lundi 29 novembre 2010

Sarkozyste pauvre et moyen pauvre




Le syndrome du larbin, c'est aussi ce que le médecin situationniste Michel Bounan(1), auteur de La Vie innommable et de Incitation à l'autodéfense, avait déjà appelé, il y a quelques temps, l'alexithymie et qu'il définit ainsi: "...de telles "idées dominantes" ne pouvaient être reçues et intériorisées qu'au prix d'une perturbation psychique- que les psychiatres appellent alexithymie-et dont les effets physiologiques et comportementaux étaient ceux qui conduisaient à l'actuel désastre. L'alexithymie était donc le terrain où les idées dominantes s'ensemençaient elles-mêmes pour produire le malheur qu'elles prétendaient nommer."
(1)Je sais que mon ami Serge Quadruppani ne l'aime pas trop et que Bounan est parfois contestable (sur le sida) mais là, ça marche à plein.

dimanche 28 novembre 2010

Bientôt dans les bacs

"Si vous n'aimez pas le foute, si vous n'aimez pas le polar, si vous n'aimez pas les nouvelles, alors allez vous faire foutre.
(Michel Poiccard, dans une scène coupée d'A bout de souffle)
Un recueil sous la direction de Fred Prilleux où chaque nouvelle illustre à sa manière une des dix-sept lois fondamentales de cet admirable jeu. J'ai choisi la loi n°2, celle qui concerne le ballon.

samedi 27 novembre 2010

Hugo Chavez contre les robots

Chez l'intellectuel néo-libéral, l'antichavisme rabique, médiatique et fantasmatique est l'équivalent de l'anticommunisme vintage des abrutis de la nouvelle philosophie qui achèvent leurs vieux jours dans le gâtisme conceptuel de l'antitotalitarisme à l'usage des classes moyennes supérieures.
On répond à l'un d'entre eux sur Causeur et on rappelle que le libéralisme, qui paupérise actuellement les peuples européens à très grande vitesse, s'est toujours très bien accommodé des dictatures militaires les plus féroces.
Et que le jour ou moi, glorieux marxiste, communiste maintenu, j'aurai des leçons de démocratie à prendre, ce ne sera pas chez le balbutiant Philippe Nemo et autre évangéliste du marché décavé.
Vive Chavez!
Vive la zone chaviste libérée de ce blogue!
Vivent les manifestants de Dublin, de Lisbonne, de Salonique!

Et devinez qui chante pour Chavez? Mais oui, bien sûr, les champions du doo wop sous De Gaulle, nos vieux amis les Surfs (1) qui ont bien compris qui était ce garçon.
(1) probablement un des groupes préférés de Frédéric Schiffter

Consolatio

Puisque tes jours ne t'ont laissé
Qu'un peu de cendre dans la bouche,
Avant qu'on ne tende la couche
Où ton coeur dorme, enfin glacé,
Retourne, comme au temps passé,
Cueillir, près de la dune instable,
Le lys qu'y courbe un souffle amer,
- Et grave ces mots sur le sable :
Le rêve de l'homme est semblable
Aux illusions de la mer.


Paul-Jean Toulet

jeudi 25 novembre 2010

Daimler dans la nuit (Sauter les descriptions, 29)

Le mardi, il déjeuna (brandade de haddock, harengs grillés sauce moutarde et une bouteille d'Insolite, le saumur de Thierry Germain) avec Denis Grozdanovich, qui était en résidence à la Villa Yourcenar et qui avait envie de prendre l'air en ville. Le soir, il alla à une conférence de Badiou sur l'hypothèse communiste. Qu'il s'agît  de Denis Grozdanovich ou d'Alain Badiou, cela lui remonta plutôt le moral. On avait beau dire, parler littérature avec un écrivain qui aimait ça( ce n'est pas si fréquent les écrivains qui aiment la littérature, en fait) et écouter un philosophe qui vous explique que le communisme, si on excepte le saumur de Thierry Germain, c'est ce que l'humanité a produit de plus aimable, ça permettait d'oublier novembre, la pluie, la procrastination, la bile noire, la fatigue d'être soi.
Mais le lendemain, justement, tout ça revint. La journée se passa sans qu'il eût envie de lire, d'écrire, de regarder un film, ni même de boire. C'est dire si la situation était grave. Et puis, dans la nuit, un peu machinalement, alors qu'il tournait en rond dans sa bibliothèque, il éprouva le besoin irrépressible de relire Frédéric Berthet. Il avait un peu connu Frédéric Berthet, au début des années 90. Daimler s'en va, Paris-Berry, c'était tout de même quelque chose. Des phrases comme "Daimler, qui redoutait depuis des siècles le coup de la petite fille blonde courant dans les blés, se dit que ça y est, c'est arrivé.", lui, il trouvait ça difficilement dépassable, tout de même. 
Et il comprit soudain pourquoi Frédéric Berthet, et pas un autre en cet instant précis. 
Frédéric Berhet était mort à 48 ans, lui en avait déjà 46. 
Ce fut alors que Daimler apparut, assis sur le fauteuil voltaire de la bibliothèque et lui sourit tristement dans la pénombre: "Je ne te le fais pas dire, old sport. Deux ans, ça passe vite. Très vite."
 

mercredi 24 novembre 2010

Having a Party depuis le Congrès de Tours

Sam Cooke, une des plus jolies voix de la soul dit assez justement le bonheur d'avoir un Parti. D'avoir le Parti.

Car il parle bien entendu de la Section Française de l'Internationale Communiste, née en décembre 1920 au congrès de Tours, plus connue sous le glorieux nom de Parti Communiste Français. On en reparlera parce que 90 ans, ça se fête. En attendant, dansons sur Sam Cooke et sur les excellents paroliers Karl Marx et Friedrich Engels: 
"Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l'avantage d'une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien."(Manifeste du Parti Communiste)

Grâce au PCF et à Jérôme Leroy, j'ai une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien. Eh oui.

lundi 22 novembre 2010

Karachi

 "Des réseaux de promotion-contrôle, on glisse insensiblement aux réseaux de surveillance-désinformation. Autrefois, on ne conspirait jamais que contre un ordre établi. Aujourd'hui, conspirer en sa faveur est un nouveau métier en grand développement. Sous la domination spectaculaire, on conspire pour la maintenir, et pour assurer ce qu'elle seule pourra appeler sa bonne marche. Cette conspiration fait partie de son fonctionnement même."

Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle (1988)

Conformément à la politique sanitaire en vigueur dans notre zone chaviste libérée, toutes  les photos pouvant traumatiser les enfants et les personnes sensibles sont aussitôt suivies d'une photo de femme nue car les femmes nues, comme le disait Scutenaire, n'ont jamais fait de mal à personne.
 -Non, ne t'inquiète pas,  Jérôme, ça ne va plus tarder, maintenant, l'insurrection qui vient. Mais si, aie confiance...

Histoire du communiste amoureux de Sarah Palin

Non, mais là, tout de même, les lunettes noires, les eaux calmes, le sourire. Un genre d'heure bleue, version Alaska. Passer la main dans ses cheveux, l'embrasser dans le tendre du cou, un peu en dessous de l'oreille. 
Il alourdissait considérablement un dossier  déjà très limite, il en était parfaitement conscient. En même temps, c'était Sarah. Il allait vérifier les horaires des prochains avions pour Fairbanks ou Anchorage. Parce que les bières, dans le buffet de la gare de Remiremont, un dimanche soir, au retour d'un festival de polar à La Bresse(1), ça allait cinq minutes. 
En Alaska, il y avait Sarah. Sarah Palin. Le tendre du cou. Le grand corps déployé et rieur de la reine des glaces. Les eaux calmes.
Les cuisses qui se referment dans un grand silence polaire et brûlant. 
Ne plus revenir, jamais.
Oublier Remiremont.

(1) extrêmenent sympathique et réussi au demeurant

jeudi 18 novembre 2010

Vidalie, le retour.

Toutes les éventuelles et/ou habituelles remarques  sur les contradictions que ma signature  de héros marxiste et balnéaire représenterait dans un journal de droite seront évidemment reçues avec l'attention qu'elles méritent. Je les lirai, en effet, d'un  derrière très attentif.

 

mardi 16 novembre 2010

Halte aux massacres des chrétiens d'Irak.

Celui-ci, en plus d'être chrétien, était ministre des affaires étrangères puis premier ministre d'un régime arabe laïque, détruit par la clique néo-con et/ou affairiste des criminels contre l'humanité Bush, Rumsfeld et Cheney. Il attend d'être exécuté par des fantoches islamistes mis en place par les sus-nommés. Il aime, dit-on, les films de Godard. C'est pour cela qu'une spéciale dédicace de Made in Usa nous semble indispensable pour cet esthète aimable victime des bêtes à cornes.

dimanche 14 novembre 2010

Un dernier pour la route

-Où êtes vous né?
-Hors d'atteinte.
-Joli coin.

Ring Lardner

jeudi 11 novembre 2010

11 novembre et Poppy Day

Comme chaque année, tout à l'heure, nous irons nous recueillir dans un cimetière militaire ou un mémorial. Par chez nous, il y en a presque autant que d'usines délocalisées, c'est dire. On n'a que l'embarras du choix: une vie ne suffirait pas à nommer tous les morts, les pauvres morts, enterrés dans ce petit bout d'Europe où le vingtième siècle a fait son entrée en alliant avec un sens très sûr de l'horreur le nationalisme et la technologie, ce qui inaugurera par la suite la série de carnages industrialisés que l'on connaît. Mais il faut nommer les morts, il faut dire leur nom, au moins une fois, les prononcer à voix basse. On ne sait jamais, c'est peut-être ça l'éternité: un inconnu qui murmure votre nom, près de cent ans après et qui, un petit quart de seconde, pense à vous et vous aime.
 Il est fort possible qu'il fasse gris et pluvieux. La météo a le sens de la mise en scène. L'année dernière, c'était l'étrange momunent du contingent portugais à La Couture, aussi baroque que la Chapelle des Os à Evora. Là on va voir: peut-être à Ypres, ou à Neuville Saint-Vaast ou dans une nécropole de hasard. Les morts sont patients, ils ont parfois un peu froids mais ils sont patients.

En revanche, les vivants, apparemment beaucoup moins et ils ont bien raison. 
Le Royaume-Uni, si souvent cité en modèle par les chiens de garde de l'expertocratie falsificatrice, chargée de faire accepter aux peuples européens la paupérisation définitive pour éponger provisoirement la baisse tendancielle du taux de profit de leurs maitres, va-t-il l'être cette fois-ci encore, cité en en modèle, après le charmant évènement qui s'est passé hier au coeur de Londres. Une manifestation étudiante contre une hausse délirante des frais d'inscription à l'université a aimablement tourné à l'émeute et a fini dans une admirable attaque du siège du parti conservateur.  Il semble que la jeunesse du Royaume Uni ait donc elle aussi décidé après la jeunesse grecque et la jeunesse française que ça ne se passerait pas comme ça, que rien, absolument rien ne justifiait la mise en place de la dictature de la rigueur par les clones tristes Cameron, Sarkozy et Berlusconi fabriqués dans les éprouvettes du CAC 40, du FMI et de l'UE. Il n'y a pas d'autres solutions? 
Apparemment si: des gros pains dans ta face de rat mort.

Si Badiou avait fort justement parlé dans De quoi Sarkozy est-il le nom? d'un transcendantal pétainiste  courant l'histoire de France et si visiblement à l'oeuvre aujourd'hui aussi bien dans la politique de soumission au fascisme du marché que dans l'ethnolibéralisme des têtes de noeud Besson et Hortefeux aidés par les clounes sinistres des sites racistes et identitaires dont certains osent se prétendre laïques, nous, nous trouvons aussi que la France a son transcendantal gaulliste. On en parle sur Causeur, de cet esprit de résistance qui va de Vercingétorix au mouvement social de 2010. 
Avec ce papier, on va encore passer pour un vieux con, un réac de gauche, et à vrai dire, on s'en fout un  peu. 



Les vivants et les morts...
Les vivants, ce sont aussi les taulards. Notre absence des écrans radar  a eu pour cause une rencontre avec ceux du Centre Pénitentiaire de Béziers, un des plus récents et des plus gros de France,  avec huit cent places. On est venu leur parler du roman noir en général et du Poulpe en particulier. Ils étaient une quinzaine et venaient de terminer un atelier d'écriture et de BD sur le sujet. 
Une impression et une certitude sur cette expérience. L'impression: quand la porte se referme derrière vous et que vous entrez dans la cour, cela fait un petit coup au coeur. Il est dû à la fois à une légère appréhension que la goupille de sécurité que vous avez à la ceinture vient fonder mais aussi à une manière de mélancolie prenante qui fait vous demander: "Est-ce ainsi que les hommes vivent?" La certitude: aussi humainement que soit pensée une prison, cela reste une prison. C'est-à-dire une solution provisoire aux contradictions intenables d'une société, qui ne règle rien sur le fond.
Et je veux saluer les vrais lecteurs, attentifs, curieux, drôles aussi, que j'ai vus là-bas, en particulier H. qui en a encore pour un bout de temps mais dont la conscience de classe, la clarté d'expression et l'humour me laissent penser qu'il tiendra le coup. Et plutôt bien.
Et pour ce 11 novembre, avec une pensée pour ce superbe érudit en la matière qu'est Shane Fenton, notre commentateur ès doo-wop, ce sommet de mélancolie virile dû au grand Johnny Ace qui chante à travers le Temps pour les Poilus de 14-18, les étudiants anglais de 2010 et les prisonniers de Béziers et d'ailleurs.



vendredi 5 novembre 2010

Toussaint Rouge.

On vous laisse pour aller assister et participer à une conférence organisée par l'Académie Royale de langue et de littérature françaises de Belgique pour le centenaire de Thomas Owen, l'un des maîtres trop méconnus de l'école belge de l'étrange et ami de Jean Ray.
On ne profitera pas trop de la ville le lendemain parce qu'on voudrait bien être à la manifestation du 6, à Lille, histoire de montrer aux appareils capitulards que rien ne change.
Ce télescopage entre le fantastique et le social nous a inspiré un petit conte que vous pouvez lire ici, sur Causeur.



jeudi 4 novembre 2010

Je vais m'abonner à Article XI

Article XI est un excellent site de réflexions et d'informations,  inspiré par un communisme libertaire assez plaisant, que vous pouvez trouver dans notre bloguerolle depuis un bout de temps. Ils ont décidé de prolonger leur remarquable travail par un journal papier que l'on trouvera dans les kiosques dès le 15 novembre, si j'ai bien compris. Mais s'abonner, c'est mieux même si ça n'empêche pas, en plus, de l'acheter en kiosque pour amorcer la pompe.
Je vais m'abonner à Article XI parce qu'ils pensent des choses plutôt originales sur le règne sans partage de l'économie spectaculaire marchande. Ils proposent même des moyens théoriques et pratiques d'y résister. En plus, ils n'ont rien contre la littérature.
Je vais m'abonner à Article XI parce que leur discours, contrairement à nombre de blogues d'abrutis genre cloune toulousain pseudo trostkiste comme Thierry CSP, ne se résume pas à une patrouille incestueuse sur les blogues de la réacosphère pour les insulter dans une rivalité mimétique aussi minable que révélatrice.
Je vais m'abonner à Article XI parce que je tiens pour d'admirables amis deux de leurs signatures régulières : Ubifaciunt et Serge Quadruppani, qui incarnent deux générations différentes réunies dans un même combat pour démoraliser le capitalisme et opérer le beau travail des amants du négatif.
Je vais m'abonner à Article XI parce que, quand j'étais petit, dans les westerns, j'étais toujours du côté des indiens.
Je vais m'abonner à Article XI. Si ça se trouve, ça pourrait même me rendre moins stal. Si ça se trouve.
Je vais m'abonner à Article XI et vous allez faire comme moi.



Franchise postale

Les canons sont insomniaques, les barricades sont mystérieuses et les anarchistes grecs tournent en rond dans la nuit et se consument à son feu. On salue ces ardents jeunes gens qui sont de vrais affranchis et sauvent l'honneur de toute l'Europe. 
Et maintenant, on danse. On danse avec Héraclite ou on danse avec les Relatives car si tout est Relatives, le capitalisme spectaculaire marchand aussi.  Il disparaitra dans l'Hadès où il sera flairé par les âmes de ses victimes car il est bien connu que les âmes flairent dans l'Hadès
Ne suffit-il pas, en effet, de quelques lettres d'amour envoyées à des pantins falsificateurs investis d'une apparence de pouvoir par des maîtres qui préfèrent demeurer cachés, pour que soit paralysée pendant 48 heures une nation pourtant mise sous occupation économico-policière par la dictature UE-FMI? Tous les espoirs sont donc permis et même vivement recommandés.
 

mardi 2 novembre 2010

Utopie old school: Songoj de kristalo

 En 2005-2006, alors qu'un tsunami industriel se préparait à balayer la Cristallerie d'Arques et que nombre d'ouvriers avaient perdu leur conscience de classe après plus de cent ans de gestion paternaliste, l'association Travail et Culture, en partenariat avec le CE (qui a une voix de majorité, et pour la première fois, n'était plus tenu par le syndicat maison) m'a demandé de rencontrer un peu tout le monde et d'écrire sur ce qui se passait et allait se passer. 
Cela a donné une novella d'anticipation, Rêves de cristal. Il y est question d'un nouvel age glaciaire comme métaphore de la désindustrialisation, de cette alchimie mystérieuse du feu, du plomb et du sable, de survie et d'amour fou. Ca se passe au Japon, au Brésil et bien sûr à Arques.
C'est un petit livre auquel je tiens, parce qu'au-delà de l'histoire, je me souviens des ateliers d'écriture dans les écoles de cette ville qui attendait, presque résignée, la catastrophe. C'est pour cela que j'ai été très content d'apprendre qu'une coopérative de traduction espérantiste, animée par un camarade de Pau, a décidé de prendre Rêves de cristal, de le  faire traduire et de  l'inscrire à son catalogue.
L'espéranto, cela sent bon, je trouve, l'utopie old school. Et c'est plutôt un parfum plaisant quand le climat, comme ces temps-ci, est à l'ethnolibéralisme qui prépare tranquillement ses futurs charniers.
Ci dessous, la dédicace dans les deux langues