samedi 31 juillet 2010

Sauter les descriptions, 28

     Ca ne s’arrangea pas en vieillissant, cette encombrante impression de ne plus maîtriser quoi que ce soit. On lui avait vraiment raconté n’importe quoi sur la maturité. La maturité, la belle affaire… Il était sur une île et il aurait voulu être sur celle en face, c’est tout ce qu’il voyait. Tu parles d’une sagesse. 
   Il entra dans l’eau bleue, nagea vers l’autre rivage. 
  - N’importe quoi ! lui dit la néréide, qui était certainement Eioné l’Aurorale ou peut-être bien Ianéra la Songeuse, et qui se bronzait sur l’affleurement rocheux, à la sortie de la baie. Les ferries mettent une heure et toi, tu crois y arriver à la nage.
  - Ta gueule, connasse. Tu es une illusion. Je dois être épuisé, je suis en train de faire un infar ou quelque chose de ce genre. Ca s’est vu, à mon âge. 
  - Fais demi-tour, sale con toi-même, si tu veux vivre.
  Il obéit et il fit bien puisqu’il resta deux heures, épuisé sur le sable, avant de retrouver son souffle et d’aller boire un café frappé. Il réfléchit en regardant encore l’autre île, là-bas et il décida d’appeler cela « le syndrome de l’archipel ». Il en conçut un bref soulagement qui est celui d’un médecin qui donne un nom à une maladie inconnue. Il ne sait pas la guérir mais au moins sait-il la décrire et donc la nommer. On est toujours soulagé quand on parvient à nommer, même si ce qu’on nomme nous tue. 
   Syndrome de l’archipel : maladie qui consiste à vouloir habiter, pas seulement voir, mais habiter toute la beauté du monde. L’âge semble en être l’origine. Sentir que l’on n’aura pas le temps. Le syndrome de l’archipel peut se déclencher devant une bibliothèque : on aura peut-être le temps de tout lire, mais pas celui de relire. Ou dans une boite de nuit de P. : on n’aura pas le temps de voir toutes les filles qui dansent et puis on se dit, en plus, que dans une autre boite à N, une autre à A., une autre encore à I, il y a d’autres filles qui dansent, d’autres filles qu’on ne connaîtra jamais… 
Qu’est-ce qu’il avait pu faire la fête à I., en 86, quand il y repensait. Trois jours sans dormir. Trois jours à baiser. Trois jours à danser. Trois jours à picoler. Ce fut économique, pas de chambre chez l’habitant et pas d’aspirine pour la gueule de bois puisqu’il fut toujours ivre. Ensuite il dormit deux autres jours sur une plage immense puis reprit un bateau pour l’île en face.     
    En ce temps-là, pas de syndrome de l’archipel. Mais des néréides, des néréides partout sur le pont...

La chaise éclectique


La vestale à paillettes d’Alualu de Christopher Moore (Gallimard, Série Noire)
Un blues de coyote de Christopher Moore (Gallimard, Série Noire)
Les romans vont où ils veulent de François Taillandier (Stock)
L’Odyssée d’Homère (r) (Livre de Poche, trad. Berard)
L’Odyssée d’Homère (r) (La Découverte, trad. Jaccottet)
Œuvres complètes de Rimbaud (r) (Gallimard, La Pléiade)
Œuvres poétiques  de Guillaume Apollinaire (r) (Gallimard, La Pléiade)
La mort à la traîne de Dean Koontz  (Pocket, Terreur)
Traité du Cafard de Frédéric Schiffter (Finitude)
La cendre aux yeux de Jean Forton (Le Dilettante)
Plateau télé de Patrick Besson (Fayard)
Commentaires sur la société du spectacle de  Guy Debord (r) ( Editions Gérard Lebovici)
Marx/Engels de Jean Bruhat (10/18)
Bande à part de Jacques Perret (r) (Gallimard)

 le (r) indique une relecture

mercredi 14 juillet 2010

Babeuf, vite!

"D'anciennes habitudes, d'antiques préventions voudront de nouveau faire obstacle à l'établissement de la République des Egaux. L'organisation de l'égalité réelle, la seule qui réponde à tous les besoins, sans faire de victimes, sans coûter de sacrifices, ne plaira peut-être point d'abord à tout le monde.
L'égoïste, l'ambitieux frémira de rage. Ceux qui possèdent injustement crieront à l'injustice. Les jouissances exclusives, les plaisirs solitaires, les aisances personnelles causeront de vifs regrets à quelques individus blasés sur les peines d'autrui. Les amants du pouvoir absolu, les vils suppôts de l'autorité arbitraire ploieront avec peine leurs chefs superbes sous le niveau de l'égalité réelle. Leur vue courte pénétrera difficilement dans le prochain avenir du bonheur commun ; mais que peuvent quelques milliers de mécontents contre une masse d'hommes tous heureux et surpris d'avoir cherché si longtemps une félicité qu'ils avaient sous la main ?
Dès le lendemain de cette véritable révolution, ils se diront tout étonnés : Eh quoi ! le bonheur commun tenait à si peu ? Nous n'avions qu'à le vouloir. Ah ! pourquoi ne l'avons-nous pas voulu plus tôt. Oui sans doute, un seul homme sur la terre plus riche, plus puissant que ses semblables, que ses égaux, l'équilibre est rompu ; le crime et le malheur sont sur la terre."

Sylvain Maréchal, Le manifeste des Egaux (1796)
C'est à ses sous-vêtements rouges que l'on reconnaît la jeune babouviste, qui oeuvre pour "l'organisation de l'égalité réelle." Fais comme elle, et profite de ce 14 juillet pour rejoindre la Conjuration des Egaux.

lundi 12 juillet 2010

ALERTE ENLEVEMENT!

Ces deux jeunes filles ont disparu au début des années 90. Toute personne pouvant donner des renseignements est priée de se mettre en contact de toute urgence avec les services du Politburo de FQG.
Depuis leur disparition, en effet, c'est du grand n'importe quoi: comportement outrageusement prédateur d'un capitalisme sans réplique, ethnicisation des conflits, guerres civiles, chocs des civilisations, terrorisme de masse,  devenir-mafia du monde, famine, réseaux sociaux, etc...
Si l'occasion se présente, n'hésitez pas à leur faire savoir qu'elles peuvent revenir quand elles veulent, qu'on les aime toujours et que tout est pardonné.


samedi 10 juillet 2010

Trois ans


« A s’aimer tout près des morts, on apprend ce qu’est la vraie liberté »(Bastiani)


 Je me souviens très bien
Du livre que je lisais quand j’ai appris
La mort de mon grand-père
C’était La Rabouilleuse de Balzac
Je me souviens très bien
Du livre que je lisais quand j’ai appris
La mort de mon père
C’était les mauvais lieux de Paris
D’Ange Bastiani
Je ne sais pas s’il y a un sens à tout ça
Me méfier des auteurs en B
Par exemple
En tout cas je n’ai jamais terminé
La Rabouilleuse
Ni Les Mauvais lieux de Paris
Et je ne les terminerai jamais
Et ça ne se terminera jamais



TGV PARIS LILLE, 10 juillet 07
(in Un dernier verre en Atlantide, La Table Ronde.)

vendredi 9 juillet 2010

"Séparément, ils sont déjà pas drôles, j'suis pas pressé de connaître leur numéro de siamois"....

C'était sur France Inter, hier soir, à propos d'Orwell, avec notamment l'ivrogne royaliste Lapaque en compagnie de l'ivrogne communiste Leroy. Du lourd fut balancé. Et on a bien rigolé.

jeudi 8 juillet 2010

Ketty Lester


Ketty Lester, on l'a découverte dans une autre vie, il y a au moins un quart de siècle. Si j'avais pu m'imaginer dire ça un jour, "il y a un quart de siècle". Bon dieu. 
Cette chanson était dans la BO de Blue Velvet de David Lynch. Il n'est pas impossible que Blue Velvet ait été le dernier film que nous ayons vu avant de partir à Coët, pour douze mois. A l'époque, la France était encore (un peu) une République et il n'y avait aucune raison de laisser le monopole des armes à la bourgeoisie. 
Ketty Lester. Depuis, sa voix ne nous a plus quitté. On a même dû en parler quelque part dans notre premier roman, L'orange de Malte. Parce qu'on n'a pas fait que tirer au FAMAS et au MAC 50, à Coët. On a aussi écrit un roman. Et puis on a écouté Ketty Lester, forcément. Quand on y pense, c'est fou ce qu'on aura été heureux, à l'armée. Parfois, on se demande si on n'aurait pas mieux fait d'y rester. Aujourd'hui, on serait général. On ferait un poutche. Avec un peu de chance, il réussirait. Un poutche avec un bon projet social, s'entend. Sortie de l'UE, partenariat privilégié avec Chavez, tout ça...
La classe que ça aurait eu, tout de même, de faire manoeuvrer son char dans la cour de l'Elysée en écoutant Ketty Lester. Love Letters, on vous dit. Ecoutez. Ecoutez encore.
Pour nos frères et soeurs en insomnie.

mercredi 7 juillet 2010

On va causer dans le poste...

...demain jeudi à partir de vingt heures. Ce sera sur France Inter en direct dans l'émission Micro Fictions. On parlera de George Orwell et de l'uchronie avec mon ami Sébastien Lapaque, (alias Jojo Lapin, alias Gaston l'Eléphant, alias Y-a-t-il un photographe iranien dans la rame?) mais aussi Bruce Bégout et Fabrice d'Almeida.

lundi 5 juillet 2010

De otio

Un des arguments les plus profondément abjects que nous avons entendu à propos des retraites est celui d'une espérance de vie en augmentation qui justifierait mécaniquement l'allongement du temps de travail.
Face à cette aberration sortie de  cerveaux affolés par la baisse tendancielle du taux de profit, et juste avant le retour des grandes filles rieuses dans l'été éternel du communisme sexy, poétique et balnéaire, on répond sur CAUSEUR.

Derrière l'aubette, il y avait une drève.