lundi 30 août 2010

Embrasse ton amour sans lâcher ton cabriolet!

-Alors, elle vient l'insurrection?
-Bien sûr qu'elle vient. Embrasse-moi.
-Et après?
-Après? On tuera tous les affreux.



"Pas plus qu'on ne juge un individu sur l'idée qu'il se fait de lui-même, on ne saurait juger une telle époque de bouleversement sur sa conscience de soi; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives sociales et les rapports de production."
Karl Marx, Contribution à la critique de l'économie politique.


En gros, fermez la télé et brûlez les banques.



dimanche 29 août 2010

46

Penser à chercher les artistes, les écrivains, les poètes, les philosophes, les révolutionnaires  morts à 46 ans. A chercher aussi quels grands romans, tableaux, poèmes, concepts furent créés à cet âge là.
Demander à nos aimables abonnés d'apporter leur contribution à cette recherche parce que, en ce qui nous concerne, on a assisté hier à un mariage de tradition polonaise dans le Nord et qu'on s'est couché il y a quelques heures. Pour ceux qui voient l'ouverture de Voyage au bout de l'enfer avec son mariage ukrainien, ils auront une petite idée de la gueule de bois de compétition qui est la mienne. Une gueule de bois qui nous a fait vieillir d'un an. Merci de votre aide et...
"Dites bonne nuit au mauvais garçon" (Scarface)

jeudi 26 août 2010

On avait oublié de vous parler de Paris Noir

Il y a quoi, deux ans, Aurélien Masson, le boss de la Série Noire, avait été contacté par un éditeur new-yorkais, Akashic Books, pour faire un Paris Noir dans une collection qui comptait déjà de nombreux titres, Istanbul Noir, Los Angeles Noir, Rome Noir, etc... Le principe: demander à des auteurs une nouvelle inédite, aussitôt traduite en américain et se déroulant dans un quartier de la ville en question. Je me suis retrouvé ainsi avec mon premier texte publié en américain mais, paradoxalement, inédit en français.  Et ce, jusqu'au  mois de juin, quand les toutes jeunes  et sympathiques éditions Asphalte ont repris les nouvelles dans leur version originale.
Paris Noir, 12 nouvelles, avec notamment Pouy, Villard, DOA, Chantal Pelletier, Patrick Pécherot, Prudon, Laurent Martin, Christophe Mercier... (Asphalte éditions, 20 euros)

vendredi 20 août 2010

Piqûre de rappel

La blogosphère fonctionne comme une loupe. Elle est visiblement dominée par une extrême droite dure, identitaire, raciste. Assez étrangement, elle est aussi anticommuniste comme on n'ose plus l'être depuis Mac Carthy. Assez étrangement aussi, certains blogueurs se prétendant trotskistes ou d'extrême gauche ont la même syntaxe qu'eux, le même vocabulaire mortifère et fascistomorphe.  Et ils n'écrivent plus le mot communisme, trop occupé à faire la police de la pensée et à animaliser l'adversaire, comme n'importe quelle ordure du temps de Gringoire. 
On sait que le style, c'est l'homme, et ces hommes là ne sont décidément pas aimables.
Nous sommes fiers d'être communiste. Nous sommes fiers de l'idée communiste, de l'hypothèse communiste.
Certains se gargarisent dans la dénonciation des libéraux-libertaires et croient que cela fait d'eux de vrais hommes de droite. Cela prouve juste à quel point ils sont ignorants. Ils sauraient sinon que c'est un philosophe communiste pur jus, dont on a déjà parlé ici, un philosophe qui aimait les bains de mer et les filles, Michel Clouscard qui a dénoncé cette collusion, dès 1973, dans Néo-Fascisme et Idéologie du désir (Delga).
Et puis nous sommes communistes parce qu'il n'y a pas d'autre solution. Cela fait plus d'un an qu'un autre philosophe communiste, Georges Labica, est mort. Mais nous gardons au coeur et à la raison la magnifique définition qu'il donne à notre belle espérance: 

« Le communisme, c’est le seul contrepoison, le seul antidote, le seul remède, la seule alternative à la société d’exploitation, au capitalisme qui jamais n’a le visage humain. Tous les damnés de la terre savent ça, qui sont de plus en plus nombreux et de plus en plus damnés. Seuls les salauds ne sont pas avec eux et c’est comme ça qu’on les reconnaît. »

Démocratie et Révolution
(Le temps des cerises, 2002)


Bon, sinon, on vous laisse. On s'en va dans le Brabant, faire des broques pour chasser l'édition originale, manger le boudin vert d'Orp le Grand  et suivre les drèves de hasard.

jeudi 19 août 2010

Sbang-sbang au Paradis

Patrick Cauvin est mort. On l'avait croisé deux fois. Il était plutôt gentil avec ses jeunes confrères, ce qui est rare chez les romanciers à succès. Sous son vrai nom, il avait écrit des polars presque expérimentaux, assez manchettiens finalement.
Ce soir, on va relire ce qu'il y a sur la photo.  Ce sera notre façon à nous de prier.

mercredi 18 août 2010

Lenteur et mélancolie sereine


"Mes seuls bons souvenirs sont des souvenirs de fuite ou de fugue."


"...mais au creux de ces après-midi d'été où vous ne savez plus très bien en quelle année vous êtes."


"A l'époque, j'y trouvais encore des vestiges de mon enfance: les hôtels délabrés de la rue Dauphine, le hangar du catéchisme, le café du Carrefour de l'Odéon où trafiquaient quelques déserteurs des bases américaines, l'escalier obscur du Vert Galant,  et cette inscription sur le mur crasseux de la rue Mazarine, que je lisais chaque fois que j'allais à l'école: NE TRAVAILLEZ JAMAIS."

"Notre seul but de voyage, c'était d'aller au coeur de l'été; là où le temps s'arrête et où les aiguilles de l'horloge marquent pour toujours la même heure: midi. "

Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano (Gallimard)


Longtemps, on nous a caché Modiano. 
Ou pour formuler les choses différemment, jusqu'à la fin des années 80, on avait l'impression que Modiano était un écrivain pour cadres sup qui recherchaient un supplément d'âme, un écrivain qui allait apporter la littérature dans la corbeille des signes extérieurs de richesse. Et puis, en plus, on trouvait qu'il avait tout piqué à Simenon, celui des "romans durs".
Bien entendu, tout cela a changé. La barbarie du spectaculaire intégré n'ayant cessé de s'approfondir, le cadre n'a même plus besoin de l'alibi littéraire pour paraître. Et si vraiment il s'ennuie, et qu'il n'a rien d'autre à faire pendant une heure de plage ou de train, il lui suffira de lire un roman de Dan Muzo. (belle trouvaille de François Taillandier). On ne trouve plus que du Dan Muzo sur les maigres tourniquets consacrés à la littérature française.
Tant mieux, les maîtres, désormais très provisoires de ce monde, en se concentrant exclusivement sur l'appétit de richesses parce qu'ils sentent bien que très bientôt les contradictions du capitalismes vont les broyer et en finir avec leur dysneyland préfasciste, ont libéré des territoires entiers de l'imaginaire qu'il ne tient qu'à nous de réinvestir. 
Ainsi oublions qui lisait Modiano, qui disait qu'il fallait lire Modiano, critiques stipendiés et profs dans la facilité.
Et redécouvrons-le pour ce qu'il est: l'écrivain français qui a le mieux saisi depuis quarante ans, dans ses romans qui se ressemblent tous, les corsi et recorsi de notre durée humaine. En plus, il semble bien que de roman en roman, il aille vers encore un peu moins d'effets, un peu plus de dénuement, et que cet effort accentue à la fois la mélancolie et la sérénité du lecteur.
Que Modiano ne soit plus assimilable apparait, de fait évident. Il ne raconte pas vraiment d'histoire, il ne croît pas aux complots théocratiques, il aime la lenteur. et les traces du monde d'avant. Comment voulez-vous faire un roman avec ça?
Je vous invite à relire les citations ci-dessus. A éteindre les portables. A mesurer très précisément ce qu'elles dégagent de silence, de lumière, de subversion discrète aussi.
Et si, à l'idée de vous replonger d'ici quelques jours ou quelques semaines,d ans la violence toujours plus grande des rapports de production, vous êtes terrorisé,  pensez à Modiano. Relisez Modiano.
Dites vous qu'il n'y a aucune raison de   penser que ce que vous vivez, que ce qu'on vous fait vivre est inévitable. En face,  les derniers tenants de l'économie techno-marchande vont tenter de vous le faire croire. De vous le faire croire méchamment car on sait bien que les abeilles piquent d'autant plus facilement qu'elles vont mourir.
Ils vont vous inventer des chiffres incontestables. Si les chiffres ne suffisent pas, ils vous feront savoir que de terribles périls vous guettent. L'année dernière, ce fut une grippe qui n'existait pas sauf par le prix qu'elle a couté. 
On peut penser que cette année, il va y avoir un comebaque de la jeunesse dangereuse qui assiègera vos villes sur ordre d'imams cachés. Mais on n'exclut pas non plus la mystérieuse bactérie antibiorésistante. Ils essaieront tout pour que vous oubliiez que vous sombrez dans la tiers-mondisation sociale et économique, afin qu'ils puissent se goinfrer encore un peu avant la fin.
Alors, en attendant que le réel contre-attaque, (on parie que les premiers feux viendront de Grèce), lisez Modiano.
Et, en attendant l'inévitable affrontement, ignorez l'ennemi. 
Ignorez-le en souriant. 
N'oubliez pas: lenteur et mélancolie sereine.
Ils ne vont pas aimer. Pas aimer du tout.


dimanche 15 août 2010

Scooters

Par ici
Les jeunes filles quittent la plage en scooter
Elle remontent par un chemin à l'asphalte usé
Qui se faufile dans les collines
Le soleil de sept heures
A travers les pins frappe les rétroviseurs
Et fait des reflets géométriques
Sur les peaux bronzées 
Des jeunes filles en casque et maillot de bain
Par ici 
Les choses vont je crois
Pouvoir durer encore un peu


Le déclenchement muet des opérations cannibales (Editions des Equateurs, 2006)



samedi 14 août 2010

Le Marx de Paros

"Mais la difficulté n'est pas de comprendre que l'art grec et l'épopée sont liées à certaines formes du développement social. La difficulté, la voici: ils nous procurent encore une jouissance artistique, et à certains égards, ils servent de norme, ils nous sont un modèle inaccessible(...). Pourquoi l'enfance historique de l'humanité au plus beau moment de son épanouissement, n'exercerait-elle pas l'attrait éternel du moment qui ne reviendra plus?"

Karl Marx.

jeudi 12 août 2010

256 000

Ce n'est pas le titre d'un roman de Roger Vailland. 
Ce n'est pas, en euros, la somme que laissent les occupants de l'UE-FMI aux nobles Achéens pour soigner leurs enfants et leurs vieillards. 
Non, c'est le nombre d'emplois détruits en France durant l'année 2009. 
Pour faire oublier tout cela, on a donc le droit cet été à de ridicules et honteuses gesticulations sécuritaires et ethnodifférentialistes d'un gouvernement qui est manifestement prêt à tout pour se maintenir au pouvoir et continuer à défendre les intérêts de la clique qui l'y a porté.  Y compris à faire tirer dans la foule.
On a parlé de tout ça sur Causeur et c'est ici. 
On aimerait bien vous parler d'autre chose. On aimerait bien que l'humanité, dans le communisme sexy et balnéaire enfin réalisé, puisse faire ce que l'on s'apprête à faire: aller nager avec néréides avant de lire dans la lumière du matin quelques poèmes de Seferis. Mais, tant que cela ne sera pas arrivé, on continuera à maintenir bien haut l'étendard de la chère vieille Cause.

mardi 10 août 2010

Il est encore très tôt.



Il est encore très tôt. Les Grecs anciens appelaient cette heure-là le matin profond.
On se réveille comme se réveillent les enfants sans le moindre palier de décompression,  sans  pénible remontée à la surface, sans corps à corps avec un sommeil qui ne veut pas se rendre. On se réveille sans fatigue.
On descend par les rues blanches du Kastro. On a juste pris un maillot, une serviette. Le bleu de la mer apparaît  seulement par fragments. Ce pourrait être simplement un volet, une coupole, si ça se trouve. Tout est fait de lignes pures, de courbes nettes, d’angles droits. Les aubes sans les hommes sont géométriques.  Cette île grecque, entre six et huit heures du matin, quitte la mer Egée pour se retrouver au ciel des Idées.
C’est déjà la plage. On n’a encore croisé personne. On nage longtemps. On craint un instant que l’on ne  soit encore entrain de dormir. Le grand ferry de la Blue Star Line est lui-même trop parfaitement ferry. On pense soudain être à la fois très libre et totalement prisonnier de l’archétype. Autant que ce soit celui-là, alors.
J’aime mon souffle, ma nage régulière. J’aime les vers qui me reviennent de très loin, au point que j’avais oublié que je les avais oubliés :
   
Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d'imperceptible écume, 
Et quelle paix semble se concevoir! 
Quand sur l'abîme un soleil se repose, 
Ouvrages purs d'une éternelle cause, 
Le temps scintille et le songe est savoir.

lundi 9 août 2010

Mon nom est personne, film hégélien

"Oh, ce sera beau à voir. D'un côté cent cinquante fils de pute qui chargent à bride abattue et de l'autre, toi tout seul! "  





 "Ces grands hommes semblent obéir uniquement à leur passion, à leur caprice. Mais ce qu’ils veulent est l’Universel. C’est là leur côté pathétique. La passion est devenue l’énergie de leur moi ; sans la passion, ils n’auraient rien pu produire"
Hegel, La Raison dans l'Histoire

vendredi 6 août 2010

"Et le désir du lit prit la déesse..."

N'y voir que du bleu? 
Et alors? Si ce bleu est celui que virent Homère et Héraclite...



dimanche 1 août 2010

LOIN


Souhaite que la route soit longue,
Que nombreux soient les matins d'été
Où tu entreras — avec quel délice,
Avec quelle joie ! — dans des ports inconnus.
Attarde-toi dans les comptoirs phéniciens
Et fais de beaux achats :
Nacres et coraux, ambres et ébènes,
Parfums voluptueux de toutes sortes,
Toujours plus de parfums voluptueux.
Rends-toi dans de nombreuses villes d'Egypte,
Apprends encore et encore de leurs érudits.

Constantin Cavafy, Ithaque

VOS GUEULES, LES ZIDS!

Myriam Soumaré, athlète française,  juillet 2010.