mercredi 28 septembre 2016

A Pau

"Dessous les tonnelles fleuries
Ne reviendrez-vous point
À l’heure où Pau blanchit au loin
Par delà les prairies ?"



On est bien content d'aller chez Paul-Jean Toulet, avec Macha, dès jeudi soir et jusqu'à dimanche.

mardi 27 septembre 2016

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 69

"Il me plait que mon vers se mette à la taille des chaises longues"
Aragon, Une respiration profonde.

dimanche 25 septembre 2016

L'âge d'or

Je reviens d'un concert donné par mon copain Didier Andreau qui fêtait ses vingt ans à l'Afertes, l'école d'éducs d'Arras où il est formateur, et où il me fait intervenir à l'occasion, ce qui m'a permis de rencontrer des gens souvent remarquables et qui en savent un bout sur la saloperie de l'époque. 
Alors du coup, ça a été un récital années 70, avec des chansons qui sentaient bon l'utopie, l'engagement, l'amour libre, enfin ces trucs que lui et moi, qui avons le même âge, avons juste eu le temps d'entrevoir avant que tout ne sombre dans "les eaux glacées du calcul égoïste" des années 80. Il a chanté François Béranger, beaucoup, Julos Beaucarne, Léo Ferré, l'auteur d'une chanson unique sur la Commune écrite en 1971 et dont j'ai oublié le nom, Moustaki et même deux chansons de Renaud du temps qu'il n'était pas mort.
C'était bien, et en l'écoutant j'ai mesuré tout ce que nous avions perdu en route, puisqu'on en est réduit quarante ans plus tard à un choix entre le préfascisme identitaire et l'ultralibéralisme mortifère, sachant qu'en plus, au bout du compte, les deux se complèteront.

Alors bon, soit on construit une machine à remonter le temps, soit on fait une révolution. Il n'y a plus le choix, camarades.
Tenez, il a chanté ça, par exemple, et disons que, dans le contexte, ça a particulièrement serré le coeur.

jeudi 22 septembre 2016

Et soudain, grâce à Guillevic, tu comprends.


Et soudain, tu ouvres ce livre qui attendait son heure depuis longtemps. Guillevic, te disais-tu, c'est comme les menhirs, c'est comme Carnac, ça a le temps. En oubliant que toi,  tu n'es pas Guillevic, ni un menhir, ni Carnac.

Et soudain dès les premières pages, tu sais que ce livre restera essentiel, que tu ne l'oublieras plus parce que tu reçois en deux lignes un coup de poing qui te fait comprendre pourquoi tu es encore en vie, malgré tout, à cinquante piges et mèche:



"La poésie est ce qui permet de tenir. 

Je crois que, pour une part importante, le suicide témoigne de la perte en soi-même de la poésie."

Eugène Guillevic, Vivre en poésie ou l'épopée du réel. (Le Temps des cerises, 2011)

Et pas ailleurs.

Il est là le problème, et pas ailleurs. 
Il est là le réel, et pas ailleurs. 
Il est là le combat à mener, et pas ailleurs.

Toi aussi, utilise la sarkopensée et la zemmourlangue

Ciel des Flandres, fin d'été 2016
Jouons au con, parlons la zemmourlangue et utilisons la sarkopensée : moi, je suis infiniment plus français qu'Eric Zemmour et Nicolas Sarkozy. J'ai beau faire, j'ai beau chercher: nulle origine exotique, nul ascendant cosmopolite. 
Depuis la nuit des temps, je plonge mes racines dans le pays de Caux et dans la Corrèze. Je suis admirablement de souche, comme ils disent. Je demande donc à Zemmour  et à Sarkozy de s'assimiler en la fermant définitivement. Je n'ai l'intention de me laisser emmerder par des immigrés de la deuxième génération, à peine.
Parce que pour l'instant, ils sont étrangers à toute tradition française par leur remise en cause implicite des Lumières, du jacobinisme ou des rois de France qui préféraient un roturier italien comme ministre ou une femme travestie, voire trans, comme générale en chef. 
Leur postfascisme identitaire est aussi ostentatoire  qu'une burka idéologique. 
Cessez d'être incompatibles avec la République;  la France, aimez-là ou quittez-là!

mardi 20 septembre 2016

Chez nous

Deux personnages du film Chez Nous de Lucas Belvaux  avec qui j'ai co-écrit le scénario, sur la montée de l'extrême-droite. Il se passera dans le Nord-Pas de Calais et sortira en mars 2017. Sauras-tu les reconnaître?

dimanche 18 septembre 2016

Olivia Resenterra ou l'élégance cruelle

Il y a quelque chose de délicieux et d’étouffant dans le premier roman d’Olivia Resenterra, Le Garçon (Editions Serge Safran). Il ne faut surtout pas se laisser abuser par son sous-titre balzacien, « scènes de la vie provinciale ». Ce n’est que la première chausse-trape d’un récit qui en compte beaucoup derrière son minimalisme soyeux, sa narration faussement plate où il faut une attention toute particulière pour trouver ce qui va nous amener à l’horreur, et même la terreur, derrière la manière anodine dont les chapitres se succèdent alors que le lecteur est peu à peu envahi par une sensation de malaise. Olivia Resenterra décrit à peine ses personnages, les nomme quand elle ne peut pas faire autrement et il en va de même pour les lieux ou les paysages.
Il y a la mère, une fille qui raconte l’histoire, le voisin exhibitionniste, sa femme qui vit dans une caravane, leurs deux gamines rousses, des romanichels. Nous sommes dans un village avec son cimetière, sa fête foraine, sa déchèterie. Tout cela se passe surement de nos jours puisqu’on va à l’occasion dans un hypermarché ou chez le dentiste, et qu’il sera question d’un téléphone portable dont on ne se sert pas souvent et sur lequel un mystérieux correspondant laisse des messages obscènes. La mère est une vieille dame qui ne mange que des sardines en boite par avarice et parce que c’est bon pour la santé, la fille s’occupe du reste. Elle est grosse, elle est patiente, elle a manifestement tout sacrifié pour cette mère qui n’est même pas tyrannique, juste envahissante jusqu’à l’étouffement comme savent l’être les gens qui vous disent que surtout ils ne veulent pas vous déranger. Ou peut-être qu’elle trouve son compte dans cette attitude sacrificielle, allez savoir, c’est parfois si compliqué d’être une femme.
Olivia Resenterra n’apporte pas de réponse, surtout pas. La littérature n’est pas pour elle l’endroit pour les explications, les analyses, les théories. On lui en sera reconnaissant alors que persistent aujourd’hui, de façon si pénible, les romans à thèse, les récits édifiants, les reportages romancés sur “les grandes questions de société”. Rien n’aura lieu que le lieu dans Le Garçon. On pourra toujours trouver un embryon d’enquête quand la fille se demande pourquoi la mère, si égoïste, s’entiche lors d’une de ses rares sorties, d’un adolescent entrevu à une fête foraine, un jeune homme mutique et solitaire qu’elle ordonne à sa fille de ramener à la maison avant que celui-ci ne s’éclipse. La fille se demande s’il n’y a pas là un secret derrière la lubie cacochyme de la mère qui va jusqu’à lui faire préparer la chambre d’ami. S’il n’est pas temps pour elle de se construire une cabane au fond du jardin pour prendre un peu ses distances. Mais elle ne le dit pas comme ça. Les personnages d’Olivia Resenterra ne disent rien à vrai dire, sinon pour s’inquiéter du menu du soir (ce sera des sardines, de toute façon),  d’un potin local ou encore d’une invitation à rendre au nom d’une vie sociale réduite au minimum.
Tout cela ne finira même pas vraiment mal, tant l’élégant sadisme de ce roman va jusqu’à nous refuser le soulagement d’une explosion cathartique: “Parfois, je surprends le regard de ma mère sur moi, vaguement amusé. Elle ne demande plus guère à aller en ville et semble se satisfaire de ses journées passées à la maison en ma seule compagnie.” Si Le Garçon est le premier roman d’Olivia Resenterra, ce n’est pas son premier livre. Elle avait livré en 2012 un remarquable essai, intitulé Des femmes admirables aux PUF. Il y était question de quelques figures féminines particulièrement destructrices, sadiques, mortifères dans la littérature ou au cinéma comme la mère dans Lolita de Nabokov, Cruella d’Enfer dans Les 101 Dalmatiens, Madame Loiseau dans Boule de suif Violet Venable, dans Soudain, l’été dernier et même la Phèdre de Racine. Olivia Resenterra est, dans ce roman, en quelque sorte, passée aux travaux pratiques. Et ce avec une habileté froide et élégante unique en son genre.
Le Garçon d’Olivia Resenterra (Serge Safran, 2016).
paru sur Causeur.fr

"On assiste alors à de drôles de choses"

 "Le desperado comme type expérimental. Il n'a pas d'égards à prendre, il n'a rien à perdre. Il dispose de sa personne tout entière. Il peut se prendre pour son propre cobaye et succomber à sa propre vivisection. Personne ne saurait l'en empêcher. On assiste alors à de drôle de choses."
Hugo BALL,  13 août 1916 , La Fuite hors du temps

vendredi 16 septembre 2016

Mouvement social et statut avantageux



Mes parents qui étaient de grosses feignasses sans conscience de classe ne se sont pas mobilisés contre la loi travail à l'époque. Moi, comme faut bien bouffer, je suis autoentrepreneuse de moins de 12 ans, ce qui est un statut avantageux fiscalement par rapport à l'esclavage. Bon week-end, sinon, pour ceux qu'en ont. On se croisera peut-être à Bricorama. Je suis aux caisses, ce qui me permet de soigner mon agentivité de travailleuse polyactive.

jeudi 15 septembre 2016

Autocritique sur Prévert.

(Avoir été assez stupide, snob, arrogant au moins jusqu'à trente piges pour avoir dit de Prévert qu'il était un poète facile, scolaire, niaiseux. Alors qu'aujourd'hui, on donnerait tout pour trouver cette note-là, très exactement cette note-là...)



Sanguine

La fermeture éclair a glissé sur tes reins
et tout l’orage heureux de ton corps amoureux
au beau milieu de l’ombre
a éclaté soudain
Et ta robe en tombant sur le parquet ciré
n’a pas fait plus de bruit
qu’une écorce d’orange tombant sur un tapis
Mais sous nos pieds
ses petits boutons de nacre craquaient comme des pépins
Sanguine
joli fruit
la pointe de ton sein
a tracé une nouvelle ligne de chance
dans le creux de ma main
Sanguine
joli fruit
Soleil de nuit.
 
Prévert, Spectacle

Sarkozy candidat Soleil Vert


Nicolas Sarkozy ne croit pas au réchauffement climatique. Ou, plus exactement, soyons précis, il ne croit pas que l’homme en soit la cause unique. Nicolas Sarkozy dit évidemment ce qu’il veut, comme n’importe quel citoyen, n’importe quel militant Les républicains, n’importe quel homme de droite, n’importe quel homme de droite dure, n’importe quel candidat aux primaires et même n’importe quel ancien président de la République. Il dit ce qu’il veut, donc, même des bêtises. Peu importe finalement que sa sortie sur le climat contredise l’écrasante majorité de la communauté scientifique. Non, ce qui m’étonne dans ses propos, ce sont deux choses.
La première, c’est qu’il se montre anxiolytique. En effet, pour lui, finalement, contrairement à Chirac qui estimait que sur cette question la maison brûlait déjà et que l’on regardait ailleurs, le réchauffement, ce n’est pas bien grave. Ecoutons-le : « On a fait une conférence sur le climat. On parle beaucoup de dérèglement climatique, c’est très intéressant, mais ça fait 4,5 milliards d’années que le climat  change. L’homme n’est pas le seul responsable de ce changement. » J’aime beaucoup le « C’est très intéressant ». Il faut reconnaître à Sarkozy un don certain pour l’antiphrase méprisante et l’ironie condescendante. Bref, le bon sens près de chez vous dans sa version poujadiste light parce que sans doute, il pense que c’est ça qui plait au peuple. Qu’on se moque un peu de ses élites vertes bobos qui veulent l’empêcher de rouler au diesel et le forcer à manger du quinoa après avoir fait ses besoins dans des toilettes sèches entourés de zadistes à crolles pouilleuses.  C’est étonnant parce qu’il n’y a bien que sur ce seul sujet,  le climat, que le candidat Sarkozy a un côté Lexomil. Pour le reste, il est quand même très anxiogène. La France est au bord de l’effondrement, une vague islamiste nous submerge, la guerre de mille ans est déclarée, les migrants nous étouffent, sans compter les assistés qui profitent du système, les chômeurs qui sont des feignants et les fonctionnaires des privilégiés à moins que ce ne soit le contraire.
La seconde chose qui ne laisse pas de m’étonner, c’est l’effet panoplie idéologique de l’homme de droite. Pourquoi en effet refuser d’admettre la gravité de la situation sur ce plan-là aussi ?  Et pourquoi, le citoyen qui s’alarme du réchauffement, à l’instar, répétons-le, des spécialistes qui ont quand même fait quelques études, est qualifié de « réchauffiste » ? En général, si vous êtes « réchauffiste », allez savoir par quelle mystérieuse alchimie, vous êtes aussi, assez vite, partisan de la culture de l’excuse pour les délinquants, pédagogiste, voire, si vous émettez quelques réserves sur l’importance donnée à l’affaire du burkini, « islamogauchiste ». Oui, c’est comme ça, c’est un tout.
J’ai bien une ébauche d’explication à cette position sarkozyste sur la question du climat Elle est celle d’une certaine droite (et d’une certaine gauche aussi) qui ces temps-ci préfère mettre en avant la question identitaire plutôt que la question sociale. Reconnaître que l’homme est pour quelque chose dans le réchauffement climatique reviendrait à poser la question du mode de production capitaliste qui est le nôtre partout dans le monde. Et éventuellement à rompre avec lui pour des questions de survie sachant qu’il va quand même y avoir des générations qui risquent de payer très cher nos tergiversations actuelles. Comme le disait le regretté président Chavez (meilleur que son successeur, concédons-le) lors de la conférence sur le climat à Copenhague : « Si le climat était une banque, ils l’auraient déjà sauvé. »
Oui, Sarkozy dit ce qu’il veut. Mais quand la même semaine, je vois un panneau sur l’autoroute qui me prévient d’un pic de pollution et que je lis dans Le Monde cet article  assez effrayant toutde même sur le réchauffement des océans, je ne peux pas m’empêcher de penser une chose simple : à quinze ans, je regardais Soleil Vert  au cinéma. A cinquante, je vis dedans.

paru sur causeur.fr

Exergues possibles pour des mémoires désobligeants, 68

"Et il y a enfin des choses qu'il est désormais impossible d'envisager mais qui auraient été possibles il n'y a pas si longtemps, par exemple:
Me soûler avec Malcom Lowry
Faire la connaissance de Vladimir Nabokov."
 
Georges Perec, "Quelques unes des choses qu'il faudrait tout de même que je fasse avant de mourir." in Je suis né.

Macha ou l'évasion: revue de presse, 2

Merci à Françoise Dargent, du Figaro Littéraire. Merci pour le titre de l'article, aussi. On pourrait dire que "ça commence aujourd'hui", même si les apparences ne plaident pas pour...

Et puis aussi beaucoup de blogs spécialisés et néanmoins bienveillants:
http://bobetjeanmichel.com/2016/08/macha-ou-levasion-jerome-leroy/

http://www.leslecturesdemylene.com/2016/08/macha-ou-levasion-de-jerome-leroy.html

https://www.youtube.com/watch?v=Wug24giFPQA

https://lemondefantasyque.wordpress.com/2016/08/21/macha-ou-levasion-de-jerome-leroy/

http://chroniqueslivres.canalblog.com/archives/2016/08/29/34249132.html

http://beux.over-blog.com/2016/08/la-vie-dans-les-arbres.html

http://journalduneternelado.blogspot.fr/2016/08/macha-ou-levasion-jerome-leroy.html

http://kabaretkulturel.blogspot.fr/2016/09/macha-ou-levasion.html

https://psychedeslivres.com/2016/09/02/macha-ou-levasion-de-jerome-leroy-syros-juste-engage-et-lumineux/
 

mercredi 14 septembre 2016

Propos comme ça, 39: l'imbécillité malheureuse.

Aujourd'hui, 14 septembre, en hors-d'oeuvre à la manif de demain, grève des infirmières. On apprend, à l'occasion, comme ça, l'air de rien, le suicide de 5 infirmiers durant l'été. Ils étaient sans doute effondrés par la vague musulmane des burkinis. Il faut les comprendre, c'est un vrai choc, le séparatisme islamiste, dans le monde du travail.

Du sens des priorités: attaquer Taubira quand Zemmour patauge dans le racisme, tout en se prétendant de gauche "populaire" depuis deux arrondissements parisiens. Il y en a qui vont être surpris quand on va les tondre à la Libération, qu'on les enverra faire de l'alphabétisation en Zep et des ateliers d'écriture en zonzon pour qu'ils le rencontrent le "réel", comme ils disent, qu'ils ont l'air de si bien connaître.

Exclusif: la DGSE serait sur la piste d' un agent infiltré de Daesh, surentrainé médiatiquement à raconter des conneries sur les "prénoms chrétiens" pour chauffer à blanc les tensions identitaires. Le nom de l'opération serait Radio Mille Collines. 




Les corps tranquilles du monde d'avant. De toute façon, depuis Véronique et Davina, quand tu serres une fille contre toi, tu as toujours un peu l'impression de serrer un garçon. Mort au fitness. Vivent les Beatnick Babies (et le mouvement social.)

Les primaires de la droite et de l'extrême droite

Chronique hebdomadaire parue dans Liberté Hebdo, le petit canard rouge du Nord Pas de Calais, du vendredi 9 septembre: 



Quand on a eu pendant cinq ans un gouvernement socialiste qui a été très  droite sur tous les plans, économique, social, en matière de politique étrangère ou de sécurité, il ne faut pas s’étonner que la droite, se sentant tout d’un coup débordée fasse dans la surenchère.
Prenons les quatre principaux candidats des primaires :
Le candidat A serait le moins à droite. C’est un ancien premier ministre qui a affronté un mouvement social dur et a perdu à la fin.
Le candidat B est aussi un ancien premier ministre, mais du candidat D (voir plus bas). Il a été humilié pendant cinq ans.
Le candidat C est un faux jeune. Il a été ministre, énarque et il veut supprimer l’ENA. Il pense que c’est moderne.
Le candidat D est un ancien président de la République en délicatesse avec la justice. On ne sait pas s‘il veut être élu pour y échapper ou se venger de son successeur  prend pour un nul. Il est légèrement à droite de Marine Le Pen.
Et maintenant, passons aux travaux pratiques pour voir comment ça se passe entre nos quatre zigotos de l’ultralibéralisme identitaire sur quelques grands sujets

Fonction publique :

Candidat A : il y a trop de fonctionnaires. On va en supprimer 100 000.
Candidat B : non, 250 000.
Candidat C : 300 000 et sans garantie de l’emploi à vie.
Candidat D : rétablissement de la peine de mort pour les fonctionnaires, surtout musulmans.

Islam :

Candidat A : il faut interdire le burkini.
Candidat B : il faut interdire le burkini, la burka, le voile.
Candidat C : il faut interdire le burkini, la burka, le voile et le foulard.
Candidat D : rétablissement de la peine de mort pour les porteuses de quoi que ce soit, même les bretonnes.


Contrat de Travail :

Candidat A : il faut revoir le CDI
Candidat B : il faut supprimer le CDI
Candidat C : il faut supprimer le contrat de travail, même le  CDD
Candidat D : rétablissement de la peine de mort pour les travailleurs qui réclame un contrat de travail surtout s’ils sont syndicalistes ou musulmans ou les deux.


Impôts :
Candidats A : il faut baisser l’impôt sur les sociétés de 20%
Candidats B : il faut baisser l’ impôt sur les sociétés de 40%
Candidats C : il faut supprimer l’impôt sur les sociétés.
Candidat D : il faut rétablir la peine de mort pour les agents du fisc et ne maintenir l’impôt que pour les sociétés musulmanes. Euh non, en fait, j’ai oublié que j’avais des potes en Arabie Saoudite.


Service militaire :


Candidat A : Il faut rétablir un service militaire de six mois
Candidat B : Il faut rétablir un service militaire de dix-huit mois
Candidat C : Il faut rétablir un service militaire de trois ans
Candidat D : Il faut rétablir la peine de mort pour ceux qui déserteront le service militaire de cinq ans, surtout les musulmans et les chômeurs.

Attitude face au Front National

Candidat A : Aucune compromission possible.
Candidat B : Aucune compromission souhaitable
Candidat C : Bon, mais on ne met pas la langue.
Candidat D : Il faut rétablir la peine de mort pour ces gauchistes du FN

Sinon, la primaire de la droite et de l’extrême droite, c’est en novembre…



samedi 10 septembre 2016

Belles comme des communistes irakiennes qui dansent

Contre les tristes sires de l'identitarisme qui sévissent chez nous, la grâce de ces femmes arabes et marxistes qui savent où ça mène, les délires obsidionaux du communautarisme attisés pour mieux faire exploser un pays avant de le piller méthodiquement. (10 septembre 2016, 18 heures, Fête de l'Huma)

vendredi 9 septembre 2016

Fête de l'Huma

On y sera dès vendredi soir jusqu'à dimanche, au Village du Livre, pour baptiser la petite dernière.

mercredi 7 septembre 2016

Pas une ligne.



2007: parution de Comme dans un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine. (Fayard/Mille et une Nuits.)
Au début de l'année prochaine, en poche, ce livre reparaît dans La Petite Vermillon aux éditions de La Table Ronde. Je ne changerai pas une ligne à l'extrait qui avait servi de quatrième de couverture à l'époque. Pas une.

Océan célibataire

Le néo-réac est très préoccupé par la transmission. Encore faudrait-il qu'il y ait quelqu'un à qui transmettre à l'avenir. Parce que dans sa panoplie toute faite, le néo-réac est aussi un négationniste du réchauffement climatique. En effet, il traite de "réchauffiste" toute personne de bon sens (et tout scientifique) qui se rend compte qu'il y a un gros, un très gros problème. En général, sachez d'ailleurs que le réchauffiste est aussi, par une mystérieuse alchimie, un "islamogauchiste." 
En attendant, moi, parce que je n'ai pas envie de vivre dans Soleil Vert, je voterai pour le candidat qui a déjà beaucoup parlé dans une certaine indifférence de l'économie de la mer.
Ça tombe bien, c'est le même qu'en 2012.

lundi 5 septembre 2016

Tout de même


Il y a cette lourdeur alanguie des paupières qui te fait comprendre, vers 1974, sur un téléviseur en noir et blanc que tout ça, tu ne t'en remettras jamais, que ce sera la grande affaire de ta vie, la seule peut-être, celle qui te fera sourire juste avant le grand passage en te disant: "Tout de même, ça valait le coup."

Partir proprement

"Le genre humain s'évanouit donc en un instant, discrètement et doucement, sans convulsions ni imprécations, avec une tenue et une propreté impeccable qui furent, au moment précis où il disparut pour toujours, les derniers signes de la civilisation - très différemment de ces êtres ensanglantés et parcourus de spasmes qu'annonçaient les théologies ou que prévoyaient les savants."
Piero Calamandrei, Comment cette histoire a pris fin ( Editions de la revue Conférence, août 2016)

C'est tout le mal que je nous souhaite, ce qu'on peut lire dans ce petit livre mélancolique traduit de l'italien et datant des années 1950.

dimanche 4 septembre 2016

La bonne humeur

Never explain, never complain. Si tu veux te plaindre, pleurer, cogner, il y a les romans pour ça, les poèmes éventuellement. Ceux que tu lis, ceux que tu écris. Pour le reste, sois de bonne humeur, c'est plus poli. 
Et puis ça désoriente les assassins, la bonne humeur.

"Je deviendrai un souvenir de vacances."

Ce qui serre le cœur aujourd'hui, ce n'est pas la chanson, c'est le souvenir d'avoir eu le cœur serré sur la chanson. Nuance. Une boum de l'été 78: étions-nous jeunes, alors...
"Je deviendrai un souvenir de vacances." 
Moquez-vous, c'est la seule postérité qui vaille si par hasard on devait en avoir une, si l'on en a déjà une, dans l'image fugitive que fait sourire une femme de cinquante ans, encore jolie, alors qu'elle gare son monospace dans une zone commerciale du Vendômois ou de la Thiérache  pour aller faire ses courses.
Allez, good night, good luck and enjoy your spleen.

Philippe Curval: L'europe après la pluie

En France, contrairement à ce qui se passe dans le monde anglo-saxon, la SF n’a jamais baigné dans l’optimisme prométhéen de pères fondateurs tels que van Vogt ou Asimov. Au contraire, la technologie a toujours été considérée avec méfiance comme dans Ravage de Barjavel qui, en 1943, imaginait notre monde plongé dans une immense catastrophe après la disparition de l’électricité. Dans les années 1960 et 1970, la SF française se distingue même par une véritable acuité politique qui transforme le genre, comme le néo-polar de Manchette à la même époque, en une littérature de critique sociale tirant avec insistance des sonnettes d’alarme sur des cauchemars possibles, voire probables. Que l’on songe à Jean-Pierre Andrevon par exemple, Michel Jeury ou encore Gérard Klein. Philippe Curval appartient à cette mouvance : on réédite aujourd’hui en un seul volume, sous le titre L’Europe après la pluie, trois romans – Cette chère humanité, Le dormeur s’éveillera-t-il ? et En souvenir du futur – qu’il consacra entre 1979 et 1983 à l’avenir de notre cher vieux continent.
C’est une très bonne idée de la part des éditions La Volte que de remettre à notre disposition, à plus de trente ans d’écart, cette vision éminemment prophétique, sous ce beau titre emprunté à une toile de Max Ernst. Il est vrai que Curval se sent, comme beaucoup d’auteurs de SF, l’héritier d’un surréalisme qui colore son écriture et fait de son récit dense et complexe un mauvais rêve auquel on est obligé de croire, envoûté par la multiplicité de détails saisissants ou amusants : armes neurologiques invisibles qui transforment le réel en kaléidoscope mental pour protéger nos frontières ou manie des élites de collectionner les objets les plus dérisoires du monde d’avant, quitte à dépenser des fortunes pour une conserve de petits pois particulièrement rare.
On pourra trouver un peu moins judicieuse l’initiative d’avoir confié la préface à Jean Quatremer qui tire le travail de Curval vers ses propres obsessions européistes. C’est oublier que Philippe Curval, à 86 ans, continue de se définir comme un libertaire, et que dans son « Marcom », il critique une société fermée, certes, mais surtout inégalitaire où certains peuvent vivre, penser, aimer, lire sept fois plus longtemps grâce à des cabines de « temps ralenti » qui équipent de luxueux logements hypersécurisés.
L’Europe du Marcom, selon Curval, au début d’un XXIe siècle qui n’a donc pas connu la chute du Mur ou la fin de l’URSS, est limitée à 13 États. Elle a chassé de son territoire tous les étrangers et vit repliée sur elle-même, économiquement et physiquement coupée du reste du monde. « Le fait était intervenu brutalement : toutes communications par voies aériennes, maritimes ou terrestres avaient été interrompues sans avertissement préalable ; un réseau de défense automatisé d’une sophistication extrême avait été mis en place ; le système en était si perfectionné qu’il n’y avait pas d’exemple connu d’un homme qui l’ait déjoué totalement. Le Marcom était, depuis vingt ans, un monde clos, secret, mystérieux : un grisé sur la carte de la Terre. » Autant dire la Corée du Nord mais version high-tech et avec un marché intérieur florissant…
Cela empêche, en principe, toute intrusion sur son sol, notamment celles des habitants de la ligue des « payvoides », les anciens pays en voie de développement. À l’intérieur de cet espace orwellien, tout et tout le monde est sous contrôle. Les enfants sont enlevés à leurs parents pour être élevés loin d’eux, les aléas météorologiques sont contrôlés, « une coupole invisible protégeait la station balnéaire de Royan des incertitudes du climat », la circulation a lieu sous terre dans de longs tunnels, de sorte que les villes ressemblent désormais à « d’étranges déserts urbains » où rôdent en bandes quelques marginaux sur « le réseau des autoroutes abandonnées, le dangereux domaine des parias, des fous et des révoltés de tous bords » et notamment des Nocturnes qui recherchent avant tout à communiquer comme avant, sans l’intermédiaire de machines.
On sera pour notre part davantage sensible à l’intuition de Curval qui décrit la vie européenne sous le signe d’un cyberautisme généralisé, assez visible aujourd’hui pour qui demande un renseignement à quelqu’un dans la rue et voit d’abord son interlocuteur retirer une oreillette avant de commencer une éventuelle conversation. Les habitants du Marcom, si proches en cela de l’UE, vivent de façon toujours plus solitaire. Leurs appartements aveugles sont le microcosme de tout le territoire européen, lui-même devenu hermétique.
Autre intuition de Curval, c’est la manière dont l’État, faute d’intervenir sur un plan collectif pour assurer la cohésion sociale, s’immisce dans l’intimité et impose des règles de vie toujours plus strictes où toutes les situations de l’existence sont réglées par des permis, jusqu’à l’hygiène corporelle contrôlée par la police ! Si au Marcom « l’inviolabilité des frontières était un dogme essentiel », l’État quant à lui pénètre d’autant plus violemment la vie individuelle qu’une technologie de pointe, sous couvert d’assurer le confort et la sécurité, en permet le contrôle. Des déplacements à la procréation, tout est soumis à autorisation préalable. Votre inconscient lui-même ne vous appartient plus et l’empreinte biologique de votre cerveau doit être vérifiable à tout moment.
Ceux qui contestent le système sont envoyés au Camp, une vaste zone-prison interne au Marcom. C’est, au sein de l’Europe, l’insertion géographique délibérée d’une région où en l’absence de la moindre règle, la liberté individuelle est absolue. Le chaos et la violence qui y règnent doivent convaincre les détenus du bien-fondé du système et les conduire à demander eux-mêmes leur réintégration. D’autres peuvent consulter des « oniromanciens » ou montreurs de rêves, seul groupe pseudo-religieux autorisé au Marcom, qui dans les cryptes des anciennes mosquées explorent l’inconscient pour permettre de visualiser les rêves comme au cinéma, et ce dans une société qui a calibré et colonisé l’imaginaire lui-même.
Dans la grande tradition du roman d’aventures mâtiné de conte philosophique, des personnages vont tenter de passer les frontières, toutes les frontières. Tout le mérite de Curval, dans L’Europe après la pluie, est de montrer qu’il n’est pas de sauveur suprême. Même l’écologie, dont les auteurs de SF de cette époque furent les pionniers, est montrée comme une dictature impitoyable où l’énergie solaire provoque des ravages qui valent bien ceux du nucléaire. Dystopie poétique et désespérée, voilà un grand livre miroir pour les Européens d’aujourd’hui. Le reflet qu’ils y apercevront n’est peut-être pas aussi déformé qu’ils pourraient le penser.

L’Europe après la pluie, Philippe Curval, La Volte, 2016.
paru dans Causeur Juillet-Aout 2016

samedi 3 septembre 2016

Une première action revendiquée par les commandos Wilhelm Reich

Robert Rochefort, député européen du MODEM vient d'être interpelé après s'être masturbé dans un Casto à proximité d'adolescentes. On pourrait se demander ce que des adolescentes branlaient dans un Casto, mais cela risquerait d'être mal interprété. Comment est-ce possible? Hé, hé: les machines à orgone que nous avons installées secrètement aux quatre coins du pays avec les commandos Wilhelm Reich, commencent à faire leur effet, on dirait. Ca attaque d'abord les centristes, ce qui est normal. Ensuite, ça va gagner tout le pays... Vous commenciez à nous les briser menu avec le péril islamiste. Tu vas la voir, la gueule de ta société quand elle sera transformée en partouze géante et que l'économie spectaculaire marchande s'effondrera dans un gigantesque râle orgasmique.
Pour s'en faire une idée, si vous le trouvez (mais c'est pas facile), lisez le chef d'oeuvre sadien de SF british, Plein Gaz, de Charles Platt, édité par le camarade et ami Gérard Guégan à l'époque du Sagittaire.

Le maître de l'orgone

Macha ou l'évasion, revue de presse

On a aimé Macha ou l'évasion du côté de La soupe de l'espace à Hyères et de Fondu au noir, à Nantes. 
Egalement dans le magazine Diversions 
et dans Phospore
 

vendredi 2 septembre 2016

Pour ce qu'elle est


Comme chez Baudoin de Bodinat (il faut décidément lire son indispensable et poignante Vie sur Terre à L'Encyclopédie des nuisances), une grande ville au petit matin apparait parfois, soudain, pour ce qu'elle est: un défilé de visages fatigués ou angoissés;  des corps qui obéissent sans barguigner à des stimuli sonores et visuels, voix dans les hauts-parleurs, publicités, écrans, qui se multiplient à l'infini;  des pauvres qui mendient près d'un magasin de luxe; des psychotiques qui remuent la tête avec ou sans écouteurs;  des marteaux piqueurs; un ciel de fin d'été qui est peut-être beau mais qu'on ne sait plus voir;  des voies rapides devenues lentes à cause des encombrements; des flics surarmés...
Alors on hésite entre le sanglot, la fuite ou la révolte. On voudrait demander pardon d'avoir laissé les choses en arriver là mais on ne sait pas à qui: tout le monde a l'air de trouver ça normal. Aux enfants, peut-être... Ce n' est même pas certain et c'est ça le plus triste. On pense, presque honteusement, à une colline du Gers, une plage du pays de Caux, un ciel des Cyclades; honteusement, oui, car on n'a plus le courage d'aller les retrouver et on méritera le sort de K. à la fin du Procès. 
Nous non plus, on ne se débattra pas sous le couteau des bouchers, écrasé par cette honte-là, précisément.

jeudi 1 septembre 2016

A savoir ce que Kowalski sait

Un jour
on trouvera le vanishing point 
et on comprendra 
ce que cherchait Kowalski 
à bord de sa Dodge Challenger 
blanche
Plus on voit ce film 
(on en est au moins à sept huit fois peut-être)
plus il nous paraît beau
c'est-à-dire 
logique
Simplement
on n'arrive pas encore à savoir 
ce que Kowalski 
sait
Mais ça viendra
ça viendra
Un jour.





©jeromeleroy 8/16

mardi 30 août 2016

Last call for summer, 2

La vue, entre huit et dix-huit.
Penser soudain à ce titre, Une porte sur l'été de Robert Heinlein lu il y a une éternité.
Mais surtout à André Hardellet, dans Le seuil du jardin, auteur et livre de plus en plus chers à notre coeur:

"Puis, à un moment donné, il se trouvait à l'intérieur du jardin, bien qu'il n'ait jamais eu conscience du passage. Une paix surnaturelle l'entourait, un bonheur sans équivalent dans la veille. 
Ce sommet dans la joie annonçait la fin du rêve. De toutes ses forces, Masson s'accrochait à l'image du jardin désert mais celle-ci se défaisait inexorablement, par lambeaux, devant lui, en dérobant son énigme ensoleillée."

Last call for summer



Les plages de l'enfance, 28 août 2016

Marx se détend

Parfois, Marx, quand il était fatigué de parler de choses aussi essentielles que le burkini, se détendait en écrivant de petites variations amusantes sur les rapports entre le libre-échange et la misère. Des gamineries, quoi...

lundi 29 août 2016

52

Même en refermant les volets de la chambre de l'enfance, le temps continue à passer.

dimanche 28 août 2016

Sans retour de Matthew Klein: le capitalisme comme série noire.


Il y a deux manières de lire Sans retour  (Série Noire/Gallimard) de Matthew Klein,
 roman noir de facture parfaite qui a déjà le mérite de nous reposer un peu de la mode envahissante du « nature writing » qui gagne aussi la France et qui veut que la moindre 
histoire policière se déroule dans des décors grandioses et cruels, forcément cruels 
où des rednecks se massacrent à coup de pelle autour d’un mobile home entre deux 
lampées de ouisquie plus ou moins frelaté.
La première manière est de le lire comme la chute méthodique d’un homme ordinaire confronté à ses démons et la seconde de voir une critique au scalpel d’un certain capitalisme, l’auteur sachant de quoi il parle puisque Matthew Klein a longtemps été un de ces petits surdoués de la Silicon Valley qui ont créé quelques start-up aussi ingénieuses qu’inutiles où l’on invente des applis pour des smartphones et que l’on revend le tout à un géant de l’économie numérique avant qu’elles ne deviennent obsolètes.
Sans retour raconte l’histoire de Jimmy Thane, ancien cadre dirigeant qui a beaucoup trop bu, beaucoup trop joué et à l’occasion a tâté de la came, passant de son bureau climatisé où il bossait quinze heures par jours aux piaules sordides où on se pique à l’héro et où on fume du crack avec des prostituées maigres aux bras aussi troués que la mémoire. Un soir où sa femme n’était pas là, Jimmy, encore dans les vapes, a finalement laissé son fils de quatre ans se noyer dans la baignoire au lieu de le surveiller. Devenu tricard sur le marché de l’emploi, dévasté par le drame et enfin désintoxiqué, il retrouve une dernière chance en devenant une espèce de redresseur de boites en difficulté pour le compte d’un ancien copain de fac qui s’occupe des investissements d’un fond de capital risque.
Quand il arrive un lundi matin très tôt, sur un parking de Floride devant les locaux de Tao Software LLC, il ne va pas mettre longtemps à comprendre qu’il est face à une mission impossible. Il a sept semaines pour redresser cette entreprise où personne ne bosse plus vraiment, où les projets comme celui d’un logiciel de reconnaissance faciale, s’enlisent  faute de volonté et de compétence. Heureusement, sa femme l’a suivi. Elle est restée avec lui après la mort de leur enfant, ce que Jimmy trouve miraculeux mais ne comprend pas, d’autant plus qu’elle est étrangement distante.
Dans la plus pure tradition du roman noir, Jimmy, homme ordinaire va se retrouver assez vite confronté à des catastrophes en cascades et va peu à peu comprendre qu’on ne lui demande pas de sauver la boite mais plutôt de couvrir du blanchiment d’argent pour la compte de la maffia russe. On craint le pire pour lui d’autant plus que le roman s’est ouvert en prologue sur une scène de torture insoutenable dont on ne connaît pas les protagonistes.
Dans Sans retour si personne n’a l’air de ce qu’il est, y compris Jimmy, et que le lecteur, même habitué au polar, sera complètement surpris par le retournement final, il y a aussi un vrai plaisir à voir comment Matthew Klein peint la vie en entreprise aux Etats-Unis. Il faut lire la scène où se prépare entre Jimmy et un avocat spécialisé le plan de licenciement d’une partie du personnel. On apprendra ainsi, contrairement aux idées reçues, qu’il est plus compliqué de licencier aux USA qu’en France, et encore plus depuis la loi El Khomri. S’il n’y a pas de syndicats et de salariés protégés, il faudra par exemple éviter de licencier trop de Noirs, ou de quinquas, ou de femmes pour éviter les procès systématiques de recours collectif pour discrimination. Et on verra aussi que Jimmy Thane, malgré tout ses problèmes, y compris d’identité, a une certaine lucidité sur le système qu’il sert puisqu’il donne la meilleure définition qui soit des rapports sociaux dans une économie de marché : « S’il existait une bombe à neutrons capitaliste, une arme susceptible de désintégrer les salariés tout en préservant les brevets, les investisseurs n’hésiteraient pas à s’en servir maintenant, au milieu de cette sale de repos. »

Xavier Forneret: mes vacances chez les bouquinistes, 4

En naissant en Bourgogne au début du XIXème siècle, Xavier Forneret aurait dû se méfier. Ce terroir donne des vins délicieux qui fatiguent les reins, cernent les yeux et veloutent l’imaginaire.  À la longue, surtout quand on ne bouge pratiquement pas de son province, on finit par confondre le rêve, la réalité et les villes : Dijon, Beaune et Paris. On croit jouer du violon dans son cercueil et on s’habille en noir comme un dandy de la new-wave. A l’occasion, sans trop de succès, on écrit. Des contes, des pièces de théâtre, des aphorismes.  Les bourgeois se moquent de vous (rien ne change décidément), vous devenez franchement excentrique, vous avez des enfants naturels et, pour finir, vous mourrez en 1884, complètement ruiné, déjà définitivement oublié ou presque. Bref, vous êtes posthume de votre vivant, ce qui est un rare privilège.
Pourtant, Xavier Forneret connaît une résurrection à la fin des années 20, lorsque les surréalistes, ces inlassables chercheurs des métaux rares et de substances littéraires radioactives, redécouvrent l’écrivain. Ils laissent de côté son théâtre (désastreux, il est vrai), mais ils republient dans leurs revues ces pépites incandescentes que sont les maximes de Forneret. Des exemples ? « J’ai vu une boite aux lettres sur un cimetière », « Le sapin dont on fait les cercueils est un arbre toujours vert » ou encore « Oh, que c’est malheureux que la femme mange, même des fraises dans du lait. » Et c’est André Breton lui-même qui apportera la touche finale en donnant à Forneret une place de choix dans son Anthologie de l’humour noir, ce bréviaire des écrivains fantomatiques où se côtoient Charles Cros, Raymond Roussel, Jacques Rigaut, -l’homme du suicide à la boutonnière- et tant d’autres météores improbables.
À vrai dire, votre serviteur ne le connaissait que par ce biais, Forneret, et il nous avait échappé qu’il avait été édité au début des années 90 dans l’extraordinaire « Collection romantique » des éditions José Corti, collection qui nous a tant de fois prouvé que des petits maîtres étaient des en fait des génies mal pesés au trébuchet de l’histoire littéraire. On peut penser que Forneret en fait partie. Le texte des Contes et récits publiés dans cette édition l’ont été entre 1836 et 1860 chez des libraires de Dijon à des tirages infinitésimaux. A l’époque, le romantisme était à la mode et Forneret, impressionnable comme une plaque photographique, utilisait la panoplie règlementaire alors en vigueur : clairs de lune, amoureux sanglotants, poètes affamés et jeunes filles toujours agonisantes. Mais Forneret échappe à chaque instant, pour qui sait lire, à la simple imitation. Au contraire, il joue avec les codes de son temps de la manière la plus subversive qui soit comme aujourd’hui, par exemple, un Jean Echenoz joue avec les codes du roman d’espionnage.
Ce qui fascinera le lecteur curieux, avec Forneret, c’est l’espèce d’énergie électrique qui irradie son écriture, cette présence obsédante du rêve qui lui permet de transformer la vignette d’un roman pour faire pleurer Margot en un tableau inquiétant et déviant, digne d’Odilon Redon ou de Gustave Moreau. De même, ses fantaisies typographiques et ses paragraphes hachés inventent une nouvelle occupation de la page et créent ainsi un envoutement à la fois visuel et incantatoire.
Il est plaisant de voir comment Forneret, ce gentleman de la Côte d’Or, qui se serait rêvé notable, laisse constamment son inconscient tuer le monsieur Prud’homme en lui pour laisser place aux fantasmes qui sont aussi ceux, à la même époque, d’un Lautréamont. Et c’est pourquoi, Xavier Forneret, voyant et mage malgré lui, est de notre temps : il a compris, en s’effrayant lui-même, que la bonne littérature était un interminable dérapage contrôlé.


Contes et Récits de Xavier Forneret (José Corti,  5 euros, non massicoté, marché de Niort).
paru sur Causeur.fr