mercredi 30 septembre 2009

L'Avventura pour la dixième, onzième fois?


Un polar à l'envers, disait Antonioni. Et Claudia, de plus en plus belle dans le Temps. Cette fois-ci, la réplique qui a fait mouche: « Tout me semble facile, même de me priver d’un chagrin. »

lundi 28 septembre 2009

Pour l'égérie française: happy birthday.




"Que l'on caresse du regard, vite, les images innombrables de Bardot; que l'on profite vite d'un plaisir innocent, car, sitôt les yeux relevés, on les posera sur un monde lèvres et de visages clos. L'énorme bêtise des hommes d'Occident devant le sexe et devant leur désir éclate en de certaines occasions. L'aventure Bardot en est une. S'il n'existait aucune autre raison de l'aimer et de bavarder un peu librement sur le compte de cette belle personne, la seule envie de faire acte de présence y suffirait. J'entends la seule envie d'être parmi ceux qui l'auront dit: la beauté n'est pas honteuse, la beauté a des droits, nous devons respecter en elle une dignité d'avant la faute, joueuse et familière."

François Nourissier, B.B. 60 (Le Dilettante)`

PC (jamais PS): pour ceux qui auraient envie de faire de l'antifascisme en peau de zob, c'est pas par ici.

Un quatrain pour Gégauff


Les écrivains écrivent sur les filles
Les filles poignardent les écrivains
Les écrivains meurent
Les filles s'en foutent.

JL, 09/09

Paul Gégauff bientôt réédité...


... le 22 octobre, par notre ami Arnaud Le Guern qui propose sur son blogue un avant goût de la préface qu'il a écrite à Tous mes amis, un recueil de nouvelles introuvable depuis sa première édition. Ce sera dans la collection Les Inclassables des éditions Alphée.
Paul Gégauff était un admirable écrivain dégagé comme il y a des écrivains engagés, qui donna l'essentiel de sa production littéraire dans les années cinquante. Scénariste préféré de Chabrol, (et de quelques autres moins glorieux mais il faut bien manger), il fit même plusieurs apparitions comme acteur, notamment dans Une partie de plaisir.
Paul Gégauff est mort pendant le réveillon de Noël 1983, en Norvège, poignardé à soixante-et-un ans par sa compagne de vingt-cinq.
Il n'était manifestement pas équipé pour traverser les années quatre-vingt, ce qui est tout à son honneur.

dimanche 27 septembre 2009

EL PUEBLO UNIDO....



(article de L'Humanité)

Le texte commun des trois composantes du Front de gauche attendu vainement lors de la Fête de l’Humanité a été rendu public hier. Momentanément paralysés par leurs désaccords, le Parti communiste français (PCF), le Parti de gauche (PG) et la Gauche unitaire ont finalement, après une réunion qui s’est tenue le 23 septembre, réaffirmé leur « volonté de poursuivre, élargir, et enraciner le Front de gauche dans la durée, dans les luttes et dans les urnes ».

Un engagement qui prend la forme d’un « Comité de liaison permanent » du Front de gauche permettant « une coordination suivie de son activité au service d’un travail consistant à ancrer sa démarche dans les luttes et dans les urnes », et l’ouverture immédiate d’un chantier pour « élaborer une plate-forme partagée du Front de Gauche, contenant les grands axes de l’alternative de rupture nécessaire face à la droite et des propositions d’urgence permettant de répondre aux exigences populaires, aux dégâts de la crise capitaliste et du productivisme ».

Pour Francis Parny (PCF), le texte signé par les trois composantes du Front de gauche va permettre « de poursuivre ce que nous avions commencé lors des européennes. Il était important de le faire dès cette semaine. Avec le « comité de liaison permanent » que nous mettons en place, le Front de gauche se structure et se met en situation d’apporter son soutien aux luttes engagées dans notre pays et d’intervenir dans le débat public d’une seule voix. C’est important, nous concrétisons, avec cette affirmation, notre engagement commun ».

samedi 26 septembre 2009

Et si on dansait, parce que là...

...vraiment, ça devient dur en ce moment à Lille. Le tribunal administratif fonctionne comme une chambre d'enregistrement pour les expulsions malgré la présence de nombreux militants politiques, élus, associatifs. La broyeuse tourne à plein régime et on se retrouve vite en gardav si on hausse le ton...
Entendu hier matin la représentante de la préfecture dire à court d'arguments, pour justifier de "la reconstitution de la cellule familiale en Centrafrique" d'un couple présent ici depuis dix ans avec enfant scolarisé au CP: "Et puis en Centrafrique, on parle français!"
Pourquoi j'ai pensé à Papon? Par association d'idées?
Pourquoi j'ai pensé "On parle peut-être français en Centrafrique mais apparemment, en France, dans un tribunal administratif, on ne le parle plus. Parler français, c'est normalement parler, si je ne m'abuse, la langue des jacobins, des babouvistes, des communards, des FTP."

Alors avant la manifestation de cet après-midi (cf post antérieur), on danse.
Avec LES CHAUSETTES NOIRES, évidemment....

vendredi 25 septembre 2009

Never surrender!


Destruction de la jungle, rafle brutale, arrestations à Calais : Tous à la manifestation à Lille ! Samedi 26 septembre 15 h - Place de la République


Hortefeux lève le voile sur le racisme d’état Besson persécute les victimes de la guerre d’Afghanistan à Calais!

jeudi 24 septembre 2009

Londres, Highgate, novembre 2003

Maurice Thorez nous manque


Ecoutez bien les paroles de cette chanson des Gam's, un de nos plus charmants groupes de filles sous le gouvernement Debré (Michel), et vous comprendrez l'effet que pouvait avoir le grand Maurice Thorez sur des jeunes femmes égarées dans la société spectaculaire marchande.

mercredi 23 septembre 2009

Dément, tellement (2)



ON EN PARLE SUR CAUSEUR(1)


(1)Eh oui...

mardi 22 septembre 2009

Dément, tellement...


Calais, 22 septembre 2009, petit matin. (République Française)

Le troupeau aveugle (2)


Notre aimable abonné, le grand Philippe Caza, nous signale fort justement dans un commentaire qu'il est l'illustrateur du chef d'oeuvre prophétique de John Brunner mais est au regret de ne pouvoir télécharger l'image.
Qu'importe, une brève recherche dans notre bibliothèque nous permet de réparer cela et de prouver par la même occasion à quel point Caza était the right man in the rigth place, comme si souvent.

lundi 21 septembre 2009

Génie de la grammaire et de la misogynie réunies.


"J'ai eu pour amies des nanas de la Haute, des cérébrales, des artistes, je peux donc vous en parler et vous dire tout le mal que j'en pense. Quand un tombeur comme Bibi se farcit ces filles-là, il s'expose irrémédiablement à des emmouscaillages maison! Ces chochotes vous font payer chérot la rançon de leurs corps. Quand elles passent au décarpillage, elles ne sont pas nues pour autant. Il leur reste sur le râble une telle épaisseur de préjugés, de mondanités et de prétentions que, pour se faire reluire, on est obligé de penser à la radeuse du coin, nature et pas bêcheuse. L'amour au cinéma, c'est nécessaire mais le cinéma dans l'amour, je trouve ça débectant.
S'il est un moment où l'on doit accrocher sa gamberge au même clou que son grimpant, c'est bien celui-là, non?
Vous aimez, vous, les locdues façon bas-bleus qui vous expliquent le ressort secret de leur âme au moment où vous leur faites le coup du garde-champêtre amoureux? Et les autres, celles qui lèvent le petit doigt pour écluser du thé et le petit doigt de pied pour se laisser aimer? Parlons-en! Et parlons-en à la troisième personne, que dis-je! A la quatrième...Tiens, oui: il faut crééer une quatrième personne pour ces cavités prétentieuses! La quatrième personne de l'impersonnel, une révolution dans la grammaire. Ca les situerait illico socialement. On leur accrocherait cette quatrième personne au fignedé pour avertir les aminches: attention! Travaux littéraires! Si pas licenciés, s'abstenir. Et si licencieux, voir ailleurs. Parfaitement, les mâles devraient se rendre ce menu service."

San-Antonio, La Tombola des Voyous

dimanche 20 septembre 2009

T'en vas pas comme ça...

Sur Causeur, on vous raconte comment les socialistes oublient l'école pour aller courir après l'écologie. Parce que c'est plus vendeur. Alors qu'est-ce qu'elle dit l'école, hein? Elle dit "T'en vas pas comme ça!" comme les Surfs, nos Platters malgaches des années gaullistes.

samedi 19 septembre 2009

Le troupeau aveugle



"On conviendra que les nouvelles d'aujourd'hui, entendues il y a vingt ans, nous auraient paru un absurde cauchemar, une mauvaise plaisanterie. Le journal de l'année prochaine ne nous semblerait pas moins inepte et déprimant. Nous le lirons pourtant de notre vivant. Lichtenberg disait sa curiosité de savoir le dernier titre du livre qui serait imprimé. Je crois que personne n'a celle d'assister à l'ultime journal télévisé."

Baudoin de Bodinat, La vie sur Terre, Réflexions sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes, tome premier (Encyclopédie des Nuisances, 1996)

vendredi 18 septembre 2009

Le tournant de la route

"La mort est le tournant de la route,
Mourir, c'est seulement ne plus être vu."

Fernando Pessoa, Poème sans titre

mercredi 16 septembre 2009

23 morts de la grippe A chez France Telecom

Ceci n'est pas un téléphone


Heureusement que le PDG Didier Lombard a trouvé la clef de l'énigme. On vous explique dans Causeur comment on peut atteindre à l'abjection très facilement quand on est ce genre de type.

mardi 15 septembre 2009

HORTEFEUX, TU NOUS VOIS?








Saint-Louis du Sénégal, école Amadou Fara Mbod'j, décembre 2008, ateliers d'écriture avec Colères du Présent.

Bande à part.


Bande à part (Jean-Luc Godard, 1964) Madison dance
On peut aussi penser qu'il ne s'agit pas là d'un des moments les plus politiques de l'histoire du cinéma. On peut.
Mais on se trompera.
Bande à part.
Faire bande à part. En attendant.
Et danser dans les bars. En attendant.
Une manière intelligente de préparer la révolution. De penser à l'écart. Parce qu'on ne respire plus, en ce moment, ou mal. Ca demande des comptes de partout, ça flique, ça fiche. Sauf dans les bars. Sauf quand on danse. Se demander si les seins bougent bien sous le chandail, si le rêve devient le monde ou si c'est le contraire. La révolution, c'est simple, c'est ça: des seins qui bougent bien sous un chandail, un rêve qui devient un monde.
Sinon, Bande à part est aussi le titre d'un roman de Jacques Perret qui n'a rien à voir avec le film de Godard. Perret était un grand romancier de droite. On dit ça pour faciliter les recherches des bérias divers. On prépare la révolution et on lit des romanciers de droite: mais que fait la police?
Alors, en attendant: madison, madison, madison!

lundi 14 septembre 2009

vendredi 11 septembre 2009

11 septembre 1973.



En ce moment passent les avions. Ils est possible qu'ils nous bombardent. Mais qu'ils sachent que nos restons ici et que par notre exemple nous montreront que dans ce pays il y a des hommes qui savent accomplir les obligations dont ils sont investis. Je le ferai de par le mandat du peuple et de par le mandat d'un Président conscient digne de la charge à lui octroyée par le peuple durant des élections libres et démocratiques. Au nom des intérêts les plus sacrés du peuple, au nom de la patrie, je vous appelle tous par vous dire d'avoir confiance. L'histoire ne se détient pas par la répression et le crime. Cette étape sera dépassée. C'est un moment dur, difficile. Il se peut qu'ils nous écrasent.
Mais le lever du jour appartient au peuple et sera celui des travailleurs. L'humanité avance pour la conquête d'une vie meilleure.
(...)
Il est certain qu'ils feront taire Radio Magallanes et le métal de ma voix calme ne vous rejoindra plus. Cela n'a pas d'importance, vous continuerez à m'entendre. Je serai toujours auprès de vous et vous aurez pour le moins, le souvenir d'un homme digne qui fut loyal envers la patrie.
Le peuple doit se défendre et non se sacrifier. Le peuple ne doit pas se laisser cribler de balles, mais ne doit pas non plus se laisser humilier.
Travailleurs de ma patrie ! J'ai confiance au Chili et à son destin. D'autres hommes dépasseront les temps obscurs et amers durant lesquels la trahison prétendra s'imposer. Allez de l'avant tout en sachant que bientôt s'ouvriront de grandes avenues sur lesquelles passeront des homme libres de construire une société meilleure.
Vive le Chili ! Vive le peuple ! Vivent les travailleurs !
Ce sont mes dernières paroles.
J'ai la certitude que le sacrifice ne sera pas inutile.
Et que pour le moins il aura pour sanction morale :
La punition de la félonie, de la lâcheté et de la trahison.

jeudi 10 septembre 2009

Pour une paranoïa critique...


...à ne pas confondre avec le complotisme.
Un conte sur Causeur.

Rassurer Monica et construire le communisme


-Jérôme...
-Oui, Monica?
-J'ai comme une angoisse, là...
-C'est d'avoir trop tourné avec Antonioni, ça...
-Non, arrête, je ne rigole pas, j'ai vraiment peur!
-De quoi?
-Eh bien imagine qu'on n'y arrive jamais, au communisme...
-Impossible.
-Et pourquoi?
-"Nous assistons à l'effondrement du vieux monde qui croule par pans entiers, jour après jour. Ce qui est le plus surprenant, c'est que la plupart des gens ne s'en aperçoivent pas et croient marcher encore sur un sol ferme."
-C'est de qui?
-Rosa Luxembourg, dans ses Lettres de prison.
-Jérôme?
-Oui, Monica?
-Ca va mieux, là.
-Bon, allons nous coucher alors...

mercredi 9 septembre 2009

ONE MORE TIME!


On sera au Village du Livre le 12 et 13 pour signer. On vous attend. Le 11 à partir de 18H15, un hommage sera rendu à Frédéric Fajardie, avec un débat et un spectacle produit par Colères du présent.

lundi 7 septembre 2009

Catherine Isabelle Duport


Avec la folie obsessionnelle qui nous caractérise périodiquement, nous ne cessons de voir et revoir en ce moment Masculin Féminin de Godard. Nous y traquons non sans un certain désespoir devant la vanité de la quête, une clef, un signe, un indice, une trace, un avertissement, enfin quelque chose qui nous dirait: "Attention, il est minuit moins cinq à l'horloge du monde d'avant". Et nous ne trouvons pas. Et nous tournons dans la nuit.
A moins que.
A moins que le visage de l'adorable Catherine-Isabelle Duport ne soit le signe tant attendu. Ce n'est pas un hasard d'ailleurs si Léaud, déjà saisi par les prodromes de la folie spectaculaire lui préfère Chantal Goya, starlette yéyé dans le film.
Oui, regardez ce visage, ce visage de Française de 1966.
Imaginez cette bouche qui n'a jamais mangé les aliments trafiqués de l'agro-alimentaire contemporain.
Imaginez ces oreilles qui n'ont jamais été pénétrées par des écouteurs délivrant directement dans le cortex du son MP3.
Imaginez ces yeux qui n'ont jamais vu la pornographie du chômage de masse, de la précarité, des fortunes démesurées et de la misère voisinant à quelques stations de métro délabrées. Imaginez-la ne consultant pas dix fois par jour un téléphone portable, en sortant du cinéma, du bain, ou de l'amour.
Imaginez-la avec pour seul "réseau social" son agenda et deux ou trois photos de classe.
Imaginez-la dans un temps, une durée et des lieux où elle pouvait encore aisément s'abstraire de la propagande publicitaire qui n'en était qu'à ses balbutiements.
Imaginez-la qui danse.
Elle s'appelle Catherine-Isabelle Duport.
Elle est belle d'une beauté antéspectaculaire. La clarté, la douceur corrégienne qui vient de ce visage-là dit assez tout ce que nous avons perdu.
Elle vit en Atlantide.

Souviens-toi, simplement souviens-toi...





« C’était le vingt cinq juillet mil neuf cent trente huit, et Lisbonne scintillait dans le ciel bleu d’une brise atlantique, prétend Pereira. »

« ...il éprouva au contraire une grande nostalgie, de quoi, il ne saurait le dire, mais c’était une grande nostalgie d’une vie passée et d’une vie future, prétend-il. »



Antonio Tabucchi, Pereira prétend

jeudi 3 septembre 2009

La Braderie


Pendant la Braderie de Lille, ceux qui mous aiment écouteront Europe 1 où l'on sera samedi 5 et dimanche 6 dans l'émission de notre ami Pierre Louis Basse, entre 12 et 13H, en direct du Furet du Nord.
Le samedi, de plus, on pourra nous trouver à partir de 16H, au stand du PCF (Parti Communiste Français) du Nord pour dédicacer nos deux derniers livres, A vos Marx, prêts, partez! et En Harmonie.
On trouvera ce stand au 97, Boulevard de la Liberté. C'est une école avec une cour où l'on mangera les moules frites les moins chères de la Braderie et où l'on dansera.

mercredi 2 septembre 2009

Guy Debord, encore une fois...


A la recherche de renseignements sur l'IS pour un travail mené de concert avec un dangereux personnage habitué de ce blogue, voilà que nous tombons sur ce texte que nous avions donné à la revue Immédiatement, à l'époque où elle était encore gaulliste d'extrême gauche. Cela doit remonter à 1997. Pour les plus jeunes de nos lecteurs, Vitrolles est une ville qui fut conquise par le Front aux municipales de 1995 et Vilvorde l'année suivante je crois est l'usine Renault de la banlieue de Bruxelles qui fut fermé sans préavis par Louis Schweitzer (actuel président de la Halde, comme quoi les patrons voyous peuvent faire de bons anti racistes d'état), laissant plusieurs milliers d'ouvriers sur le carreau. Une dernière chose: nous n'aurions pas douze ou treize ans plus tard choisi un prénom aussi tarte que Cynthia mais pour le reste, nous ne retranchons rien. La réconciliation avec ce monde-là ne viendra jamais.

LETTRE A CYNTHIA

"Sur Guy Debord, l’Internationale situationniste et le passage de quelques dangers à travers une assez courte unité de temps."

Ma chère Cynthia,

Tu me fais part dans ta dernière lettre de ton enthousiasme à la lecture des livres de Guy Debord et du gros volume de l’Internationale situationniste que je t’ai offerts pour ton dix-neuvième anniversaire. J’en suis heureux. Tu sais que mon seul souci est de te donner l’équipement idéologique et esthétique pour continuer de respirer, de rire, de jouir et de résister dans le monde innommable qui est déjà le nôtre.

Ainsi, j’espère que tu relis souvent, aussi souvent que possible, Non-lieux de Marc Augé, 1984 d’Orwell, Le Talon de fer de Jack London et que tu fais circuler autour de toi le court texte de Stendhal D’un nouveau complot contre les industriels qui marque, dès 1825, la rupture entre les artistes lucides et le capitalisme spectaculaire naissant:"C’est donc hâter le bonheur de la France que de faire apercevoir à nos gros industriels du ridicule qu’ils se donnent en faisant proclamer tous les samedis qu’ils sont supérieurs à toutes les classes de la société."

De même, je pense que tu connais désormais par coeur ce fragment des Fusées de Baudelaire où l’on peut notamment lire : "Le monde va finir. La seule raison pour laquelle il pourrait durer, c’est qu’il existe. Que cette raison est faible comparée à toutes celles qui annoncent le contraire, particulièrement à celle-ci : Qu’est-ce que le monde a désormais à faire sous le ciel ? Car en supposant qu’il continuât à exister matériellement, serait-ce une existence digne de ce nom et du dictionnaire historique ? (...) La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien parmi les rêveries sanguinaires, sacrilèges ou anti-naturelles des utopistes ne pourra être comparé à ses résultats positifs. Je demande à tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie."

Si un jour, chère Cynthia, il te venait le mauvais goût de prendre un amant internaute (je plaisante, bien sûr), ne lui lis surtout pas cela pendant qu’il est en train de surfer sur le Web. Il pourrait s’apercevoir qu’il n’existe plus et sauter par la fenêtre pour sortir du virtuel et se rappeler à lui-même. C’est d’ailleurs ce que ferait, pour reprendre une terminologie debordienne, tout spectateur s’il se livrait à une lecture conséquente de certains classiques. Le problème aujourd’hui, c’est que cette lecture conséquente est de plus en plus difficile. Non pas à cause d’une disparition des textes eux-mêmes, mais plutôt de leur surexposition.

Et c’est précisément ce qui est arrivé, bien malgré lui, à Debord.

Par les temps qui courent ; la société du spectacle, que d’aucuns abrutis persistent à confondre avec la télé et les médias, agit contre ce qui la met en question de façon radicale à la manière dont les Américains se comportent vis-à-vis du sexe. La méthode peut se résumer en une simple proposition : l’exposer, c’est le refouler.

Les Américains, c’est bien connu, n’ont aucun tabou sexuel, la preuve, ils ont inventé la sexologie. Le problème est que le serial killer qui profane les corps comme on jette les marchandises à la poubelle est aussi une spécialité américaine.

Eh bien, vois-tu, Cynthia, Guy Debord aujourd’hui est exposé donc refoulé, surexposé donc neutralisé. Ne va pas chercher plus loin les raisons de cette allure de conspiration que tu peux trouver chez les situs. Les rédacteurs des douze numéros de l’Internationale situationniste n’étaient pas les Treize de Balzac et Guy Debord n’est pas Ferragus. (A ce propos, Cynthia, pense à lire Une ténébreuse affaire, les dernières pages sur le caractère évidemment occulte de l’Histoire donneront un éclairage latéral des plus intéressant à ce que Debord écrit dans In girum... :" Les images existantes ne prouvent que les mensonges existants".)

Le goût du secret chez les situationnistes était avant tout une question de méthode et non un gadget romantique. Debord a en effet toujours compris le caractère pervers du spectacle qui sait transformer le vrai en moment du faux et le travail du négatif en jeu de mots pour hebdo branché. As-tu feuilleté, Cynthia, cette rubrique des Inrockuptibles intitulée Guide de bord de la société du spectacle ? Quel humour n’est-ce pas ?

Ainsi Debord écrivait-il déjà, à propos de son travail, au début des Commentaires : "Il faut également considérer que, de cette élite qui va s’y intéresser, la moitié ou un nombre qui s’en approche de très près, est composée de gens qui s’emploient à maintenir le système de domination spectaculaire."

Alors, vois-tu, si j’ai l’air un peu inquiet, c’est que je ne voudrais pas que toi et tes amis finissiez, presque malgré vous, par faire cette erreur d’évaluation à laquelle on voudrait vous pousser. Vous avez en face de vous une caste intellocrate et méchante, d’autant plus dangereuse qu’elle sent bien sa risible imposture s’effondrer d’elle-même. Apparemment, elle ne vous interdit aucun penseur, aucun écrivain. Elle va même jusqu’à vous les mettre entre les mains presque de force pour transformer plus vite les mots vivants en marchandises mortes, tellement elle a peur que vous vous aperceviez que certains concepts ont d’abord une valeur d’usage, et pas seulement une valeur d’échange médiatique qui vous servirait à briller en société.

De toute façon, ils sont prêts à tout pour que vous soyez occupés pendant l’aller simple en TGV sur la ligne Vilvorde-Vitrolles. Ne te laisse pas avoir, Cynthia, souviens-toi de te méfier : Panégyrique, tome second n’est pas un simple album de famille, les numéros de l’I.S. ne sont pas de vieux fanzines où les communicants trouvent des idées de pub et les anti-racistes des slogans pour manifs bien pensantes.

Je sais que ce n’est pas facile. Rien n’est facile à une époque où un éditeur thuriféraire du chiraquisme réédite une biographie de Marx avec une préface qui ferait passer Lénine pour un démocrate-chrétien. Mais, précisément, retourne-lui le compliment de manière debordienne. Pourquoi une biographie et pas les textes ? Toi, tu auras la réponse page 41 du numéro 9 de l’I.S. : "La connaissance est inséparable de l’usage qui s’en fait".

L’éditeur veut bien qu’on parle de Marx, mais surtout pas de ce qu’a écrit Marx. Imagine la tête de son président néo-gaulliste s’il rééditait Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte qui commence par les mots suivants : "Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie. La seconde fois comme farce".

Ma chère Cynthia, il te faudra, toi aussi, faire attention à ne pas mimer les situationnistes. Certes, ils ont tout prévu ou presque de la tyrannie ultra-libérale, des catastrophes écologiques et urbanistiques afférentes, du règne total de la marchandise, de la séparation des êtres, mais c’est à toi et à toi seule de mener le combat puisque le monde qu’ils ont annoncé, c’est toi qui y vis.

Lis-les encore et encore, étudie-les dans la paix et l’intimité de l’étude qui sont aussi celles de l’amour et continue la lutte avec de nouvelles armes et de nouvelles théories. Ne reste pas figée dans le présent perpétuel et ce qu’il t’offre de manière dénaturée, biaisée.

C’est Guy Debord lui-même qui t’invite à ce dépassement : "Les avant-gardes n’ont qu’un temps ; et ce qui peut leur arriver de plus heureux, c’est, au plein sens du terme, d’avoir fait leur temps."

Je t’embrasse, ma chère Cynthia, et je te serre contre moi car dans l’amour, le séparé existe encore, mais non plus comme séparé : comme uni, et le vivant rencontre le vivant.

Jérôme Leroy

mardi 1 septembre 2009

Masculin Féminin

Le monde d'avant, dans toute sa déchirante innocence, alors que tout va basculer, bientôt et pour toujours. Une révolution aura lieu mais elle ne changera rien au processus de démolition. Regardez bien ces visages, le grain des peaux, le grain des voix, le grain des lieux. Regardez, et mesurez tout ce qui a été perdu.
Cette année-là, Debord achevait La Société du Spectacle.
Il n'y a évidemment pas de hasard.
Les villes, le corps des filles, les espérances révolutionnaires, tout s'est éloigné dans une représentation et ne reviendra plus.
Depuis nous tournons en rond dans la nuit et nous nous consumons à son feu.
Le présent perpétuel a un rire de hyène.
Je vais remettre une pièce dans le djouqueboxe.
La nuit ne vas plus tarder, maintenant.