’étymologie de nymphe , à la fois fois la source d’eau et jeune fille prête pour les noces : « Les deux définitions sont chacune le fourreau de l’autre. S’approcher d’une nymphe signifie être saisi, possédé par quelque chose, se plonger dans un élément souple et mobile qui peut se révéler, avec une probabilité égale, exaltant ou funeste. »
Quand il ne cite pas et ne panse pas des mannequins, Matthieu de Boisséson va beaucoup dans les musées. Van Gogh à Amsterdam pour réfléchir au lien entre les bateaux et l’amitié ou Pouchkine à Moscou pour une exposition sur les peintres d’Europe du Nord aux XVème et XVIème siècle, en compagnie d’une jolie fille qui fume trop et s’interroge sur un tableau représentant la Nativité.
C’est qu’il voyage beaucoup, Matthieu de Boisséson. Il ne le fait pas à la manière des nomades de l’hyper classe mais plutôt avec la morale d’un homme en cavale que son humour et sa culture protègent, encore un peu et pour combien de temps, des tueurs qui sont à ses trousses.
  1. L’encre serait de l’ombre de Philippe Jaccottet, notes proses et poèmes choisis par l’auteur, 1946-2008, Poésie/Gallimard

samedi 24 décembre 2011

Noël de France

Les Chaussettes noires, dans cette chanson émouvante comme les sixties englouties, disent leur bonheur de voir apparaître la figure émancipatrice et révolutionnaire du Divin Enfant. Ils insistent, de manière très aragonienne, sur la beauté de la France mais aussi sa nécessaire articulation avec l'universel dans un grand mouvement internationaliste.
Les slows sous le sapins sont vivement recommandés.

vendredi 23 décembre 2011

Juste parce que c'est bon...

...et que c''est bon comme ce qui a été bu ce soir (Premier rendez-vous (Jousset, Montlouis), Acacias (Villemade, Cour-Cheverny( bonheur du romorantin), Nuit d'ivresse (Bourgueil, Catherine et Pierre Breton))  dans un dîner où l'agrément des conversations s'est traduit par l'heure à laquelle on va se coucher, juste parce que c'est bon donc, ceci:

jeudi 22 décembre 2011

Une simple question

Serait-ce caricatural de dire qu'en France, en décembre 2011, le gouvernement a envoyé ses flics épauler des jaunes pour casser une grève?
Une agente de sécurité, usée par ses conditions de travail, agressée dans ses droits constitutionnels, se demande vainement vers qui se tourner.

Les aphorismes de José Noce


Je reprends cette ancienne préface parce que mon ami José Noce vient de publier un nouveau recueil d'aphorismes, Aphorisiaques, aux éditions Krakoen (www.krakoen.com, 15 euros.) Et je sais que parmi nos aimables abonnés, il y a un certain nombre d'amateurs éclairés de la forme courte, l'apophtegme, le fragment, la maxime, l'inscription, j'en passe et des meilleures.

Littérature

Un sous-officier, lors de mon service militaire, faisait remarquer que malgré tous les progrès technonogiques, l'infanterie resterait toujours l'arme des cent derniers mètres. Cela m'a  semblé, depuis, la meilleur définition possible de la littérature.

mardi 20 décembre 2011

Sous le soleil rouge exactement

D'aucuns empaffés dont l'anticommunisme tient lieu de libido affectent ces jours-ci d'accoler le beau nom de communiste à un satrape ubuesque extrême-oriental récemment décédé dans un train blindé comme un méchant dans une aventure de Corto Maltese.
Qu'ils sachent que le communisme sexy, poétique et balnéaire viendra et qu'il aura les yeux d'Anna Karina. 
Elle vous indiquera, en plus, l'endroit où le trouver: sous le soleil, exactement.

lundi 19 décembre 2011

Ne dis rien

"Le silence est le parti le plus sûr de celui qui se défie de soi-même."
La Rochefoucauld

dimanche 18 décembre 2011

Video kills radio stars

Ce soir, il a été question du Bloc au Masque et la Plume . Le livre a été étrillé férocement par Michel Crépu ce qui est relativement insignifiant puisque Michel Crépu est un romancier raté et est à la critique littéraire ce que le steak haché est à la côte de boeuf. Madame Olivia de Lamberterie a cru bon d'émettre également quelques cruelles réserves mais nous éviterons les remarques désobligeantes car c'est une dame et que  ce machisme galant ne pourra qu'énerver une journaliste de Elle.
En revanche, Arnaud Viviant, décidément fidèle, a admirablement défendu notre Bloc. Il a aussi été soutenu vigoureusement par Jean-Claude Raspiengeas que nous saluons chaleureusement.
2 à 2. 
Y a pire.
Du coup, à propos de radio, on avait oublié de signaler l'aimable chronique de Bernard Poirette  sur RTL, la semaine dernière.

Babouse is back on FQG

Suite au repas de Noël de Liberté Hebdo, j'ai convaincu à la 147 ème bière le camarade Babouse, qui a fait la joie de nos abonnés les plus anciens, de nous confier à nouveau des dessins inédits. A une époque où le FDG dont nous sommes, faut-il le rappeler d'ardents soutiens, aurait tendance à faire des risettes aux écolos, ce dessin rappelle dans quelle estime nous tenons les Verts.

A demain, monsieur Lafargue!

En l'honneur du camarade Lafargue, mort il y a cent ans, paru sur Causeur.fr. 

Paul Lafargue est mort il y a cent ans, à quelques jours près. Il s’est suicidé en compagnie de sa femme, à l’âge de 69 ans. Il était le gendre de Marx et ne s’est pas toujours merveilleusement entendu avec son beau père même si son Droit à la paresse, sans cesse réédité depuis sa parution en 1880, ne s’oppose pas autant qu’on a bien voulu le dire à la pensée du grand barbu de Trêves. Paul Lafargue et sa femme Laura étaient bien marxistes mais ils n’en étaient pas moins romains dans leur stoïcisme. On ne met pas fin à ses jours parce qu’on n’aime plus la vie mais parce qu’on n’a plus la force de l’aimer et que la vie mérite qu’on l’aime, c’est-à-dire  que l’on sache en apprécier les plaisirs et les jours.
Le mot d’adieu de Lafargue le dit très bien : « Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l’existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres ». Cette sortie élégante, en couple, sera imitée par d’autres, à gauche. A droite on préfère se suicider seul, comme Drieu ou Montherlant. A gauche André Gorz, fondateur de l’écologie politique refuse de survivre à son épouse malade à laquelle il avait consacré un livre magnifique(1). Et quelques années plus tôt, c’était Roger Quillot, maire de Clermont-Ferrand, spécialiste d’Albert Camus et sa femme Claire qui décidaient de mourir ensemble.
Le Droit à la paresse de Paul Lafargue n’est pas le best-seller des fainéants, c’est la première réflexion sur les limites de la valeur travail. Marx, tout obsédé par l’émancipation des prolétaires en oubliait que cette émancipation ne pouvait pas s’accomplir uniquement par le travail. Que la vie était faite pour être vécue. Que les gains de productivité pouvaient aussi être redistribués sous forme de temps libre. Qu’il y avait une malédiction dans le conditionnement de ce qu’on appelait encore les masses laborieuses : « Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite les misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail poussé jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture ».
Cette « étrange folie », ce n’est ni plus ni moins celle du vote ouvrier pour Sarkozy en 2007; même si l’on peut penser que les cinq dernières années auront fait évoluer les visions du monde du côté des derniers hauts-fourneaux mosellans, par exemple.
Raison de plus, à l’approche de l’élection présidentielles, pour relire ce petit texte, qui est un concentré de lucidité. Lafargue avait une certaine méfiance pour la démocratie bourgeoise dont on voit d’ailleurs ces temps-ci qu’elle n’est pas bien solide devant les marchés. Cette méfiance, il la dit d’ailleurs en grand écrivain : « Devant des électeurs à tête de bois et à oreilles d’ânes, les candidats bourgeois, vêtus en paillasse, danseront la danse des libertés politiques, se torchant la face et la post-face avec leurs programmes électoraux aux multiples promesses, et parlant avec des larmes dans les yeux des misères du peuple et avec du cuivre dans la voix des gloires de la France : et les têtes des électeurs de braire en chœur et solidement hi han ! hi han ! »
Paul Lafargue n’a aucune pitié pour cette classe ouvrière aliénée. On n’est pas loin du « salaud de pauvres » de Michel Audiard. Mais un Michel Audiard qui aurait compris comment la crise est toujours une aubaine quand il s’agit de pressurer les salaires ou de délocaliser.
Finalement, ce qui met le plus en colère Lafargue, co-fondateur du Parti Ouvrier Français avec Jules Guesde, c’est que le progrès technique ne libère pas le temps humain alors qu’il devrait être fait pour ça. Et cette colère est d’autant plus actuelle quand on connaît les formidables bonds technologiques induits par l’informatique et Internet depuis vingt ans : « Le rêve d’Aristote est notre réalité. Nos machines, au souffle de feu, aux membres d’acier infatigables, à la fécondité merveilleuse, inépuisable, accomplissent docilement et d’elles-mêmes leur travail sacré, et cependant l’esprit des grands philosophes du Capitalisme reste dominé par le préjugé du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le rédempteur de l’humanité, le Dieu qui rachètera l’homme des sordidæ artes et du travail salarié, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la liberté. »
Les loisirs et la liberté… Autant dire des idées neuves en Europe.
A demain Lafargue !

(1)Lettre à D. (Galilée)

vendredi 16 décembre 2011

Olivier Maulin contre la révolution néolithique


Les Lumières du ciel


d’Olivier Maulin (Balland,   255 pages, 19, 90 euros)

Il faudrait décidément, pour mieux le protéger, accorder une appellation d’origine contrôlée à l’  anar de droite.  De Rabelais à Michel Audiard, en passant par des écrivains aussi aimables que Marcel Aymé, Antoine Blondin ou René Fallet, l’anar de droite  est une spécialité de notre littérature. Comme toutes les spécialités, hélas, elle est trop souvent l’objet de contrefaçons frelatées qui risquent de la discréditer. Pour vous rappeler ce qu’est vraiment un anar de droite chimiquement pur, il sera donc vivement recommandé de lire le dernier roman d’Olivier Maulin, Les Lumières du ciel. Maulin y allie la verdeur du langage à la fantaisie de l’inspiration et sa désinvolture heureuse lui permet de faire la guerre à tous les néo-conformismes de notre temps


Il y a soixante-dix ans, Paul-Emile Bramont et Momo,  ses personnages, nous les aurions retrouvés dans les maquis de Bande à part de Jacques Perret. Aujourd’hui, leur héroïsme sans emploi en fait des demi-soldes d’une société de consommation ostensiblement moquée ici pour sa tendance à vous mettre en fiche dans des ordinateurs dès votre premier achat. Paul-Emile a donc décidé de ne rien demander à personne et quand il a besoin de dormir au chaud, il va chez Bérangère, l’épouse d’un chirurgien esthétique complaisant. Momo, son meilleur ami, exerce l’improbable profession de DJ de patinoire. Evidemment, tout cela ne peut pas durer. Paul-Emile, après avoir vendu des sapins halal devant le parvis de Saint-Denis, décide de partir avec Bérangère et Momo sur la route. Le prétexte officiel est d’aller réveillonner sur la côte d’Azur mais en fait, ils veulent suivre le conseil de Courtois d’Arras, cité par Maulin en exergue d’un de ses chapitres : « Molt voit qui va par le pais »


Road movie de la débine aristocratique, Les Lumières du ciel nous emmène notamment à la rencontre d’une communauté médiévale décroissante dans les Cévennes, elle-même méprisée par une famille de « Natoufiens » vivant dans une grotte pour retrouver le temps béni d’avant la catastrophe du Néolithique. Ce délire primitiviste est pourtant à peine moins inquiétant que la fréquentation de vieilles princesses russes nymphomanes, éprises de spiritisme, qui rôdent sur la Promenade des Anglais.


La force comique de Maulin, son art pour transformer en épopée rigolarde une lutte plus sérieuse qu’il n’y paraît contre un monde désenchanté, font de ces Lumières du ciel un grand moment de lecture vagabonde, antimoderne et par là même profondément revigorante. 
L'héroïne maulinienne dans toute sa splendeur.

Amoureux forcené, plein d'horreur et de rage


Amoureux forcené plein d’horreur et de rage
Quand pourrai-je jouir d’une éternelle nuict ?
Quand avecque la mort finiray-je mon aage
Eschapé de l’enfer où amour me conduit ?

Cependant pour fuyr le soleil et la lumière
Aus antres les plus noirs je ferai mon séjour,
Quand la lune viendra pour franchir sa carrière,
Je me tiendrai caché la nuict comme le jour.

Là, jamais le printemps près de moi ne revienne
Verdissant pour jaunir les fruicts durant l’esté
Mais au lieu de zéphyrs, que la bise s’y tienne,
Y faisant un hyver qui ne soit limité.

Car je ne veux plus voir tant de couleurs diverses,
Annonces du plaisir de quelque vain espoir,
Mais pour les seuls tesmoinsgs des mes dures traverses
Je veux choisir la mort, la nuict, l’hyver, le noir.



Jacques de Constans( vers 1547-1610)


 On sait assez peu de choses à propos de Jacques de Constans, rencontré jadis dans une anthologie de la poésie maniériste française publiée par Marcel Raymond chez Droz. Mais finalement, quelle importance. Ce poème fait partie de ceux qu'on  sait par coeur sans même avoir eu à les apprendre, uniquement à force de relectures. Rien de plus beau n'a été écrit en langue française, à notre humble avis, sur le chagrin d'amour.

mardi 13 décembre 2011

Vers le Sud-Ouest

Nous aurons plaisir de rencontrer des lecteurs bordelais pour Le Bloc, demain mercredi 14 décembre, à partir de 18H, à la librairie Mollat.
On espère voir, notamment, monsieur Saul. Et lui serrer la main.

lundi 12 décembre 2011

Le fasciste nouveau est arrivé

paru dans Liberté Hebdo et notre chronique hebdomadaire, Le talon de fer, du 9 décembre:


Vous me reconnaissez ? Non, je ne suis pas Benetton qui fait s’embrasser le pape et un imam pour énerver tout le monde et vendre mes pulls en me faisant de la pub gratuite sur tous les JT.
Non, je suis Mario Monti. Je suis le nouveau président du conseil italien. J’ai une particularité dans une démocratie, je ne suis pas élu. Enfin, si, j’ai été élu par deux personnes : Merkel et Sarkozy qui ne voulaient plus de Berlusconi parce que Berlusconi, il était usé et il présentait mal. Alors, ils m’ont choisi, moi, Mario Monti.
En même temps, Merkel et Sarkozy, comme ils sont sous surveillance des agences de notation et des marchés, eux non plus, ils ne font pas trop ce qu’ils veulent. Mais que je vous parle un peu de moi, Mario Monti. Tous les gens qui adorent l’économie de marché m’adorent. Ils me trouvent compétent et sérieux. Ils ont raison. Je ne suis pas n’importe qui, moi, Mario Monti. La preuve que je suis sérieux, c’est que je n’appartiens à aucun parti politique. Eh oui, c’est comme ça. Je ne suis pas de droite mais je ne suis pas de gauche, faudrait pas déconner non plus comme disait votre grand et regretté comique Coluche qui d’ailleurs s’appelait Michel Colucci et était d’origine italienne.
Non, je n’appartiens à aucun parti politique parce ce que je suis un technocrate. Je vous explique : un technocrate, c’est plus sérieux qu’un politique. Un technocrate ce n’est pas élu et donc ça n’a pas de compte à rendre au peuple. Le peuple, c’est toujours un peu ennuyeux, ça vote vite n’importe quoi comme le non français au referendum sur l’Europe en 2005. 
Je vous en parle, parce que moi, Mario Monti, j’ai surtout fait ma carrière comme commissaire européen. Je me suis occupé de la concurrence. Ou plutôt je ne me suis pas occupé de la concurrence car je suis libéral et que je crois à la concurrence libre et non faussée et à l’ouverture de tous les marchés à tout le monde ainsi qu’à la privatisation des services publics.
Tenez, c’est grâce à des types comme moi que les horaires de la SNCF et des TER à partir du 11 décembre, ils vont devenir tout pourris. Et vous savez pourquoi ? Pour laisser des tranches aux futurs transporteurs privés. C’est des trucs comme ça que moi, Mario Monti, je décide sans demander l’avis de personne car je suis plus intelligent et que je sais ce qui est bien pour vous. Et comme je suis italien, je sais aussi ce qui est bon pour les Italiens.
Je ne me  trompe jamais. Bon si, un petit peu, quand j’ai travaillé à partir de 2005 pour la banque Goldman Sachs. Vous savez la grande banque américaine responsable de la crise des subprimes en 2008 et qui s’est fait renflouer par le pognon des contribuables américains. Ah oui, et puis j’allais oublier : depuis 2010, je suis président de la Trilatérale. C’est un rassemblement de décideurs politiques et économiques des trois continents (Asie, Amérique, Europe) qui sont pour beaucoup dans la mondialisation.
Alors, là, comme je suis le nouveau président du conseil italien, je viens de faire plaisir à mes amis les marchés. Je dis que c’est pour l’Europe, pour rester en Europe mais en fait c’est pour les marchés. D’ailleurs tout le monde commence à comprendre que l’ Union Européenne, c’est surtout fait pour les marchés et pas pour les peuples. C’est pour ça que l’on va de moins en moins demander leur avis aux peuples. Pour mes amis les marchés, donc, j’ai décidé un nouveau plan d’austérité de 24 milliards d’euros. Après les 56 milliards déjà annoncé quand je suis arrivé au pouvoir grâce à Sarkozy et Merkel.
Bon, voilà, je voulais être sûr que vous aviez bien compris. Parce que maintenant, c’est des types comme moi qui vont décider pour vous, malgré vous et contre vous…
Du fascisme ? Vous appelez ça du fascisme ? Tout de suite les grands mots…

 

Je ne pleurerai pas

Pete Cooke, qu'on ne confondra évidemment pas avec Sam, nous dit qu'il ne pleurera pas. Ce qui est beau, c'est que sa chanson dément complétement cette mâle profession de foi dans un formidable sanglot soul. Nous avons là l'incarnation parfaite du concept de mélancolie virile que nous avons pu développer ailleurs sur ce blogue. Mélancolie historique, pas hystérique. Mélancolie du dernier homme façon Charlton Heston dans Omega Man. Mélancolie du millionnaire revenu de tout façon Steve Mac Queen dans l'Affaire Thomas Crown. Mélancolie de Guévara dans un message de 1966:"Qu'importe où nous surprendra la mort ; qu'elle soit la bienvenue pourvu que notre cri de guerre soit entendu, qu'une autre main se tende pour empoigner nos armes, et que d'autres hommes se lèvent pour entonner les chants funèbres dans le crépitement des mitrailleuses et des nouveaux cris de guerre et de victoire."
Et pour quoi, Pete Cooke nous dit qu'il ne pleurera pas tout en ne cessant de pleurer? Pour un amour perdu, pour la fin de la démocratie en Europe, pour le communisme qui tarde à venir? Pour tout ça à la fois? Qu'importe. On écoute. On réécoute. Et on ne pleurera pas

samedi 10 décembre 2011

On the road with the Bloc

Ce ouiquènede nous sommes à un salon du polar à Montigny-Les-Cormeilles.
Il a été question du Bloc dans Libération, ce qui est bien agréable mais étonnant.
Et puis on a recausé dans le télécran, sur LCP, dans l'émission Ecrire la Politique animée par la charmante Emilie Aubry.




Et puis du doo-wop, pour rien, comme ça juste parce que c'est beau et que ça va bien avec la nuit

mercredi 7 décembre 2011

Guerrillera

Dilma Rousseff, actuelle présidente du Brésil, en 1970, devant le tribunal militaire de Rio de Janeiro après 22 jours de torture.

"La beauté sera convulsive  érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas."
André Breton, L'amour fou

mardi 6 décembre 2011

On cause dans le télécran...

...ce soir chez Frédéric Taddeï (Ce soir où jamais, sur la 3ème chaîne)

dimanche 4 décembre 2011

On cause dans le poste...

demain en direct, sur France-Culture, dans l'émission Le Rendez-vous de Laurent Goumarre, à 19H. On sera en compagnie de Tardi.

Casanova, écrivain français

paru sur Causeur.fr


Jacques Maisonneuve dans ses œuvres

L’exposition à la BNF : une occasion de (re)lire Casanova

   

Casanova à la BNF, ce n’est que justice. Dans ses mémoires, Histoire de ma vie1, on voit qu’il aime la langue française au point de s’excuser d’employer le mot « pessimisme » qui était encore, à son heureuse époque, un néologisme. La langue française lui a bien rendu cet amour, à lui qui traversa le XVIIIème siècle avec une souveraine liberté, en promeneur pressé et enchanté. Elle lui a notamment permis de résumer son existence dans un syllogisme beau comme une devise : « Si le plaisir existe, et si on ne peut en jouir qu’en vie, la vie est donc un bonheur. »Le français de Casanova est aussi idéal pour formaliser ses nombreuses méthodes de séduction, comme celle-ci, qui semble toujours imparable : « J’ai su de bonne heure qu’une fille se laisse difficilement séduire, faute de courage ; tandis que lorsqu’elle est avec une amie, elle se rend avec assez de facilité ; les faiblesses de l’une causent la perte de l’autre. »Heidegger disait que l’homme est l’être des lointains et c’est bien le cas de Casanova qui a vécu sa vie sur le mode d’un projet constant, d’un refus réitéré de s’enfermer dans un rôle ou une charge quelconque. Libertin, joueur, probablement tricheur, affairiste baroque aux combines où la poésie le dispute au cynisme, il brûle des fortunes, court de capitale en capitale, vit dans l’intimité des puissants et des voyous, passe des antichambres des palais aux chambres des auberges borgnes. Casanova, selon la magnifique définition qu’a donné de lui Francis Lacassin est bel et bien « le Saint-Simon des gens qui ne roulent pas en carrosse. » 

Sa belle figure d’évadé, autoproclamé « chevalier de Seingalt », qui réussit en 1756 à s’échapper des Plombs, cette célèbre prison où le Doge de Venise enfermait les mauvais esprits pour une durée indéterminée, est pleinement de notre temps. Il veut et il va tout connaître de son époque, tout côtoyer et choisir comme unique carburant le désir ou mieux encore le désir du désir. Ses fréquentations, aujourd’hui, il faudrait les chercher à parts égales dans le Who’s who, les fichiers de la DCRI et ceux de la brigade des mœurs. Il est l’homme de la dépense pure, de la danse, du sexe heureux et de l’instant. Pour lui la mort est une hypothèse de travail, rien de plus. 

Des déserteurs sur une route d’Allemagne cherchent à lui faire un mauvais sort, les balles sifflent à ses oreilles ? Qu’importe, puisqu’il y aura le soir même une de ces fêtes galantes où l’on va manger trois cents huitres et vider vingt bouteilles de champagne. C’est un homme, en fait, tel que l’aurait rêvé Nietzche : tout ce qui ne le tue pas le rend plus fort. 

Ses dernières années, alors qu’il n’est plus qu’un dinosaure discrédité, un mythe vivant et suspect, il les passera comme bibliothécaire, sous la protection d’un grand seigneur. On estime ainsi que le début de la rédaction d’Histoire de ma vie date de 1789 comme si Casanova avait compris que son existence allait s’achever en même temps que le monde qui l’avait rendue possible. Casanova, c’est la littérature considérée comme refus du mot fin, comme éternel retour des corps, du temps et du plaisir. Son contemporain anglais, le romancier Laurence Sterne, l’avait bien dit : « Souvenons-nous, nous vivrons deux fois. »


Bibliothèque nationale de France, Casanova, la passion de la liberté, jusqu’au 19 février 2012.
  1. La meilleure édition à ce jour d’Histoire de ma vie, dont la BNF a acquis le manuscrit en 2010, est celle en trois volumes de la collection Bouquins chez Robert Laffont, préfacée par Francis Lacassin.

vendredi 2 décembre 2011

Le Bloc à Boulogne-sur-mer

Demain, on signe à Boulogne sur mer à la librairie L'horizon à partir de 16H. Pas impossible qu'on reste sur zone, ou à proximité, pour un plateau de fruits de mer et une promenade sur les plages de la côte d'Opale qui sont les plus belles du monde, en fait.
Et puis on chantera ça, assis sur un blockhaus, parce que quand on était petit, dans les années 70, on aurait voulu être soit Lénine, soit Alain Barrière. C'est à ces choses-là qu'on mesure l'échec d'une existence.

jeudi 1 décembre 2011

Lost in seventies, 2: les choses de la vie.

Comment peut-on vouloir quitter Léa Massari pour Romy Schneider?
Comment peut-on laisser les agences de notation gouverner la planète?
Fume-t-on encore des Celtiques?
Qui lit encore Paul Guimard (pourtant Le Mauvais Temps, c'est bien)?
Peut-on imaginer Claude Guéant comprendre quelque chose à Claude Sautet?
Pourquoi trouve-t-on que Claude Sautet vieillit bien avec le temps?
Est-ce bien une Alfa Roméo, la voiture de Piccoli?
Y aura-t-il le triomphe du communisme de mon vivant?