dimanche 28 août 2011

Quelques jours à Lisbonne


Moi, ce que j’aime, ce sont les filles nues et les villes calmes.
 
On peut penser, par exemple, à Lisbonne et Catherine Isabelle Duport.

Je vote communiste et je t’emmerde.
         
         Le Cimetière des Plaisirs. Je suis content d’avoir écrit un livre comme ça en 1994. Je suis aussi content d’avoir depuis vérifié la validité de ma vision une bonne  quinzaine de fois au terminus d’un tramway lisboète.

         Aux obsèques de Michel Mohrt, à Saint-Sulpice, j’ai pensé que les écrivains que j’aimais, je les avais d’abord aimés pour des titres. La campagne d’Italie, Deux indiennes à Paris, et surtout On liquide et on s’en va. 

        J’ai toujours été étonné qu’Alain Robbe-Grillet ait pu être capable de trouver , à la fois, un titre aussi nul que Les Gommes et aussi définitivement troublant que L’année dernière à Marienbad.

        Je vieillis : l’apparition de Delphine Seyrig dans Accident de Joseph Losey me semble beaucoup plus importante que les déclarations de Ségolène Royal aux primaires socialistes. Que n’importe quel droitard de mon cul sache cependant que malgré le peu de sympathie que j’ai pour Ségolène Royal, elle me sera toujours infiniment plus  aimable que leurs gueules breivikiennes et rurbaines de blogueurs onanistes. Et, quitte à me répéter, je vote communiste et je t’emmerde.

Ce qu’il y a de bien, dans Lisbonne, c’est Lisbonne.

Une de mes émotions érotiques les plus puissantes est le beau visage cerné d’une militante communiste portugaise qui vendait des cassettes à une fête de Avante !, à la fin de l’été 1979, du côté de Setubal, si je ne m’abuse. C’étaient des cassettes plus ou moins piratées et sur l’une d’elles, j’ai découvert pour la première fois Don’t play that song d’Adriano Celentano.

Alvaro Cunhal a passé, paternellement, sa main dans mes cheveux. Depuis, je vote communiste et je t’emmerde.

Ce qui m’est apparu très nettement à ma relecture des Poneys sauvages de Michel Déon sur la plage d’Ampelas à Paros, c’est que je finissais par avoir le même triangle géographique d’exil choisi que lui : Grèce, Portugal, Irlande. Il avait fait sienne cette périphérie parce qu’il était vraiment de droite dans les années cinquante. Je la fais mienne aujourd’hui parce que je suis vraiment de gauche dans les années  dix. L’important, en fait, c’est la dissidence.

 Pendant l’interruption des programmes, pensez à regarder Dans la ville blanche d’Alain Tanner. Dans l’Alfama, les horloges des cafés tournent à l’envers.

Il y a un garçon de quinze ans, pour l’éternité, sur le siège arrière d’une vieille Ford Cortina qui regarde Lisbonne disparaître par la lunette arrière alors que chante Celentano sur le radio cassette et que le PCP n’a toujours pas, ce qui est une bonne chose, abandonné le principe de la dictature du prolétariat.

Revoir Lisbonne.

 Et maintenant, musique!

jeudi 25 août 2011

Tripoli pour être honnête

Une exclu FQG. Ce n'est pas chez Chavez que Kadhafi se serait réfugié comme les antibolivariens rabiques s'obstinent à le fantasmer. Non, c'est plutôt une dictature qu'il a choisie, assez naturellement. Cette photo volée par nos services le prouvent de manière incontestable.
Photo volée le 25 août dans un paradis fiscal d'Europe occidentale.

Et pendant ce temps-là, à Tripoli, la garde meurt mais ne se rend pas.


Michel Mohrt (1914-2011)

Il a sans doute eu tort mais il encouragea nos premiers pas. On était à ses obsèques hier à Saint-Sulpice et on lui rend hommage dans Valeurs Actuelles. "On ne s'en remettra jamais".



Sans même avoir l’impression de signer un chèque en blanc à la postérité, on peut parier que Michel Mohrt sera lu et relu dans une ou deux générations. Il y a en effet, chez cet écrivain, membre de l’Académie Française, né en 1914 à Morlaix et qui vient de nous quitter au cœur de l’été, un certain nombre de choses qui apparaîtront comme terriblement subversives dans un avenir proche, quand elles ne le sont pas déjà. Par exemple, Michel Mohrt était un homme attaché à ses origines. Elles étaient bretonnes et donc forcément un peu chouannes. On pourra lire, à ce propos, La Maison du Père, Le serviteur fidèle ou Tombeau de La Rouërie. Autant dire qu’il y avait du franc-tireur chez Michel Mohrt mais aussi une morale d’explorateur. Pour bien connaître les autres, encore faut-il savoir d’où l’on vient et ne pas rester enfermé dans La Prison maritime, pour reprendre le titre d’un de ses livres les plus célèbres, aux accents conradiens, grand prix du roman de l’Académie Française en 1962.
Beaucoup des personnages de Michel Mohrt s’en vont aux Etats-Unis à la fin des années 40. Ce fut aussi le cas de l’auteur. Il avait perdu un ami qui s’était trompé de camp et la France faisandée des existentialistes n’était pas du goût de ce marin dans l’âme qui laissa agir son tropisme occidental. On peut lire cette envie d’autres horizons dans Les Nomades ou dans Vers l’Ouest. Le goût des Chesterfield sans filtre, la fraîcheur des mint-julep sur les terrasses ensoleillées des buildings new-yorkais, c’était tout de même autre chose. Cela nous vaudra deux volumes de L’Air du large où l’on trouve les meilleures pages qui puissent se lire, notamment sur la littérature américaine contemporaine, écrites par celui qui introduisit Styron en France.
Relire Michel Mohrt sera aussi une excellente manière de nous apercevoir de tout ce que nous aurons perdu avec cet effacement d’un  monde d’avant qu’il aura si bien incarné. Ses livres nous renverront à une manière d’être qui savait conjuguer le « never explain, never complain » anglo-saxon et une certaine désinvolture polie et pétillante d’éternel jeune homme qui aimait les femmes.  Il y eut, mais si !, une époque où tout ce qui relevait de l’amour ne se confondait pas avec la guerre des sexes. Cette souveraine légèreté en la matière fait le charme fou de romans comme Deux indiennes à Paris ou L’Ours des Adirondacks, entièrement dialogué, petit bijou de virtuosité narrative.
C’est sans doute La Campagne d’Italie  que nous conseillerions à ceux qui voudraient entrer dans l’œuvre de Michel Mohrt. C’est une tragi-comédie stendhalienne, en grande partie autobiographique, où des jeunes gens font leur éducation sentimentale sur le front des Alpes en 1940, décrochant sur ordre après quelques rafales de mitrailleuses, pour conclure leur aventure, le sourire aux lèvres, la rage au coeur et les larmes aux yeux, par cette réplique culte qui termine le roman : « On ne s’en remettra jamais ».  Comment rêver meilleure devise ?
Même si son traitement romanesque n’excluait pas l’ironie amère,  la guerre a été une chose grave pour Michel Mohrt. Il faut dire qu’elle s’est confondue avec un effondrement de la France entière qui a marqué sa jeunesse et elle a donné le sujet de deux de ses romans les plus ambitieux, Mon royaume pour un cheval et La guerre civile. Michel Mohrt y racontait que toute guerre est une fêlure qui n’oppose pas seulement les nations les unes aux autres mais qui peut aussi opposer, de façon plus ou moins larvée, un peuple à lui-même pendant des siècles, une fêlure qui passe parfois au cœur des êtres eux-mêmes. 
En exergue de La guerre civile, on peut d’ailleurs lire ces lignes de  Chateaubriand: « Le monde était bouleversé mais il arrive que le retentissement des catastrophes publiques, en se mêlant aux joies de la jeunesse, en redouble le charme ; on se livre d’autant plus aux plaisirs qu’on se sent près de les perdre. » Elles résument parfaitement, aujourd’hui plus que jamais, Michel Mohrt et son œuvre, toute entière traversée par ce bonheur paradoxal.
Jérôme Leroy

 

lundi 22 août 2011

Aurélia contre les robots

Après Claudine à l'école, Claudine boit du ouisquie.

Norvège noire: lire Jo Nesbo au temps de Breivik.

un article paru dans une série estivale sur Causeur.fr. Comme on oublie vite Breivik, je trouve, du côté des islamophobes. La poussière sous le tapis de leur bêtise larbinesque. On se chargera de leur rappeler, ici et ailleurs, dès qu'ils ouvriront un peu vite leur sale gueule.



Sans le massacre perpétré par Anders Behring Breivik, il n’est pas certain que j’aurais eu envie de lire Le Léopard de Jo Nesbo. D’abord parce qu’il s’agit d’un polar scandinave. Norvégien, Nesbo est devenu, en France et ailleurs, une véritable star du genre. Or, pour des raisons qui tiennent plus à ce que l’on pourrait appeler une certaine « érotique littéraire » qui me porte davantage vers l’électricité rageuse et le cynisme désespéré des romans noirs américains et français qu’à l’objectivité critique, je n’ai jamais éprouvé une grande attirance pour ces enquêteurs qui agissent lentement dans une société lente où commander plus d’une bière (hors de prix) dans un bar est déjà en soi vaguement suspect.

Nostalgie de l’Etat Providence
J’ai toujours mis sur le compte d’une nostalgie informulée de l’Etat-Providence ce goût du public pour les Gunnar Staalesen, les Arnaldur Indridason, de même que le succès planétaire de Millenium, la saga de Stieg Larssonn. Il y a sans doute chez le lecteur une complaisance inconsciente et morbide à voir s’effondrer, ou tout au moins se lézarder, dans des fictions blafardes, un modèle qu’ils ont eux-mêmes perdu depuis longtemps en même temps qu’un certain vouloir vivre-ensemble. Oui, je sais l’expression fait toujours rire les beaux esprits. Mais peut-être moins depuis un certain 22 juillet, quand un type avec des initiales qui semblent sortir d’une agence de notation, a expliqué avec une bombe et des armes automatiques ce qu’il en pensait, du vouloir vivre-ensemble.
Plus généralement, le polar scandinave d’aujourd’hui semble avoir oublié les leçons de Maj Sojwall et Per Walhoo. On ne pourra trop conseiller de relire la série consacrée à l’équipe du commissaire Martin Beck écrite dans les années 60 par ce couple de Suédois qui avaient adopté la méthode d’Ed Mc Bain, c’est-à-dire que leur héros n’était pas un seul superflic mais toute l’équipe d’un commissariat de Stockholm. Et ces passionnantes enquêtes rééditées aujourd’hui par les éditions Rivages étaient le prétexte à une critique de gauche du fameux modèle suédois. Oui, il y eut une époque où certains trouvaient que ce pays social-démocrate et profondément égalitaire n’allait ni assez vite ni assez loin.

 Mieux que le guide du  Routard
C’est aussi pour cela qu’il faut aimer le roman noir, d’ailleurs, et en général la littérature de genre, bonne ou mauvaise : elle est profondément politique, même malgré elle, et elle renseigne mieux que le guide du Routard (ce n’est pas difficile, me direz-vous) sur les mœurs, les paysages, les habitudes, la vie quotidienne…
Alors, pourquoi pas ce gros thriller de Jo Nesbo, Le Léopard, publié au début de l’année, même si ses 760 pages vous font risquer l’excédent de bagages à l’aéroport, pour comprendre comment Anders Behring Breivik a pu apparaître dans ce monde-là, à ce moment-là ?
Ce sera toujours moins ennuyeux que les analyses autorisées des spécialistes, ces mêmes spécialistes qui, dans les premières heures, accusèrent évidemment les usual suspects du terrorisme – les musulmans.

Le Léopard
de Nesbo ne raconte rien de très original, en apparence en tout cas. Un tueur en série s’attaque à des jeunes femmes et assassine même une parlementaire qui fait son jogging. On découvre au passage que dans les pays heureux, ceux qui redistribuent très équitablement les richesses produites, les hommes politiques n’ont pas besoin d’une armada de gorilles surarmés pour les protéger.
Les patrons non plus, d’ailleurs : l’enquête sur ce tueur, qui se révèle davantage un assassin rusé masquant un plan concerté derrière une apparente folie, conduit Harry Hole, un flic à la fois usé et tenace, dans la haute société d’Oslo. Ces pages sont tout à fait révélatrices : les Norvégiens riches ne vivent pas dans des quartiers sécurisés, ils ne semblent pas attirés par les grosses cylindrées et n’ont pas besoin d’une domesticité nombreuse. Comme quoi on peut être riche et sujet d’une monarchie pétrolière sans pour autant sombrer dans le bling-bling. On peut même, au contraire, estimer que le comble du luxe est un chalet sans électricité dans une région montagneuse au nom imprononçable qui rend fou les correcteurs orthographiques.
Comme pour marquer le contraste avec la Norvège, Jo Nesbo amène son flic sur une fausse piste au Congo-Zaïre, pays miné par une guerre civile permanente. L’horreur particulièrement élaborée des crimes commis par le tueur qu’il traque lui apparaît alors comme ce qu’elle est : une monstrueuse exception en Norvège qui est la règle ailleurs dans le monde. Hole comprend que ce tueur est un symptôme, voire le signe annonciateur de la généralisation de la guerre de tous contre tous et d’une brutalisation1 toujours plus forte.

Fausses pistes
Ainsi, le principal suspect, ancien mercenaire devenu homme d’affaires, ne peut pas ne pas évoquer prophétiquement la silhouette de Breivik, prédateur dont le mobile peut aussi bien être l’appât du gain que le fantasme d’une invasion « multiculturelle ». Invasion à laquelle Jo Nesbo, qui n’a rien d’un écrivain particulièrement engagé, comme l’était par exemple l’auteur de Millénium et qui décrit minutieusement la Norvège d’aujourd’hui, ne fait pas allusion une seule fois…
Une dernière chose : que le lecteur potentiel ne soit pas affolé par la taille de ce formidable thriller. Le Léopard n’a pas cette manière anglo-saxonne de vouloir faire « gros » donc sérieux en rajoutant artificiellement cent pages sur le fonctionnement d’un sous-marin et cent autres pour décrire l’organigramme de la police ou les différentes façons de chasser le phoque. L’épaisseur est justifiée par une intrigue qui multiplie les fausses pistes jusqu’à la fin, égarant le lecteur dans le monde de plus en plus incertain, voire indécidable qui est devenu le nôtre ici et maintenant.
  1. On emprunte ce néologisme à l’historiographie récente qui décrit le caractère inédit de la violence durant la Grande Guerre.

dimanche 21 août 2011

Belle Province, effectivemement

Le comité chaviste libre du STPDO est  rassuré quand il voit qui vous explique quoi boire au Québec. Des quilles qui ont déjà été célébrées ici ou dans l'indispensable Petit Lapaque des Vins de Copains(Actes Sud). L'exil sera supportabe même pendant les hivers longs et rigoureux où sont suivis les préceptes de Blondin: "Au bout de deux verres, il fait beau partout." On remarquera que dans le second film, après une certaine hésitation, le crachoir ne sera pas utilisé. Il n'est pas besoin, évidemment, pour nos aimables abonnés de souligner de loin en loin l'érotisme latent de la démonstration et quelques formules inoubliables.
Le blog de cette charmante personne s'appelle Bu sur le Web

samedi 20 août 2011

Cavafis

En bateau


Elle lui ressemble sûrement, cette petite
esquisse griffonnée au crayon.


Rapidement exécutée sur le pont du bateau;
Par un après-midi enchanteur,
La mer Ionienne autour de nous.


Elle lui ressemble. Dans mon souvenir, je le voyais 
pourtant plus beau. Il était d'une sensibilité maladive,
et cela illuminait son expression.
Il me paraît plus beau maintenant
que mon esprit l'évoque par-delà le Temps.


Par-delà le Temps. Tout cela est bien vieux-
le croquis, et le bateau, et cet après-midi.

                                                                       1919
Constantin Cavafis, Poèmes

vendredi 19 août 2011

Oui, Claude Guéant a raison!

On ne remerciera jamais assez Claude Guéant!
"des pratiques qui s'imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale" 
Emmanuel NOBLET dans "SCALP" par twin1811

La politique sanitaire en vigueur de la zone chaviste libérée, après la vision des scènes insoutenables ci-dessus, nous impose deux photos-antidotes à consommer sans modération. 

jeudi 18 août 2011

Julien, rends tout de suite la carte de Bernard!

                  

Bernard Squarcini a égaré quelque chose, mais quoi? Pour la réponse, va voir cette brève parue sur Causeur.fr.

mercredi 17 août 2011


Natural enemies de Julius Horwitz....

....est sans doute un des romans noirs les plus bouleversants que j'ai lus ces dernières années. Mais est-ce un roman noir? En tout cas, ce n'est pas un roman policier. On a essayé de faire le point sur le choc ressenti à cette lecture sur Causeur.fr.
Et puis c'est l'occasion de saluer le travail de Jean-François Platet qui dirige les éditions Baleine et non content d'avoir donné une seconde jeunesse au Poulpe publie, avec l'aide de Stéfanie Delestré, des auteurs hautement atypiques et très talentueux comme Laurence Biberfeld ou Sébastien Gendron. Si vous ne les trouvez pas en librairie, commandez-les. Baleine a besoin de vous et bien vite vous vous apercevrez que vous avez besoin de Baleine.

Mais en attendant, Julius Horwitz, et vite. Le livre a beau dater de 1975, c'est aujourd'hui et puis c'est demain. Quand on vous dit que la bascule monde d'avant/monde d'après s'est jouée dans ces années-là...



mardi 16 août 2011

Bleu, en attendant le noir

Sauras-tu sur reconnaître un détail caché dans le paysage?

samedi 13 août 2011

Les adolescentes contre Breivik et consorts


J'ai parmi mes commentateurs occasionnels un anonyme qui usurpe le nom du grand Antoine de Tounens, roi de Patagonie. Il nous reproche, dixit, de trop aimer les lolitas en bikinis. On lui fera remarquer que c'est un moindre mal pour lui qui doit être animé de passions malheureuses comme celle de faire la police de la braguette, telle qu'elle s'est déchaînée dans la réacosphère , pétrie d'un puritanisme frustré et d'une évidente misère sexuelle, au moment de l'affaire DSK.  En plus on pourra faire observer à celui qui voudrait qu'on l'appelle Antoine de T que la prédilection pour les lolitas en bikini est tout de même moins meurtrière que les obsessions d'un Anders Behring Breivik, sa probable idole. 
Mais laissons plutôt parler le grand Alberto Lattuada, à propos de son film de Les Adolescentes (I dolci inganni, 1960) où la toute divine Catherine Spaak faisait ses premières armes.
En ces temps relativement abjects de grande trouille identitaire, d'ethnolibéralisme, de larbins pauvres et moyens pauvres, de retour de l'ordre moral, ce cache sexe de toutes les oppressions économiques,  de sévérité délirante pour des pillards pauvres qui n'ont rien et de soumission morbide pour des pillards riches qui ont tout, les propos de Lattuada sont les plus indispensablement politiques qu'on puisse lire aujourd'hui:

"Dans un monde toujours plus victime de la cruauté et de la stupidité de l'utopie qui reproduit les massacres et les erreurs de l'histoire, les yeux aveugles et les oreilles sourdes, la beauté innocente des nymphettes est un tendre avertissement contre la mort. Il aurait fallu qu'une nymphette séduisît Adolf Hitler en résolvant cette impasse sexuelle avant que s'ouvrent les portes de l'apocalypse nazie. Lolitas, nymphettes, jeunes filles en fleurs, multipliez-vous avant qu'il ne soit trop tard, envahissez les Parlements, les salles de congrès, les laboratoires atomiques, les usines d'armement, offrez votre corps nu et innocent aux tireurs d'élite et voyons alors s'ils auront le courage vulgaire de presser la détente."
Alberto Lattuada



vendredi 12 août 2011

Lettre à Frédéric Schiffter sur la beauté

                                 Cher Frédéric Schiffter,
"Si tu aimes, il faut partir." Permettez-moi, à la lecture de votre dernier billet, quelques modestes suggestions pour mener à bien votre work in progress sur la beauté.
Trouvez-vous une île, quelques semaines, quelques mois, quelques siècles.
Par ici, entre deux plages qui ont vu des hommes et des déesses s'accoupler, il y a plusieurs spots qui vous conviendraient pour le surf, je crois, même si je ne suis pas expert sur la question.
Les connexions internet sont aléatoires, les journaux arrivent avec deux jours de retard, quand ils arrivent. 
Si ce divertissent hégélien vous semble encore de trop, sachez que l'on peut monter dans les collines, arriver dans un village, s'asseoir à une terrasse sous une tonnelle de lauriers roses et de bougainvillées, toujours la même, et regarder une minuscule chapelle en face de soi, toujours la même aussi, de cinq heures du matin à neuf heures du soir.
Murs blanchis à la chaux, dôme bleu : elle est semblable aux centaines qui essaiment les champs, les vallées, les chemins creux et pourtant, elle est unique. La gamme infinie des jeux de l’ombre et du soleil à chaque instant de la journée peut prendre une vie à  être étudiée. 
Mais par ici on a une vie, et même un peu plus. 
Il suffit d’avoir été frôlé, sans que vous vous en soyez même rendu compte, par une lolita en bikini qui était en fait une nymphe déguisée, et vous voilà immortel.
Cette chapelle est la beauté.
Apparemment immobile, toujours changeante. Monet avait compris ça avec sa série des cathédrales de Rouen. Il était peintre. Vous pas. Et alors? Cette contemplation vous remplira de joie à elle seule. Parce que vous saurez que la beauté est juste devant vous, avec un mouvement qui ne fait pas bouger les lignes (un rêve baudelairien enfin réalisé), mais juste changer les fréquences.
De temps à autre, vous boirez un peu d'eau fraiche à votre table, pour saluer un infime glissement sur le nuancier de la lumière.
La beauté sera là.
Il vous suffira alors, quand vous le jugerez bon, de redescendre sur les plages et d’ouvrir un carnet. Le reste suivra.
Bien à vous.

Jérôme Leroy

mercredi 10 août 2011

Marx, et puis la plage...

Charlie Bauer est mort mais l'Angleterre est en feu


 «Je n'ai eu qu'une femme, c'est la Révolution, mais putain ce qu'elle baise bien !»

Un catholique appellerait ça la Communion des Saints.
Pour une mauvaise nouvelle, celle de la disparition d'un amant du négatif, Charlie Bauer, une bonne, une excellente même: Cameron, un des employés de l'année du néo-libéralisme en phase terminale vient de rencontrer le réel. Sa soumission totale à la loi du marché est payée par des villes en flammes et des émeutiers joyeusement incontrôlables qui vont bien finir par trouver les adresses locales des agences de notation, et de quelques salles des marchés de la City.
Sinon, par ici, l'église orthodoxe grecque, qui n'est pas franchement une organisation progressiste vient de publier un communiqué assez intéressant, assimilant la troïka (UE, BCE, FMI) et la politique qu'elle met en oeuvre à, nous citons, "une occupation étrangère", c'est à dire se met à tenir le discours de nos glorieux camarades du parti communiste grec (KKE) et des éléments gauchistes, mais néanmoins extrêmement sympathiques, de Syrisa. Quand le pope corne, la banque s'terre.
-
-T'aurais pas le numéro d'Anders Behring Brevik?
-Tu crois que c'est la faute au multiculturalisme?
-Puisqu'on te le dit...

La clochardisation accélérée du Royaume Uni, pays à l'avant-garde depuis toujours de la dysneylandisation préfasciste du capitalisme poussé au bout de ses contradictions, venant tout de même de très loin, on pourra lire ce texte poignant qui date de 1992:
Et pour finir, parce que ce naufrage est au bout du compte une excellente nouvelle, une chanson de circonstance, gaie, chic et entrainante, pour danser sur les plages du temps libéré

The Generationals - When they fight they fight by hydearck

dimanche 7 août 2011

Bain de soleil


Ce qu’ils ne comprendront jamais, et il vaut mieux qu’ils ne le comprennent jamais si nous voulons leur échapper, c’est à quel point nous aurons été libres, heureux, mobiles, légers, calmes, décidés, gais, secrets, ouverts.

Un vrai réactionnaire n’est pas raciste pour la simple raison qu’il  s’occupe de choses autrement plus importantes et moins vulgaires que de vérifier la formule sanguine des uns et des autres : combattre avec le temps, l’histoire, les mœurs. Tous ceux qui se disent réacs, néo-réacs ou post-réacs ces temps-ci alors qu’ils souffrent simplement des névroses ethniques dont  le capitalisme affolé leur dit de souffrir, sont coupables d’usurpation  d’identité.

Grec ancien. Bleu de Staël. Matin profond.

C’est l’islamisme qui met l’Europe genoux en ce moment ? Vraiment ?
C’est l’immigration qui asphyxie les peuples grecs, irlandais, portugais, espagnols en ce moment ? Vraiment ?
C’est un musulman qui a massacré à Utoya ? Vraiment ?

Ce qui ne change pas, par ici, c’est une certaine façon que les chemins ont de descendre vers la mer.

Pas un jour sans une ligne. Tu parles. Pas un jour sans la plage, oui.

Une expression du monde d’avant qu'il me semble ne pas avoir entendue depuis une éternité: prendre un bain de soleil.

Les îles, on aura beau dire, ça n’a pas de juste milieu. Ou c’est l’enfer post-nazi, Utoya ; ou c’est le paradis communiste, sexy et balnéaire, Cuba.


samedi 6 août 2011

Thèses de juillet

A l'immortel camarade Vladimir Illitch Oulianov, dit Lénine. Pour qu'il revienne. Vite.

jeudi 4 août 2011

La chaise éclectique

Trouve la bonne combinaison et gagne un séjour en Atlantide avec des filles, de l'alcool, de la drogue et du communisme sexy et balnéaire, en veux-tu, en voilà.


1.
Trente ans auparavant, deux hommes avaient aimé Nicole Fischer.
L’inconnu qu’elle leur préféra, pilote de chasse de son état, n’eut pas plus le temps de l’épouser que de s’éjecter de son prototype en vrille, pulvérisé sur la Haute-Saône en plein midi de mai.

2.
C’était un été étrange et étouffant. L’été où ils ont électrocuté les Rosenberg. Je ne savais pas ce que je venais faire à New-York. Je deviens idiote quand il y a des exécutions.

3.
Hormis les jours où mon père avait pratiqué une opération difficile, un accouchement important, et qu’il en expliquait, à table, les plus émouvantes phases, mes parents ne se parlaient presque jamais.

4.
En janvier, j’étais censée remettre une proposition à Léon Field, mon patron, concernant un nouveau chantier. Nous rénovions une boutique de vêtements dans un centre commercial à ciel ouvert, en banlieue. Rien d’extraordinaire.

5.
J’ai rencontré Georges Saval dans le train qui nous conduisait de Londres à Cambridge, l’automne 1937. Nous nous connaissions de vue sans nous être jamais parlé : même âge à Janson-de-Sailly, mais des classes différentes.


6.
Le dimanche onze novembre 196*, tandis que j’attendais la retransmission du match de football New-York Giants-Dallas Cowboys assis au bar du New Parrot, à Watertown, ma ville natale, dans l’Etat de New-York, j’eus ce que je crus être, à l’époque, une crise cardiaque.




a)Sarah Gran, Viens plus près. (Points)
b)Octave Mirbeau, L’abbé Jules (10-18)
c)Michel Déon, Les poneys sauvages (Gallimard)
d)Jean Echenoz, L’équipée malaise (Minuiit)
e)Frederick Exley, Le stade ultime de la soif (Monsieur Toussaint Louverture)
f)Sylvia Plath, La cloche de détresse (Gallimard)

mercredi 3 août 2011

Et l'été ne s'arrêta jamais, jamais plus...

Puis, une fois baignées et tout enduites d'huile fine
les filles prirent leur repas sur les rives du fleuve.

Odyssée, chant IV.